Enseignants-Parents | Un lien professionnel
27 août 2008

C’est la rentrée pour les parents aussi. Leur mobilisation contre les réformes témoigne de leur forte implication dans l’école. Créer des liens avec eux, une nécessité professionnelle pour la réussite des élèves.

Le moins que l’on puisse dire est que les nouveaux programmes ont créé un large consensus contre eux au sein de la communauté éducative.

Et, parmi les membres de cette communauté, les parents d’élèves n’ont pas été en reste. Ils se sont mobilisés à plusieurs reprises et dans plusieurs villes de France à l’appel de la FCPE, mais c’est aussi et souvent de leur propre initiative qu’ils sont allés à la rencontre des enseignants, lors de réunions d’information et d’échanges organisées dans les écoles de nombreux départements (lire Fsc 314). Signe des temps, leur implication dans un dossier qu’ils auraient pu croire réservé à des « spécialistes », témoigne de leurs fortes attentes envers l’école. Comme l’explique Martine Kherroubi, sociologue de l’éducation à l’IUFM de Créteil, « à leurs yeux l’école a pris une grande importance dans le processus de qualification des élèves et leur souci est aussi de mieux comprendre l’école afin de mieux accompagner leurs enfants dans leur scolarité » (lire l’article). Aujourd’hui, les textes font obligation aux enseignants d’organiser cette relation entre l’école et les parents. Leur rôle, leur place, ont été précisés dans les textes de 2006 (lire ci-dessous), mais les premières réglementations sont récentes, elles datent de 1989. Ce n’est pas un hasard si l’institution s’est préoccupée tardivement de cette question. L’image de l’instituteur seul maître bord dans sa classe s’efface, mais les réticences demeurent encore souvent quant à l’ouverture qui doit être faite aux parents. Un rapport de l’Inspection générale notait il y a deux ans que malgré les dispositions réglementaires, les relations parents-enseignants restaient souvent difficiles et qu’il fallait s’interroger sur l’écart qui existe entre les textes et la réalité telle qu’elle est vécue sur le terrain. C’est que la nécessité de mise en œuvre d’un partenariat n’est pas forcément toujours bien comprise de part et d’autre. Pour améliorer la situation, les IG proposaient d’observer les bonnes pratiques et d’essayer de les généraliser.

À l’école maternelle de l’Haÿ-Les-Roses dans le Val-de-Marne (lire l’article), les enseignantes estiment qu’on ne naît pas parents d’élève, mais qu’on le devient. Sylvie Lebas explique que l’accueil des « nouveaux » parents doit servir à « créer à la fois un premier contact et un premier regard sur l’école, le plus positif possible ». La capacité des enseignants à aider les parents, du moins à ceux qui sont le plus éloignés de l’école, à devenir parents d’élèves, est devenue un signe de leur compétence professionnelle. Cette compétence ne vise pas seulement à répondre aux exigences posées par les textes, telle l’organisation d’une rencontre deux fois par an. L’intérêt est ailleurs, il est dans l’instauration d’une relation de confiance, qui va permettre aux parents de mieux comprendre l’école, de mieux jouer leur rôle de co-éducateur et de participer à la place qui est la leur à la réussite de leur enfant-élève. De leur côté, les enseignants doivent renforcer leur expertise pour mieux communiquer avec les parents, apprendre à mieux les connaître. À l’école élémentaire Hoche de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, les enseignants recherchent cette coopération. Ils organisent à la fin de chaque trimestre « l’heure des parents ». Il s’agit de recevoir ces derniers dans la classe où ils s’assoient à la place de leurs enfants, tandis qu’au tableau, ces derniers rendent compte de leur activité en classe. « C’est l’occasion de créer une véritable situation de communication » note Bénédicte Floquet, enseignante en CE1 (lire l’article). Mais si la coopération des parents est un facteur de réussite scolaire, paradoxalement ce sont les élèves les plus en difficulté qui bien souvent en bénéficient le moins. Une étude du chercheur en sciences de l’éducation Pierre Périer (lire l’article), montre que ce sont d’abord les parents des classes moyennes qui maîtrisent « le code de l’échange et les règles du jeu ». À l’inverse les parents issus des familles populaires ont parfois bien des obstacles à surmonter pour se sentir à l’aise.

Pour certains, leurs faibles compétences scolaires, leurs difficultés langagières… sont autant d’obstacles qui les laissent à la porte de l’école. Construire une coopération avec les parents ne va pas de soi. Cela s’apprend, et si depuis 2006 cela est inscrit au cahier des charges des IUFM, bien souvent la formation se réduit à une communication institutionnelle sans module spécifique. « Les parents peuvent se sentir mal à la l’aise dans ce lieu qui ne leur rappelle pas toujours de bons souvenirs. Les enseignants ont l’angoisse d’être délégitimés : les formations doivent les amener à se sentir légitimes dans le dialogue, avec le but de faire des parents de véritables partenaires épaulant l’action enseignante », souligne Jean-Louis Auduc, directeur des études du 1er degré à l’IUFM de Créteil. Construire un partenariat avec les parents c’est créer un lien professionnel.


Une histoire récente

La massification de l’enseignement des années 60 a eu pour effet collatéral de faire de tous les Français des parents d’élèves : prolongation de la scolarité obligatoire à 16 ans en 1959, objectif de 80 % d’obtention du baccalauréat en 1980. Alors que jusque-là les familles faisaient confiance au système pour sélectionner et gérer les petits flux des « méritants », elles prennent conscience des possibilités de parcours, de l’importance du choix pour l’avenir des enfants et revendiquent le partage de responsabilité autour de l’orientation. Le niveau de satisfaction des parents dépend désormais de la réussite des enfants.

Si depuis longtemps la complémentarité de l’action éducative de l’école et de la famille était soulignée, ce n’est que récemment que les droits des parents ont été inscrits dans la loi : participation à la vie scolaire et dialogue avec les enseignants (1989), démarche d’éducation partagée et partenariat (2001)…

La circulaire du 25 août 2006 rassemble l’ensemble des textes précédents et précise le droit à l’information des parents sur la scolarité de leur enfant, la définition des moyens dont disposent les associations et les représentants des parents.