Environnement
Grand angle
Rythmes scolaires : on fait quoi en septembre ?
12 juin 2017

« Carte blanche aux communes sur les rythmes scolaires » : la mise en œuvre de l’engagement de campagne du nouveau Président rouvre un débat toujours vif sur ce dossier sensible.

« Laisser aux communes, en lien étroit avec les écoles de leur territoire, le soin d’organiser le temps périscolaire sans contrainte » : L’engagement du candidat Macron a pris une nouvelle coloration depuis son élection à la présidence le 7 mai dernier. Trois mois avant la rentrée, l’ensemble des acteurs et des partenaires de l’éducation sont à nouveau sur des charbons ardents sur un dossier sensible qui avait déjà suscité nombre de débats et de polémiques au début du quinquennat précédent. Pour le nouveau gouvernement, l’objectif de désengagement de l’État est sous-jacent. Mais quelques lignes dans un programme électoral ne suffisent pas à régler les implications concrètes d’une nouvelle modification des rythmes scolaires. Celle-ci détermine en effet l’emploi du temps de millions de citoyens, parents d’élèves, professionnels qu’ils soient enseignants ou employés territoriaux. Sans parler des conséquences sur l’organisation des enseignements, sur les nombreux secteurs économiques qui gravitent autour de l’école et sur les arbitrages budgétaires délicats opérés par les communes.

Les enseignants touchés dans leurs conditions de travail

Avec les élèves, ils ont été les premiers touchés par une réforme mise en place dans la précipitation et l’impréparation qui a affecté directement des conditions de travail déjà dégradées. Les enseignants des écoles sont nombreux à se saisir de l’occasion offerte, pour se prononcer pour un retour de la semaine de quatre jours. Cette forte demande transparaît nettement dans les premières enquêtes réalisées auprès des professeurs d’école par certaines sections départementales du SNUipp-FSU. Ainsi dans les Bouches-du-Rhône, parmi les 10 % des personnels qui ont répondu, ils sont près de 90 % à souhaiter le retour à quatre jours. Même résultat quasi unanime à Givors dans le Rhône où les enseignants consultés par la municipalité relèvent l’impact trop important du périscolaire sur l’organisation des temps d’apprentissage. À Rodez dans l’Aveyron, ce sont les directrices et directeurs de la ville qui ont rapidement pris l’initiative de contacter le maire pour lui demander l’abandon de la semaine de quatre jours et demi.

Des élus et des parents divisés

Du côté des élus, si certains maires, comme celui de Marseille ont indiqué tout de suite leur volonté de revenir à quatre jours dès que possible, les positions sont plus nuancées selon que l’on se situe en ville ou à la campagne… et selon les possibilités financières de la commune. Pas facile dans une grosse ville comme Lyon de chambouler une organisation qui mobilise 1600 animateurs et 36 000 écoliers en l’espace d’un été, ce qui conduit la municipalité à reconduire le rythme des quatre jours et demi (avec un vendredi libéré) en septembre. Même dans les petites communes la circonspection est de mise si l’on écoute Vanick Berbérian, président de l’Association des maires ruraux de France qui indique : « Même si elles ont connu des difficultés, la majorité des communes qui s’y sont mises ont finalement trouvé un certain intérêt aux activités périscolaires, sous réserve qu’elles aient les moyens matériels et humains pour les mener. »


Car l’argent reste le nerf de la guerre et nombre de décisions communales sont soumises à la décision de reconduire ou non le fonds de soutien qui est prévu pour fonctionner jusqu’en 2018. « Sur le principe, les maires ne sont pas contre le fait qu’on puisse leur laisser carte blanche… à condition que la proposition ne masque pas un désengagement de l’État », note Agnès Le Brun, la vice-présidente (LR) de l’Association des maires de France. Au-delà du coût financier, c’est aussi le coût politique auprès des familles qu’évoquent les élus. Car certains parents, comme certains élèves, sont plutôt satisfaits des activités périscolaires proposées par leur commune. À Paris par exemple, où l’on a longtemps contesté la réforme, ils sont aujourd’hui 90% des écoliers à fréquenter les temps périscolaires deux fois par semaine. Sur le sujet, les associations officielles font entendre une voix discordante. Liliana Moyano, présidente de la FCPE insiste sur « les trois heures de cours en plus en matinée, au moment où l’attention est la meilleure et sur l’offre à tous les élèves d’un éveil artistique, culturel ou sportif », alors que Valérie Marty de la PEEP plaide pour une réflexion dans chaque territoire : « On pourrait aller jusqu’à concevoir des organisations différentes en maternelle et en élémentaire ou réaménager certaines vacances scolaires ».

La question des inégalités territoriales

Même si on oublie souvent de leur demander leur avis, les milliers de personnes recrutées comme animateurs territoriaux sont elles aussi dans l’expectative. Didier Bourgoin, secrétaire national du SNUTER-FSU relève que « ces personnels sont précaires à 85% et beaucoup fonctionnent sur des emplois du temps incomplets avec des temps partiels imposés. Dans toutes les communes, les budgets de fonctionnement et d’investissement sont en baisse. Si le fonds de soutien s’arrête, on va assister à un véritable plan social qui va concerner des personnes déjà fragilisées. L’autonomie des collectivités, c’est possible mais dans le cadre des lois républicaines et sans développer les inégalités territoriales. »
C’est bien cette question des inégalités qui a plombé une réforme des rythmes mal financée et qui ne pourra en rien se résoudre par une responsabilité accrue donnée aux communes. Le SNUipp-FSU milite pour une remise à plat complète de la réforme, avec un cadrage national pour plus d’égalité et une réflexion de fond qui associe les enseignants qu’il a souhaité consulter par l’intermédiaire d’une enquête nationale. Pour l’instant cette fin d’année scolaire est plutôt marquée par la cacophonie et la précipitation. Sans doute conscient des difficultés de ce dossier, Jean-Michel Blanquer a déjà annoncé que les communes pourront mettre en œuvre leur choix « pour la rentrée 2018 » et que des expérimentations seront possibles « dès 2017-2018, avec des maires volontaires. »
Un décret en préparation devrait en fixer le cadre dès la rentrée. À suivre donc…