Poésie - Algérie
Bouqala : chants des femmes d’Alger - Mohamed Kacimi, calligraphies de Rachid Koraïchi
10 octobre 2008

L’amandier fleurit au printemps
La lune découvre sa lumière
Les joues rougissent de pudeur
Devant l’amant qui se trahit.

Dans ce livre d’exception, sous l’arbre à petites fleurs blanches de la couverture, dans les pages couleur parchemin finement illustrées de calligraphies, s’épanouissent de courts poèmes - ou bouqala - écrit en arabe et trancrits en français, qui parlent d’amour, d’êtres aimés, d’absence, de voyages, de jardins fleuris toujours verdoyants...

J’aimerais tant revoir
Ta gracieuse taille
Tes joues de roses
Et tes lèvres au goût de pomme
Puissions-nous jouir d’une nuit
Avant de goûter au repos.

Depuis le XV ème siècle, certains jours, « Quand le jour faisait place à la nuit et que la lueur de la lune et des étoiles remplaçait celle du soleil », les femmes algéroises se réunissaient entre elles. Là, autour d’une table basse garnie de thé et de douceurs, la doyenne leur contait des histoires de djinns, de califes et de princesses. Puis, tandis que se répandaient les parfums de sept encens différents, on se livrait au jeu de la Bouqala, un rituel poétique permettant de prédire l’avenir. Chaque femme, tout en formulant secrètement un vœu ou une question, jetait un bijou personnel dans une poterie - une bouqala - remplie de l’eau de sept sources. Et l’on couvrait la Bouqala avec la chéchia d’une jeune fille.

La doyenne récitait alors un court poème de 4 à 6 vers, puisé dans le patrimoine oral, ou inspiré par l’instant. Une vierge retirait un bijou au hasard. Seule la femme au bijou était concernée par le poème et le cercle attentif des dames s’efforçait d’interpréter le présage de bonne ou mauvaise augure.

Un jeune homme est passé
Mon cœur l’a poursuivi
Il a disparu tel un nuage
Et je suis restée à le décrire

C’est un florilège de ces poèmes que nous offre Mohamed Kacimi, qui les a, non pas traduits, mais recrées. Koraïchi, lui, les illustra avec ces étonnants dessins où les traits d’encres de couleurs tissent des arabesques, des géométries aériennes ponctuées de caractères serrés.

Ô jeunes filles n’épousez pas un marin
Des amarres larguées naissent vos larmes.

De nos jours, La Bouqala se pratique toujours, plutôt comme un jeu poétique et mystérieux, qu’un rituel magique et divinatoire.

- Voir également :

« La poésie arabe » anthologie illustrée par les peintures de Rachid Koraïchi et les calligraphies de Ghani Alani - Mango : 19 poèmes du XIIème siècle à nos jours à nos jours (15€)

Bouqala : chants des femmes d’Alger - M. Kacimi, R. Koraïchi (Poésie)