Education artistique : Tout un art
14 septembre 2007

Alors que l’éducation artistique semble revenir sur le devant de la scène ( rapports, annonces du ministre ), ce dossier interroge la place de l’enseignant et des pratiques, au carrefour d’enjeux éducatifs et des politiques culturelles.

« L’art est dans tout » : comme le Français ou le calcul, on en trouve partout.

Cette phrase de 1898 qu’avaient prise pour fondement les artistes de l’art nouveau a su convaincre l’Education nationale. Dans ses programmes, elle n’assigne pas, socle commun oblige, des missions très différentes à l’éducation artistique qu’à celle d’autres matières réputées indispensables.

La première phrase des programmes est à cet égard claire : « L’éducation artistique développe l’aptitude à l’expression et le goût de la création : elle favorise l’épanouissement de l’autonomie et de la personnalité de l’élève ; elle permet de mieux équilibrer les formes diverses d’intelligence et de sensibilité ». Remplacez « éducation artistique » par « lecture » ou « écriture » et la phrase fonctionne tout aussi bien. Comme quoi, pour l’élève et l’enseignant, la posture est la même.

Cela ne suffit pas à répondre à la question : quelle est la place de l’enseignant dans l’éducation artistique d’un enfant ?

Car évidemment, l’art étant dans tout. On le trouve non seulement à chaque coin de rue, mais, en plus, les espaces éducatifs abondent : école de musique ou de dessin, centres de loisirs, conservatoires, voyages, visites des musées… et bien sûr télévision et autres supports médiatiques sont autant de lieux où l’enfant non seulement découvre mais apprend parfois jusqu’à la technique.

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A la question de la place de l’enseignant, 61 classes de la Haute-Vienne ont apporté une première réponse. L’art comme objet de base pour un projet d’école qui mixe l’expression écrite, orale et visuelle. A partir de Raoul Haussmann, un fondateur du mouvement DADA, différents acteurs se sont regroupés : une enseignante détachée à la FOL, deux conseillères pédagogiques, des personnels du musée. Dans ce projet, l’enseignant voit valoriser son rôle pédagogique : il est le coordinateur des différents acteurs pour l’apprentissage de l’enfant, son lien avec les professionnels, son guide dans la façon constructive d’appréhender l’art et de réaliser les expressions. Un projet d’autant plus audacieux qu’il se fait à partir des papes de la déconstruction que furent les dadaïstes, mais une enseignante est formelle : « ce sont toutes les parties du programme que l’on peut dérouler à partir des arts plastiques ».

Autre réponse apportée et précisée par les programmes : fournir une formation de base et une pratique dans les arts eux-mêmes. On pourrait facilement se dire qu’une école municipale de musique, par exemple, est bien mieux pourvue pour cette mission. Reste que c’est à l’école d’assurer cette éducation pour tous, et corollairement la réussite des élèves dans ce domaine comme dans les autres. D’où la nécessité pour l’enseignant de s’appuyer sur des structures et des moyens dont les écoles et les communes ne sont pas toujours pourvues. Les Affaires culturelles ( lire l’article ) n’ont pas les mêmes moyens selon les régions et les équipements sont très inégaux entre villes riches, Paris notamment, et zones rurales. C’est pourtant sur ces aides logistiques (les infrastructures culturelles et les personnels qui les animent) que les enseignant s’appuie. Grâce à elles, ils aident l’enfant à approcher les arts et à pratiquer un savoir qui nécessite spécialisation et compétences particulières. Sur ce point encore, la formation initiale laisse à désirer.( lire l’article )

Toutes ces réponses butent sur de nombreuses difficultés. D’abord, pour l’enfant, l’hétérogénité des classes qu’il traverse. Cela entraîne une discontinuité dans son parcours qui lui est préjudiciable, comme le souligne Viviane Bouysse, inspectrice générale ( lire l’entretien ) « Un élève pourra faire régulièrement de la musique et des arts visuels en maternelle, mais peu en CP et pas en CE1 ». Or cela « devrait faire partie du parcours normal des élèves ». Donc faire l’objet de progression et d’évaluation, ce que personne ne sait ou ne croit savoir vraiment faire. Pour autant, face à ces insuffisances un rapport de l’Inspection générale* met en lumière des pratiques de qualité en particulier dans le domaine du chant où l’enseignant du fait d’une pratique personnelle (chorale) se sent plus en confiance. Cette aisance permet à l’élève une liberté indispensable à la pratique et à l’apprentissage. DADA serait d’accord. Darcos, on ne sait pas.

-  Le rapport