Dijon, La passerelle de Babel
7 octobre 2008

Le CLIN de Dijon accueille des enfants non francophones venant des 4 coins du monde. Comment élaborer des ponts avec les autres classes de l’école pour que les enfants apprennent à parler, écrire et lire le français avant de rejoindre une scolarité ordinaire.

« Je m’appelle Hwasong. Je viens du Congo, Kinshasa. J’ai 9 ans. Je suis en France depuis mai ». Puis, le regard s’assombrit. « Parler français, ça va. Ce qui est difficile, c’est de lire et d’écrire ». En quelques mots, le jeune garçon remuant sur sa chaise semble résumer un sentiment partagé par Annick Grandferry, sa maîtresse. Depuis la rentrée, sa CLIN (classe d’initiation) à l’école Lamartine de Dijon en plein coeur du quartier des Grésilles, accueille 8 élèves nouvellement arrivés en France. Cela fait six années que cette classe proche d’un foyer d’accueil et d’un CADA (centre d’accueil pour demandeur d’asile) est ouverte. Depuis, la classe d’Annick a vu passer près d’une centaine d’enfants, de tous âges, de toutes nationalités. L’enseignante insiste sur le terme de passage. « L’objectif de la CLIN est de servir de tremplin, de sas pour que les élèves intègrent au plus vite et au mieux leur classe banale qui correspond à leur niveau scolaire ». C’est sans doute pour cette raison qu’Yvon Estord, le directeur explique que l’accueil des nouveaux arrivants, « c’est un défi qui concerne toute notre école ». D’où les allers et retours entre la CLIN et la classe « « banale » : Taïda, 6 ans arrivée de Serbie depuis trois semaines ira pour l’instant en EPS, arts visuels et musique en CP. Et au fur et à mesure de ses progrès, elle pourra intégrer d’autres activités. Idem pour Blerand tout juste arrivé du Kosovo ou Iken jeune Bulgare. En plus, Hwasong, lui, pourrait venir travailler avec la classe de CE2 en géographie. Car, si très vite, ces élèves acquièrent des compétences pour communiquer, se faire comprendre, plus long et parfois difficile est le chemin pour maîtriser le langage et les codes scolaires.

Ces moments d’immersion sont donc très importants et régulés en continu. « Les collègues qui intègrent me signalent ensuite les difficultés qu’ils ont repérées lors de la séance. Là, un problème de consigne, ici, le nom des pays à retravailler ou des couleurs à consolider ». Pour Annick, c’est une adaptation constante, « « l’illustration que notre métier est bien de rechercher et de concevoir de multiples pistes de travail ». Et de ce côté-là, l’enseignante est servie. Elle sait qu’elle aura à accueillir tout au long de l’année d’autres enfants. Au final, autant de variétés d’âges, d’origines, de niveau scolaire et d’acquis en français qui « donne l’impression parfois de sans cesse recommencer à zéro » et de sans cesse s’adapter aux besoins de chacun avec des outils à reconstruire.

Car, il n’existe pas de matériel pédagogique pour les CLIN et « on ne peut apprendre à lire à un enfant de 10 ans avec un livre de CP » souligne Annick. Son expérience acquise lui a permis de se constituer bon nombre de supports mais rien ne remplace la formation. Certes, le CASNAV de Dijon apporte des aides et des conseils mais peu de modules institutionnels sont proposés. Pourtant, « c’est important de savoir comment les langues fonctionnent. Par exemple, la langue turque est agglutinante, elle n’a ni genre, ni article ». De quoi faire des ponts entre les langues afin d’anticiper certaines difficultés et d’armer ces élèves dans leur apprentissage. Les ponts se traversent aussi entre les cultures au sein de la classe. « Et, toi tu fais Noël ? Comment tu t’habilles dans ton pays ? Il y a des forêts ? » se questionnent les élèves. D’autres se souviennent de leur vie quotidienne. Quelques mots lâchés, parfois au détour : la fête, un voyage mais aussi la guerre, une fuite, une cachette. Une angoisse qui pour certains continue en France. « On attend les papiers » lâchent-ils parfois. Le papa de Hwasong est venu d’ailleurs en début d’année chercher un certificat de scolarité que la préfecture lui demandait. Le petit garçon toujours aussi remuant est à sa place à l’école. « « Ce qui est difficile, c’est de lire et d’écrire ».

Pour l’instant. À nouveau, son regard s’éclaire plein de promesses. « Mais, je veux apprendre car bientôt, je vais aller au CE2 ».