A Nice : une CLIS maternelle ouverte
18 octobre 2010

L’école maternelle du château à Nice dispose de moyens particuliers pour accueillir des enfants en situation de handicap, une CLIS maternelle ouverte et un partenariat avec un pédopsychiatre.

Ce matin, Pierre, Julie, Fanny et Olivia se réunissent dans la classe de Claudine avant d’intégrer leur classe de la PS à la GS. Tous les quatre ont des troubles de la communication ou/et du langage, des problèmes relationnels graves. La vie d’une CLIS ordinaire pourrait-on penser. Mais bien au contraire, dans cette école maternelle qui surplombe le vieux Nice, l’accueil de ces enfants est un peu exceptionnel. Ils sont 12 à être inscrits dans l’effectif d’une CLIS ouverte. Ouverte car tous sont d’abord accueillis dans les classes ordinaires, seuls ou avec Murielle Indjein, l’ATSEM de la CLIS. Et, par groupes, ils ont aussi des temps spécifiques auprès de Claudine Menichini, l’enseignante spécialisée de l’école. Ce matin, en ce début d’année scolaire, les enfants disposent d’abord d’un temps d’accueil pendant lequel Claudine travaille avec eux les lieux, les contenants. Fanny met la table dans le coin réservé à cet effet, Olivia dessine au tableau, Pierre sort un jeu de dominos et s’échine à tenter de le fermer, Julie sort la trousse de docteur pour « respirer son cœur ». Claudine passe de l’un à l’autre et met les mots derrière les actions, motive. Puis vient le moment de regroupement autour de la musique. « J’utilise souvent des chansons pour adultes auxquelles les enfants sont finalement très sensibles. Les émotions, les impressions laissées par les textes sont plus fortes. » Le choix de ces supports à forte dimension humaine se retrouve dans les textes qu’elle utilise, les contes et la mythologie.

Cette classe est accueillante à double titre. Tous les jeudis, la CLIS est le lieu d’un spectacle de marionnettes où viennent tous les enfants de l’école. Cette semaine, la fable « le loup et l’agneau » est à l’affiche réalisée par des élèves de la CLIS accompagnés de camarades de leur classe. « Je suis la médiatrice entre eux et la réalité. Je reçois leur souffrance, leur violence et j’essaie de la mettre en mots dans un positif apaisé » raconte Claudine. Ce contact avec la différence profite à tous. Christiane Carpentier, la maîtresse de GS raconte qu’une année, un de ses élèves s’est interrogé sur le devenir d’une camarade qui, il l’avait compris, ne pourrait pas aller au CP.

Accueillir ces 12 enfants dans l’école n’a pourtant rien à voir avec la vie rêvée des anges. « Certaines intégrations très lourdes ont remis en question mon identité professionnelle » raconte Marie-Georges Olivier l’enseignante de GS dans l’école depuis 8 ans. Mais, fait exceptionnel, tous les jeudis pendant une heure, les enseignantes ont l’occasion de partager leurs difficultés avec Claudine mais aussi avec Georges Juttner, un pédopsychiatre (lire ci-contre). « Ces discussions très ouvertes me permettent de prendre de la distance. Quand on a mis des mots sur ce qu’on vit, la parole libérée rassure » poursuit Marie-Georges qui dit maintenant attendre ce moment qu’elle s’est approprié comme un outil professionnel. Pour rendre cette organisation possible, l’équipe dispose, une journée par semaine, d’un enseignant supplémentaire. Elle les libère chacune leur tour de leur classe pour cette réunion mais aussi pour rencontrer les professionnels des autres structures dans lesquelles sont suivis les enfants et accompagner les parents. « L’école est aussi là pour aider les parents dans la découverte du handicap de leurs enfants, une tâche difficile » explique Claudine. L’équipe a conscience des moyens dont elle dispose. La directrice Frédérique Roland et l’enseignante Sylvie Roger qui sont nouvelles dans l’école découvrent ce dispositif privilégié mais indispensable pour ne pas passer à côté des enfants. Et face aux difficultés posées par certaines pathologies « On ne se sent pas seul Claudine est là », expliquent-elles.


Entretien avec Georges Juttner, pédopsychiatre en CMP , psychanalyste

- Comment s’est mise en place votre collaboration avec l’école maternelle du château ?

  • Alors que je travaillais dans un hôpital de jour pour enfants psychotiques et que l’intégration n’était pas encore à l’ordre du jour, j’ai fait appel à eux. Mon idée était que l’école pouvait aider à restructurer ces enfants mais que cette intégration pouvait se faire à temps partiel et non pas selon un « tout ou rien » alors de mise. J’ai proposé à l’école du château d’accueillir un enfant autiste de 8 ans et demi dans une classe de PS. La directrice a accepté, tout s’est bien passé et le mouvement s’est développé jusqu’à la création de la CLIS ouverte en 1991. Depuis 1997, je travaille au CMP du secteur de l’école et notre collaboration a continué.

- Vous êtes présent une heure, tous les jeudis, à l’école. Quel est l’objet de cette réunion ?
- * Ces réunions réunissent le pédopsychiatre que je suis, l’enseignante de CLIS et les enseignants des classes à tour de rôle. Je ne représente pas le CMP, ce ne sont pas des réunions de synthèse qui, elles, ont lieu au centre. Nos sujets ne tournent pas seulement autour des enfants de la CLIS. C’est l’enseignante qui décide, elle met au travail sa pédagogie au sens large et moi, j’accompagne cette mise au travail. « Qu’est ce qui fait que je ne réussis pas à intégrer cet enfant ? » Cette réflexion que mûrissent les enseignantes régulièrement a des effets sur toute l’école.

- Comment cet accompagnement est-il rendu possible ?

  • Il coûte très cher et l’Éducation nationale se garde bien de financer ma présence. L’école offre à ces gamins un travail d’initiation au langage et à la socialisation. Mais il ne faut pas se voiler la face, c’est difficile à faire, à vivre. Je me souviens d’une enseignante qui en fin d’année scolaire mettait en doute l’intérêt d’une intégration par ailleurs difficile en me montrant la production d’une enfant sur une feuille qui pourrait se résumer à un trait. Or c’était la première fois que cette enfant laissait une trace. Je considère qu’il faut entendre tout acte ou toute production de l’enfant comme une production scolaire. A partir du moment où les enseignants l’entendent, les enfants peuvent entrer de la scolarité. Mais pour se faire, il faut qu’on les aide.

EN LIGNE

- Textes réglementaires

  • Sur le ministériel « l’école pour tous »dédié à la scolarisation des enfants en situation de handicap propose différentes ressources dont la présentation de la loi du 11 février 2005 et l’ensemble des textes réglementaires relatifs à la scolarisation des enfants handicapés. http://www.lecolepourtous.education.fr/

- Ressources

  • L’institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés crée des ressources pour aider à la scolarisation. Sur le site vous trouverez les références des guides, logiciels et vidéos. http://www.inshea.fr/

- Formation

  • Une formation continue concernant la scolarisation des élèves en situation de handicap est proposée tous les ans aux enseignants des 1er et 2d degré, qu’ils soient titulaires ou non du CAPA-SH ou 2CA-SH. Les inscriptions sont en cours. Vous trouverez les informations sur le site du SNUipp. Modules-de-formation-pour-la

- Vidéos

  • Sur le site Curiosphère, des vidéos sont consacrées à la scolarisation des enfants et des jeunes en situations de handicap. Tous les types de handicap sont abordés de l’autisme à la cécité en passant par la dyspraxie. Un moyen qui permettre d’aborder avec les parents ces questions sensibles. http://www.curiosphere.tv/video-documentaire/0-4-0-1-toutes-les-videos Par ailleurs, le DVD « Au-dessus des nuages » réalisé par l’association souris verte propose 6 films documentaires à destination du jeune public, pour parler du handicap, de la différence, de la diversité. http://unesourisverte.org/sensibilisation/nuages/resumes