Annette Wiewiorka* est historienne, chercheur au CNRS, elle répond aux questions du SNUipp
1999

Pourquoi enseigner l’histoire à l’école aujourd’hui ?

Pendant très longtemps l’enseignement de l’histoire en classe primaire a participé de la constitution de la nation. Aujourd’hui cette idée est moins prégnante, enseigner de l’histoire à l’école, c’est plutôt essayer de créer, entre des enfants qui viennent d’ères culturelles différentes, une sorte de sentiment qu’il sont à un endroit qui a un passé et qu’il peuvent le partager. L’histoire sert à créer ce sentiment d’appartenance commune. C’est aussi apprendre que tout ne se résume pas à soi-même dans l’instant pour les rendre les enfants acteurs de leur citoyenneté.

La réorientation des programmes d’histoire vous semble-t-elle aller dans le bon sens ?

Il n’est pas grave pour des enfants de simplifier, de mythifier un peu. Quelques points de repère suffisent. Il ne faut pas avoir une ambition démesurée par rapport à la capacité intellectuelle des enfants. Et ces derniers sont en mesure d’adorer ça si on leur raconte des histoires. L’histoire souffre malheureusement de la trop grande pression des horreurs du XXe siècle. Ce n’est pas l’enseignement de l’histoire qui empêchera la guerre. Il ne faut pas trop demander à l’histoire.

Pensez-vous qu’on puisse parler de la Shoah en primaire ?

Non. Cela dit l’enseignant décide non seulement en fonction des programmes mais aussi en fonction de la demande de ses élèves. Je crois que sagement, on peut attendre et aborder cela en troisième. Je fais partie du jury de prix Corin. Chaque fois que nous ont été soumis des travaux d’enfants du primaire traitant de ces événements, comme une classe qui avait travaillé six mois sur Anne Franck, on a eu un sentiment de malaise. Il y a un temps pour tout. J’ai été indignée que "Nuit et brouillard" ait été projeté dans une école primaire. Confronter des petits à l’horreur, sans trouver les mots pour expliquer, et les tenir à distance n’a rien de constructif.

*Son ouvrage "Auschwitz expliqué à ma fille" est paru au Seuil.