Bordeaux : En quête des langues
25 janvier 2010

La complexité de l’’apprentissage des langues se décline dans tous les sens à l’école La Benauge à Bordeaux

Le lundi 4janvier, premier jour de classe de l’année 2010 dans l’école élémentaire de La Benauge sur la rive droite de la Garonne à Bordeaux, une rive classée ici dans l’éducation prioritaire (11 classes dont une CLIS). Ce jour commence comme tout les lundis matin par l’enseignement des langues. « Des »parce qu’ici l’apprentissage hégémonique de l’anglais a dû laisser une place – même modeste – à celui de l’allemand, en pleine désaffection il y a encore peu. De fait la question de la diversité des langues à enseigner est récurrente : un plan national pour l’allemand permet ici ce choix mais à Bordeaux certains s’interrogent quand même sur l’avenir de l’espagnol !

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La motivation pour les élèves ayant « fait »allemand en primaire, c’est la possibilité d’entrer en sixième bilingue, allemand et anglais seconde langue, dans le collège du secteur. De plus, tous les jeunes de l’école commencent par apprendre l’allemand en CE1, ils s’engageront pour l’une ou l’autre langue au début du cycle 3. L’enseignement de l’allemand est ici confié à une institutrice allemande, grâce aux échanges proposés par l’OFAJ [2] . L’anglais est assuré par 5 enseignants sur la base, à l’origine, de deux postes fléchés « anglais », puis progressivement des habilitations obtenues par les autres enseignants. Cela ne couvre pas tous les besoins et la mise en place d’échanges de services reste incontournable.

Ce matin, les groupes se constituent. Magali commence sa séquence d’anglais avec ses CE2 (moins un qui est parti en allemand). 3 élèves de plus occupent la table du fond (un enseignant non remplacé). Et deux élèves de la Clis sont aussi présents. Dès 8h30, il ne faut pas perdre trop de temps en préliminaires après l’incontournable « Happy new year ! » Sollicitations, corrections, consignes sont données en anglais et les diverses activités se succèdent à un rythme soutenu.

Même dynamique du côté de l’atelier d’allemand où Carmen Weber, arrivée en France en octobre, s’adresse toujours dans sa langue natale aux 12 élèves de CM1-CM2, sauf lorsqu’il s’agit de vérifier parfois que le sens a bien été perçu, comme dans l’exercice d’écoute d’une interview de deux musiciens. La nouvelle année est ici prétexte à un travail sur le calendrier avec la connaissance des mois de l’année et aux échanges sur les dates d’anniversaire : « Wann hast du Geburtstag ? Ich habe im April Geburtstag ». L’essentiel du travail se fait à l’oral et Carmen se sent parfois prise dans une contradiction. Cet enseignement passe par des méthodes actives et en même temps, avec les élèves de ce secteur difficile, c’est souvent prétexte à débordement. De plus ces derniers ne font pas tout à fait groupe car ils sont issus de classes différentes avec des niveaux d’acquisition très variés. Le prochain atelier sera d’ambiance différente : c’est la classe de CE1 où tous les élèves débutent en allemand. C’est une vraie qualité de travail pour les élèves que d’apprendre avec un « locuteur natif », qui est aussi un enseignant. Ainsi si Carmen utilise beaucoup d’images dès le début, elle construit ensuite des situations qui sont autant d’occasions de parler, de dialoguer. Il reste que le vocabulaire à mémoriser est un problème : il faut sans cesse répéter et elle a un doute sur ce que les élèves retiennent dans le long terme.

Mais il est clair qu’il y a des acquis à l’entrée du collège, c’est l’avis de Frédéric qui exerce dans l’école depuis 5 ans, un poste que sa situation d’habilité lui a permis d’obtenir dès sa sortie d’IUFM : une chance pour lui, mais « une situation d’exception mal acceptée », reconnaît-il. Pour lui, la priorité, c’est de désinhiber les élèves, qu’ils osent parler. Pour cela, il a mis en place un travail en « pair-work » : deux élèves échangent en anglais sur la base d’un jeu d’images et comptabilisent leurs prises de parole sur une fiche de résultats. Bizarrement ce système s’autorégule : pas si bruyant (il faut bien s’entendre), les réponses en français ne comptent pas, etc... Frédéric suit à peu près les progressions d’un manuel du maître pour le vocabulaire, la grammaire.

Du côté de Nadine et Florence, toutes deux enseignantes en CM2, le temps consacré aux langues (une heure trente) paraît disproportionné par rapport au reste, surtout avec la diminution à 24 heures. L’une et l’autre ont été habilitées, mais dans des conditions très différentes. Si Nadine a pu profiter des premiers stages filés sur une année pour partir en formation, Florence a dû se contenter de 2 semaines jugées bien insuffisantes pour faire à la fois la remise à niveau personnelle et la découverte de cet enseignement. Elles ont le sentiment que les règles du jeu ont été changées en route et il faut se débrouiller. D’où une insatisfaction certaine : habilitation « à bon compte », impression de ne pas être à la hauteur pour l’expression, l’accent, les intonations. Difficile de jouer de la magie des mots pour expliquer, reformuler, gérer les interactions ! Pour Nadine, outre la forte préparation (un vrai entraînement !) que cela demande, « ce n’est pas un plaisir ». Elle aimeraient être épaulées par un intervenant ou un assistant bilingue ou anglais. La présence de Carmen est très appréciée et Frédéric se rappelle le moment idéal où une étudiante stagiaire éducatrice anglaise était dans l’école…