Réflexion
« Des collaborations essentielles »
14 janvier 2013

Trois questions à Serge Thomazet, maître de conférence en sciences de l’éducation, sur les leviers d’une intégration réussie pour les élèves à besoins particuliers. Une interview de [Fenêtres sur cours]

Quelle est la première difficulté des enseignants avec la loi de 2005 ?

Une difficulté empreinte d’inquiétude et d’impuissance. Les enseignants sont démunis, ils ont un sentiment d’incompétence face à la pression administrative et à celle des familles pour qui l’entrée à l’école est porteuse d’espoirs pour leur enfant. L’enseignant est seul face à un retournement sociétal : pendant des décennies, les handicapés étaient l’affaire de spécialistes et maintenant ils sont dans leur classe ! Puis les écarts sont trop grands entre les élèves parfois d’un même handicap ou ceux dits « ordinaires », avec beaucoup de souffrance chez les uns et les autres. La classe est trop petite, trop hétérogène. Il faut repenser l’école inclusive dans son ensemble éducatif, l’adapter en fonction des besoins particuliers de ces élèves-là, profiter de la refondation de l’école pour aménager leurs horaires scolaires par exemple.

Quelles sont les collaborations que vous jugez essentielles ?

La collaboration entre l’équipe pédagogique au complet, les parents et les professionnels du médico-social. Les enseignants spécialisés doivent devenir personnes-ressources, ils savent quoi enseigner à ces élèves à cet âge-là avec ce handicap-là. Ils aident à évaluer, à trouver les outils qui peuvent prendre place en classe ordinaire. Travailler avec les parents, leur donner le sens des apprentissages, leur permettre d’anticiper. Et les professionnels du médicosocial sont là pour allier éducation, scolarisation et soins. Beaucoup d’élèves handicapés ont des journées de folie, entre l’école et toutes les interventions extérieures à l’école (orthophonie, neurologue, psychiatre, kiné...) et ils ont souvent des journées à rallonge ! Il faut travailler ensemble sur le temps scolaire en dégageant des temps de réunion. La recherche a aussi sa place et sa responsabilité dans cette collaboration.

La notion de « handicap » à l’école reste-t-elle pertinente ?

Non, si elle ne sert qu’à inventer encore plus de dispositifs qui s’empilent comme des rustines. La notion de « besoins particuliers » avec les aides pédagogiques et scolaires adéquates permet de regrouper les élèves qui ont des difficultés, qu’elles soient sociales, culturelles ou liées à un handicap, non pas en s’intéressant à l’origine des difficultés mais à leur nature. Un élève dyslexique sévère et un élève qui ne rentre pas dans la lecture de par son origine culturelle ont la même nature de difficultés. La diversité est une richesse et il faut repenser l’école en ce sens. Sans culpabiliser les enseignants. Mais en leur donnant les moyens de faire.