Filles-Garçons
Former les enseignants à l’égalité filles/garçons
25 novembre 2010
  (2 votes)

Trois jours de colloque à Toulouse pour réfléchir à la formation des enseignantes et des enseignants à l’égalité des filles et des garçons à l’école. Des ressources, des outils et des initiatives existent. L’institution doit les promouvoir.

Un colloque à Toulouse

Du 22 au 24 novembre s’est tenu à Toulouse un colloque, organisé par l’équipe Genre et Education de l’IUFM, consacré à la formation des enseignantes et des enseignants à l’égalité des filles et des garçons à l’école, destiné à établir un état des lieux des expérimentations et des recherches actuelles. L’incitation à promouvoir cette égalité ainsi que le questionnement des préjugés sexistes et des stéréotypes de sexes, bien que présente dans les textes officiels de l’éducation nationale depuis les années 80, est rarement prise en compte par les enseignants : ceux-ci et celles-ci sont rarement sensibilisés à ces questions lors de leur formation initiale ou continue. Le colloque a donc été l’occasion de présenter divers outils destinés à aider les professionnels de l’éducation à ne pas oublier ces questions dans leur classe, les écoles et les établissements, mais surtout à les intégrer au cœur même des disciplines scolaires.

La place des femmes dans l’histoire

L’association Mnémosyne pour le développement de l’histoire des femmes et du genre a ainsi présenté une initiative essentielle : un manuel d’histoire mixte, La place des femmes dans l’histoire, dirigé par Geneviève Dermenjian, Irène Jami, Annie Rouquier et Françoise Thébaud. L’histoire enseignée a en effet intégré depuis longtemps les connaissances de l’histoire économique, sociale, religieuse et culturelle, mais les femmes restent bien souvent absentes des savoirs transmis aux élèves. Lorsqu’elles sont prises en compte dans les manuels traditionnels, c’est bien souvent sous la forme d’ajouts de vignettes ou de paragraphes qui ne modifient en rien les connaissances habituelles. La place des femmes dans l’histoire, manuel, scientifiquement rigoureux, permet donc de construire en classe une histoire « à deux dimensions », qui tient compte des deux groupes sociaux que sont les femmes et les hommes, et s’inscrit pleinement dans les programmes, sans les alourdir. Il s’agit donc d’une aide majeure pour les professeurs des écoles, de collèges et de lycées.

La formation des enseignants, première question

Les interventions d’Isabelle Collet, Mireille Baurens, Gaël Pasquier et Céline Pétrovic ont permis de réfléchir à la formation des enseignants à partir des modules de formation déjà existants à Toulouse, Lyon, Lausanne et Genève. Les questions d’égalités des sexes, de lutte contre l’homophobie, interrogent en effet pleinement la façon dont les professionnels de l’éducation se perçoivent en tant qu’homme et en tant que femme : comment questionner avec ses élèves les stéréotypes de sexe s’en s’être interrogé soi-même sur les normes qui régissent les comportements des hommes et des femmes dans notre société ? Un accompagnement des professeurs semble donc nécessaire : celui-ci peut bien évidemment prendre des formes diverses mais la nécessité de disposer de temps, de pouvoir travailler avec des groupes de stagiaires réduits pour pouvoir réfléchir à l’articulation entre les textes officiels, les pratiques enseignantes et les représentations communes, a été soulignée par toutes et tous les intervenants.

Des outils

En lien avec ces communications, Farinaz Fassa Recrosio a annoncé une recherche sur la manière dont, en Suisse, les enseignants s’étaient saisis ou non des outils et des propositions de séquences créés par la Conférence romande à l’égalité et distribués dans toutes les écoles : S’ouvrir à l’égalité, Se réaliser dans l’égalité, S’exercer à l’égalité, Des images pour l’égalité. Ceux-ci sont disponibles en ligne sur le site du Bureau de l’égalité de Genève et concernent tous les niveaux d’enseignement. Ils complètent de manière intéressante les outils disponibles sur le site des Petits égaux ou le livre de Michèle Babillot et Virginie Houadec : 50 activité pour l’égalité filles/garçons (CRDP).

Des initiatives

Les chercheurs et les enseignants présents ont montré la diversité des initiatives pour tenter de construire une égalité réelle dans les classes et interroger les préjugés : Cendrine Marro et Geneviève Pezeu ont exposé une expérience originale réalisée avec des élèves du secondaire, « le rempart des idées reçues », mise en place lors d’une recherche action aujourd’hui publiée : Eduquer par la diversité en Europe (L’Harmattan). Destinée à faire vivre la mixité, cette animation propose un cadre de travail stimulant pour débattre avec des adolescentes et des adolescents de la représentation des sexes et contribuer à dénaturaliser les différences perçues entre les filles et les garçons qui légitiment bien souvent les inégalités.

Quel soutien de la hiérarchie ?

Enfin, Nicole Mosconi a souligné la créativité des professionnels de l’éducation sensibilisés à ces questions lorsqu’il s’agit de mettre en place de nouvelles pratiques et d’inventer des outils pédagogiques pour leur classe. Les enseignantes et les enseignants se sentent cependant bien souvent isolés et peu soutenus par leur hiérarchie. Nicole Mosconi et Françoise Vouillot ont ainsi déploré le manque de volonté politique pour promouvoir une réelle égalité entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes et faire vivre la mixité. Dans ce domaine, l’éducation nationale ne se préoccupe pas, la plupart du temps, de l’application des instructions officielles et les initiatives restent individuelles. Cela peut changer mais l’institution le veut-elle vraiment ?