Sondage
rentrée 2013 : l’opinion des Français sur l’école
9 septembre 2013

Comment les Français perçoivent-ils l’école primaire, quelles sont leurs priorités et leurs attentes vis à vis d’elle à cette rentrée ? À la demande du SNUipp-FSU, l’institut de sondage Harris Interactive a mené l’enquête*.

Quand on les interroge sur leurs principaux sujets de préoccupation, les Français, sans surprise, placent l’emploi nettement en tête. C’est une priorité pour 47% d’entre eux, en hausse de deux points par rapport à 2012, qui est évidemment à mettre en relation avec la situation toujours préoccupante du chômage. L’éducation et l’école quant à elles, restent le deuxième sujet le plus important pour un quart des personnes interrogées et devancent toujours d’autres dossiers qui mobilisent le débat public tels que le pouvoir d’achat (24%), ou les retraites (20%). Loin derrière et leur paraissant plus secondaires, viennent la sécurité, pour un français sur dix, ou l’immigration (7%). S’agissant plus en détail de l’école primaire et de son fonctionnement, (voir graphique ci-contre) le satisfecit reste très majoritaire par rapport aux résultats de la précédente enquête. Le regard porté sur la maternelle est tout particulièrement positif, 79% des Français estimant qu’elle fonctionne bien, un chiffre qui culmine à 95% chez les parents d’enfants scolarisés en zone d’éducation prioritaire. Le jugement est néanmoins plus nuancé s’agissant de l’école élémentaire, même s’il est positif pour 68% des personnes interrogées, quatre points de mieux qu’en 2012. Il reste toutefois négatif pour 25% des sondés.

Des priorités qui évoluent peu

Comme ces dernières années, la discipline et l’autorité mais aussi l’aide aux élèves en grande difficulté constituent les sujets prioritaires pour l’école aux yeux respectivement de 57% (en baisse de trois points) et de 51% (plus un point) des Français. La formation des enseignants est elle aussi citée de façon non négligeable, à 44%, ainsi que la lutte contre les inégalités entre les écoles en termes d’équipements et de fournitures (37%). Les rythmes scolaires quant à eux - et en cela l’opinion publique rejoint celle des enseignants des écoles - n’arrivent qu’en fin de liste des sujets prioritaires avec 26% des français qui les estiment importants. À contrario et dans les années qui viennent, 55% des personnes interrogées jugent nécessaire, pour faire évoluer l’école, de mettre l’accent sur la baisse du nombre d’élèves par classe. Autre mesure à prendre pour près d’un Français sur deux (49%), « assurer un suivi individualisé des élèves en difficulté ». Viennent ensuite «  le développement du travail en petit groupe » (39%), « donner plus de moyens aux écoles qui concentrent les difficultés scolaires » (31%), devant le « plus de maîtres que de classes » pointé par 23% des sondés, en progression significative de cinq points.

*Enquête réalisée par téléphone sur un échantillon de 1009 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliquées aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie professionnelle et région d’habitation.

Télécharger :
- les résultats complets du sondage
- l’analyse de Harris Interactive


Focus

Une réforme des rythmes qui divise

Interrogés sur ce qu’ils pensent de la mise en place de la réforme des rythmes, les Français sont beaucoup plus partagés qu’il y a un an. Ils ne sont plus désormais que 49% à estimer qu’il s’agit d’une bonne chose, un chiffre en recul de 18 points alors que 47% (51% des parents d’enfants scolarisés) sont d’un avis contraire, en progression de 18 points cette-fois. Les premiers mettent en avant la perspective d’une meilleure répartition du rythme de travail des enfants sur la semaine ou encore les avantages de pratiquer plus d’activités périscolaires. Les autres considèrent de leur côté que la réforme ne réglera pas nécessairement les problèmes de l’école, s’inquiètent d’une possible complication de leur vie de parents et redoutent le développement d’inégalités territoriales. Cette crainte est d’ailleurs relevée par 49% des français qui pointent le risque d’une augmentation des inégalités entre les enfants vivant dans des communes aux moyens financiers très différents.

Les Français favorables à l’ISAE

67% des français sont favorables au versement d’une prime aux professeurs des écoles et cela alors que le ministère a annoncé le paiement d’une prime de 400 € annuels, l’ISAE. L’Indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves sera versée en deux fois, en décembre et en juin. Les Français partagent l’idée que les enseignants du premier degré perçoivent une rémunération trop faible au regard de leur niveau de qualification et de leur engagement professionnel. L’OCDE le relevait d’ailleurs dans son étude Regards sur l’éducation parue en juin. Les enseignants français gagnent en effet 11% de moins que la moyenne de leurs collègues des autres pays membres de l’organisation. Si la création et le versement de l’ISAE est une bonne chose, le SNUipp-FSU revendique néanmoins que son montant soit rapidement relevé au niveau de l’ISOE perçue par les professeurs du second degré, soit 1 200 € et demande qu’elle soit intégrée au salaire.


Jean-Daniel Lévy 

« Des inquiétudes moins marquées »

Fenêtres sur cours a interrogé le directeur du département Opinion & Corporate de Harris Interactive qui a conduit l’enquête

Les Français sont moins préoccupés par l’école que l’an dernier, pourquoi ?

Il y a une préoccupation croissante à l’égard d’autres sujets. L’école devient une question moindre. Les thèmes économiques et sociaux croissent au détriment de l’école. Et puis le président de la République et le gouvernement sont plus présents que par le passé sur la thématique de l’école. Du coup, les interrogations ou les inquiétudes à l’égard de l’école sont un peu moins marquées.

L’image de l’école élémentaire progresse de quatre points, pourquoi ?

C’est significatif de la perception que l’école est un peu plus en mouvement. Aux yeux des Français la réforme n’a pas suscité de crispations importantes dans le corps enseignant. Et puis, même quand les réformes ne sont pas très appréciées il y a le sentiment que ce qui mobilise avant tout ce sont les préoccupations à l’égard des enfants. Ceci suscite une appréciation un peu meilleure de la part des parents. On peut dire aussi que l’accroissement du nombre d’enseignants a été non seulement entendu mais qu’il est fortement apprécié.

La réforme des rythmes occupe une bonne part de l’étude, Quelles sont les principales inquiétudes des Français ?

Il y a une connaissance plus grande que par le passé de la réforme, 80% en ont entendu parler et un sur deux déclare savoir précisément ce dont il s’agit. Mais, lorsqu’on arrive dans le concret, les avis commencent à se structurer et l’appréciation positive de la réforme est moins forte. Mais, ce qui joue le plus dans les représentations ce sont les principes d’égalité et de gratuité. Ils ne sont pas toujours perçus comme véritablement constitutifs de la réforme, cela donne un regard un peu plus distant qu’il y a un an. Ce n’est pas seulement dû à la question des moyens individuels et des moyens de chacune des écoles, mais également à la capacité à pouvoir faire en sorte que des enfants, quelle que soit leur place sur le territoire, puissent avoir accès au même type d’éducation et au même type d’encadrement.

Les français se montrent favorables au versement d’une prime aux enseignants. Comment faut-il l’interpréter ?

On dit souvent que les fonctionnaires ne sont pas très bien perçus, que leurs revendications salariales ne touchent pas forcément l’opinion. Là, ce n’est pas tout à fait le cas. La prime proposée par le ministre ne suscite pas de critique avérée, loin s’en faut. Alors que les dimensions salariales apparaissent comme importantes et préoccupantes aux yeux des français, il y a projection à l’égard des enseignants. Si souvent il y a la perception que les enseignants ont beaucoup de vacances, qu’ils ne sont pas toujours très présents, dans le même temps il y a le sentiment qu’ils exercent une mission difficile, cela suscite une forme de reconnaissance.