« Gérer le pour tous et le pour chacun »
27 août 2008

Entretien avec Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil. Il est l’auteur de « Les relations parents-enseignants à l’école primaire », 2007, CRDP Créteil

- Le travail avec les familles est-il une compétence professionnelle ?

  • Pour exercer le métier d’enseignant, avoir de bonnes relations avec les parents d’élèves est aujourd’hui une nécessité et exige des compétences professionnelles spécifiques : mener un entretien et le gérer, réagir à des situations délicates, présenter une situation et expliquer des décisions, annoncer de mauvaises nouvelles… Les médecins disposent de 15 jours de formation spécifique à l’accueil des patients et les formations sur la gestion des réunions et des conflits sont développées depuis longtemps dans le monde de l’entreprise. L’inscription en 2006 du travail avec les parents parmi les 10 compétences du cahier des charges des IUFM avait permis la mise en place de l’enseignement de ces compétences professionnelles.

- Vous parlez au passé ?

  • Je suis très inquiet des changements annoncés dans la formation des enseignants. En particulier, je crains que l’obsession de faire des économies et le pilotage par le concours n’aboutissent à une régression très importante de la formation professionnelle des enseignants, au bénéfice de la formation académique.

- Quelles sont les priorités sur lesquelles vous axez les formations ?

  • Dans l’académie de Créteil, le travail sur la relation enseignants/parents est ancien. Sans doute parce que les difficultés sont plus importantes, les enseignants sont en demande. Les formations essaient de décrypter la double angoisse des parents et des enseignants. Les parents peuvent être mal à l’aise dans ce lieu qui ne leur rappelle pas toujours de bons souvenirs. Les enseignants ont l’angoisse d’être délégitimés : les formations doivent les amener à se sentir légitimes dans le dialogue, avec comme but de faire des parents de véritables partenaires épaulant l’action enseignante. Pour cela, la valorisation du soutien parental est très efficace. L’enseignant est porteur d’un collectif et le parent porteur de l’intérêt de son enfant. La professionnalité se niche exactement là, dans la gestion du « pour tous » et du « pour chacun ».