Familles populaires : partenaire paradoxal
27 août 2008

Tous les parents sont-ils à égalité face au partenariat avec l’école ? Pierre Périer, chercheur en sciences de l’éducation, a conduit une enquête sur le rapport entre l’école et les familles populaires. Il relève des obstacles pesant sur les possibilités de rencontres et d’échanges entre l’école et les parents. Parmi ces obstacles culturels, le chercheur met l’accent sur le rapport à l’écrit, les difficultés langagières, les codes sociolinguistiques et la compétence scolaire des parents. Lors des entretiens menés au cours de cette recherche, tous les parents interrogés se sont montrés conscients des enjeux de l’école et ont émis le souhait de voir leurs enfants réussir.

Mais, au contraire des parents des classes moyennes reconnus comme « partenaires » de l’institution scolaire jusque dans la participation au conseil d’école, les parents de familles populaires ne maîtrisent pas « le code de l’échange et les règles du jeu » et font donc figure de parents « non partenaires ». Pierre Périer avance trois raisons à ce « retrait » ou cette « distance ». Il distingue tout d’abord une « logique de confiance » où les parents s’en remettent totalement à l’école et attendent d’être informés des problèmes éventuels, ce qui arrive souvent trop tard à leurs yeux.

Ensuite, la « logique critique » renvoie aux reproches émis par les parents, en dehors de l’école, sur l’élitisme de la culture scolaire, le manque d’autorité des enseignants et les traitements discriminatoires à l’égard de leurs enfants.

Enfin, en suivant une « logique de protection », ils se tiennent à distance de l’école pour se protéger d’une mise en cause de leurs qualités éducatives de parents, notamment pour les femmes qui ne disposent pas nécessairement d’une autre ressource identitaire tirée du monde du travail.

Pour les familles populaires, le partenariat est donc paradoxal. Il les éloigne de l’école au lieu de les rapprocher, « redoublant des inégalités de réussite entre élèves par des inégalités de reconnaissance des parents à et par l’école ».