Dossier : "Réformer l’école : l’art et la manière "
Aide personnalisée : Chronique d’une réforme imposée
11 septembre 2012

En juin 2008, Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale lance sans concertation aucune une réforme d’ampleur : une nouvelle organisation du temps scolaire et un nouveau dispositif d’aide aux élèves en difficulté : l’aide personnalisée (AP). Aucune étude, aucune recherche et aucune expérimentation ne viennent justifier ou orienter cette décision. C’est donc une forme scolaire totalement nouvelle qui doit se construire dans l’urgence. Et c’est aux équipes d’école que revient le travail de mise en œuvre et d’expérimentation du dispositif. Sa mise en place se fait à marche forcée, les enseignants n’ayant que peu de temps officiellement consacré à sa préparation, l’institution peinant à fournir des ressources exploitables ou un accompagnement des équipes. « On passe tellement de temps à organiser matériellement l’AP, qu’on n’en a plus pour réfléchir aux contenus et aux démarches », déploraient certains enseignants. Un an plus tard, l’inspection générale de l’EN (IGEN) tire un premier bilan très positif des AP. Mais elle ne rend compte que de la mise en place quantitative du dispositif et n’évalue pas son efficacité pour lutter contre la difficulté scolaire. C’est « la loyauté des enseignants » qui est mise en avant et non leur professionnalisme. C’est bien pourtant cette dernière qualité qui s’exprime dans les équipes qui ont souhaité malgré tout tirer profit de ces deux heures hebdomadaires pour travailler autrement. Elles doivent alors à la fois éviter la stigmatisation des élèves en difficulté, respecter leur rythme de vie, articuler cette aide avec celles déjà mises en place, associer les parents, inventer des formes de travail et en explorer toutes les possibilités, se former et s’informer. Les enseignants constatent vite que si les formes de travail expérimentées sont intéressantes, leurs effets sont limi- tés. Un des 17 rapports exhumés récemment par le nouveau gouvernement le confirmait dès octobre 2010 : « Si l’on veut réformer les pratiques pédagogiques, c’est bien le cœur de la classe qu’il faut viser. Si la pédagogie de l’aide trouve uniquement place dans les dispositifs réservés à cet usage, elle ne peut avoir que des effets limités. » Un autre rapport redit en juillet 2011 « la difficulté que rencontrent les autorités académiques pour cerner avec précision les contenus, les méthodes et l’articulation de l’aide personnalisée avec le temps de la classe. » Il faudra attendre l’enquête du SNUipp de juin dernier pour tirer un bilan de l’opération : un dispositif jugé à 80 % inefficace par les enseignants, même s’il aura permis de souligner l’intérêt du travail en petits groupes pour mieux connaître les élèves et leurs stratégies d’apprentissage. « Il faut que ça change », déclare le syndicat qui estime que l’AP a vécu et demande que « les réponses à la difficulté scolaire soient repensées ». Cela ne pourra se faire sans s’appuyer cette fois-ci sur l’expérience et l’expertise des enseignants.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier : "Réformer l’école : l’art et la manière "
- Un mammouth alerte
- Aide personnalisée : Chronique d’une réforme imposée
- « Suisse : les enseignants associés »
- Handicap : Cergy, l’intégration à cœur
- Ailleurs : Mais comment ont-ils fait, ces finlandais ?
- Textes et circulaires : Quand l’injonction ne paie pas
- « Chercher un équilibre ... »