réforme de l’évaluation des enseignants : le décret est abrogé !
29 février 2012

Le projet de réforme de l’évaluation des enseignants en France abrogé !

Le texte contesté portant réforme de l’évaluation des enseignants est abrogé par un décret paru mercredi 29 août 2012 au Journal officiel.

Le conseiller aux questions d’éducation de François Hollande, Vincent Peillon, a annoncé que le décret sur l’évaluation des personnels, publié le 7 mai au J.O., sera abrogé dès la mise en place du nouveau gouvernement.

Il s’agit d’une première mesure qui répond à la demande unanime des organisations syndicales qui avaient vivement critiqué et rejeté ce texte qui n’aurait pas amélioré la dimension formative de l’inspection et qui aurait freiné les carrières.

L’actuel mécanisme de promotion en France prévoit 3 rythmes d’avancement pour chaque passage d’échelon. Les enseignants promouvables sont classés selon un barème qui prend en compte l’ancienneté générale des services et la note, à laquelle un coefficient est attribué dans chaque département. (30% d’enseignants de la liste des promouvables au grand choix sont promus, 70% de la liste des promouvables au choix sont promus, le reste est promu à l’ancienneté) A l’étranger, selon les types de détachement, la vitesse d’avancement peut varier : les enseignants détachés auprès de l’AEFE ou de la MLF ou détachés directement auprès des établissements progressent tous en principe au “ grand choix ”. Mais d’autres enseignants du 1er degré (SEFFECSA, réseau culturel..) restent soumis à un avancement contingenté (même système que dans les départements) et donc n’avancent pas automatiquement au “ grand choix ”.

Le projet de décret envisageait un avancement unique au rythme le plus lent, équivalent à l’actuelle ancienneté. La première conséquence aurait été pour tous les enseignants des réseaux AEFE et MLF, ainsi que pour les détachés directs, la fin de l’avancement systématique au meilleur rythme.

Des réductions d’ancienneté devaient être attribuées pour 3 ans par le supérieur hiérarchique, à l’issue d’un entretien professionnel : 15 mois pour 30% des enseignants promouvables et 6 mois pour 50%. Les 20% restants progresseraient à l’ancienneté.

A l’étranger, le supérieur hiérarchique direct étant le chef d’établissement, se serait posé le problème des personnels compétents pour l’évaluation des enseignants du primaire.

Arbitraire, pertes salariales, et ralentissement de carrière

Cette conception managériale de la gestion des enseignants accentuait la pression directe de la hiérarchie tout en minorant l’expérience professionnelle liée à l’ancienneté. Elle favorisait aussi un certain clientélisme en ciblant les enseignants bénéficiaires de réductions d’ancienneté. Par ailleurs tout le monde était perdant. Le rythme le plus rapide s’allongeait de près de deux ans pour atteindre le 11e échelon et représentait 4 271€ brut de manque à gagner ! Pour un avancement au rythme moyen sur toute la carrière, le projet d’avancement conduisait à un ralentissement des promotions en fin de carrière, ce qui limitait les possibilités de partir en retraite au dernier échelon.

L’entretien professionnel, un mieux ?

Les inspections actuelles, fondées sur l’observation d’une seule séquence de classe suivie d’un entretien, sont sans doute un mode de fonctionner très imparfait. La visite de l’inspecteur est souvent infantilisante, le poids de la notation souvent déterminant pour la carrière, les visites trop espacées, les pratiques d’inspection trop différentes d’un inspecteur à l’autre...

Mais un projet visant à évaluer les enseignants par le biais d’un entretien professionnel tous les trois ans laissait de trop nombreuses zones d’ombre. Comment en effet évaluer les progrès des élèves et les compétences de l’enseignant sans le voir en classe ? Quels critères objectifs retenir autres que les résultats d’évaluation forcément liés au profil des élèves, au contexte social ? Comment d’éviter le favoritisme dans l’attribution des réductions d’ancienneté ? Un entretien centré sur une logique de performance n’est pas non plus la solution : la voie d’une évaluation professionnelle réellement formative et d’une relation apaisée et constructive entre enseignants et inspecteurs est encore à explorer.

Le SNUipp continue à réclamer que soient dissociées l’évaluation formative et la progression dans la carrière et réclame pour tous, en France comme à l’étranger l’avancement au rythme le plus favorable au grand choix.