YVETOT : Une clis "iconoclasse "
17 mars 2011
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- Des résidences d’artistes ont lieu dans les écoles de Seine- Maritime, une expérience qu’a vécue la .CLIS de l’école Jean Prévost d’Yvetot
- Entretien avec Séverine Duhamel, directrice de la galerie d’Yvetot
- En ligne


« A quoi ressemble votre chambre de rêve ? Où est votre lit ? Que voyez-vous par la fenêtre ? Quel monstre s’y cache ?... » Alice B. artiste vampire plasticienne s’est nourrie des mots, des rêves, des cauchemars des élèves. Pendant quinze jours, les douze élèves de la CLIS d’Hermine Crippa de l’école Jean Prévost d’Yvetot ont accueilli dans leur classe Alice B., une artiste plasticienne. Cette résidence s’inscrit dans le cadre des iconoclasses proposées par la Galerie Duchamp aux écoles d’Yvetot en Seine-Maritime et au-delà. Le principe est le suivant « permettre à une ou plusieurs classes d’un établissement scolaire de bénéficier de la présence d’un artiste contemporain dans le cadre de l’ouverture culturelle des élèves ». Alice B. est donc venue bousculer la vie de cette classe pendant deux semaines et plonger les élèves et l’enseignante dans son univers. Cet après-midi chaque élève est occupé à imaginer et dessiner une journée de la vie du monstre qu’il a inventé : Quand mon monstre est amoureux.... Quand mon monstre a faim... Alice et Hermine sollicitent et encouragent les élèves à donner vie à leur création, 12 étranges figures affichées au tableau. « J’ai demandé à chaque enfant de faire un tracé à main levée » explique l’artiste, dessin à partir duquel les enfants ont dû imaginer leur monstre et les fonctions de chaque élément saillant. Voici les yeux, ici la bouche mais ces trois bosses ? « Elles servent à porter les enfants » explique timidement Bettina dont le monstre s’appelle Corsse.

Un atelier de pratique artistique ? Rien de tel car ces iconoclasses sont d’abord l’occasion pour l’artiste de concevoir un projet, de faire l’expérience de la réception de leur démarche auprès des scolaires. La plongée dans l’imaginaire a commencé par un entretien individuel entre l’artiste et chaque élève pour figurer une chambre de rêve. « J’ai enregistré leurs voix, leurs descriptions, explique Alice, et ces échanges comme les monstres seront le point de départ de ma propre création ». La jeune femme n’en est pas à son coup d’essai. Elle a déjà travaillé dans un hôpital pour enfants et auprès d’adolescents. Elle poursuit : « Ce qui m’intéresse c’est de me frotter à des univers dans lesquels le mensonge n’a pas de place. Les émotions, les peurs, les ressentis que me confient les enfants sont une forme d’expression de soi mais aussi des témoignages de traits humains universels »

C’est la quatrième année qu’Hermine s’inscrit aux iconoclasses. L’enseignante, assidue de la Galerie Duchamp, cherche le plus souvent possible à ouvrir sa classe sur l’extérieur. Hermine dit la richesse de chacune des quatre rencontres pour les élèves qui doivent s’adapter à la sollicitation d’une personne et qui vivent une expérience étrangère à leurs habitudes. Même enthousiasme du point de vue de la classe : « Ces temps facilitent les apprentissages par la suite. A la fin de chaque projet ce que je récupère est un cadeau. Je découvre mes élèves sous un autre angle, je m’enrichis des approches des artistes » explique-t-elle.

En cet après-midi, la classe prépare le vernissage du vendredi où sera présentée la fiche signalétique de chacun des monstres. Et ce sera un succès puisque 10 familles sur 11 ont fait le déplacement en attendant le second événement qui aura lieu en septembre quand Alice présentera son œuvre.


Entretien avec Séverine Duhamel, directrice de la galerie Duchamp d’Yvetot

- Voilà treize ans que la Galerie Duchamp organise des résidences d’artistes. Qu’est-ce qui motive cet engagement ?

  • La galerie a une motivation pédagogique forte qui se traduit à la fois par la présence d’une école d’arts plastiques au sein de la galerie mais aussi par notre implication auprès du milieu scolaire à Yvetot et aux alentours. Nous invitons les classes à venir découvrir le travail d’artistes lors des expositions mais nous leur proposons aussi des résidences d’artistes. Ces iconoclasses prennent place dans cette démarche globale d’ouverture en direction du public.

- L’implication des artistes dans les iconoclasses manifeste-t-elle un changement de posture de leur part ?

  • Leur implication dans les écoles et les établissements scolaires n’est pas contradictoire avec les expositions dans lesquelles le public se déplace. Dans les années 80, la question de la démocratisation s’est posée, l’art contemporain était loin de son public. Les pratiques artistiques dans les centres d’art se sont développées ainsi que les résidences. Ces différentes médiations ont cependant des objectifs différents. Avec les iconoclasses, il s’agit de mettre à la portée des enfants une démarche artistique, de leur faire percevoir la genèse d’une œuvre, de les confronter au concret d’une production entre un questionnement, une intention et des contraintes techniques.

- Comment les artistes perçoivent-ils cette expérience ?

  • L’artiste peut avoir un avantage à travailler « ailleurs ». Pour certains c’est d’abord un lieu pour créer. Pour d’autres, c’est une source d’inspiration. Ils travaillent in situ, par rapport aux enfants qu’ils rencontrent. D’une manière générale, je pense que cette expérience les aide à parler de leur travail. Pour les jeunes artistes c’est un premier public et il est particulier car il a des yeux neufs et des questions très directes. C’est pour eux une approche première de leur œuvre qui les oblige à définir avec des mots simples ce qu’ils font.

*http://www.jpa.asso.fr


EN LIGNE

- Galerie Duchamp Le site de la Galerie Duchamp laisse un petit espace aux résidences d’artistes. Les expositions dédiées aux iconoclasses y sont signalées. Par ailleurs, pour chaque édition, la galerie édite des petits livrets qui donnent à voir les productions des artistes.
http://www.galerie-duchamp.com

- Circulaire Une charte intitulée Charte nationale : la dimension éducative et pédagogique des résidences d’artistes est sortie l’an passé au BO pour préciser le cadre des résidences. Elle précise que la résidence permet « la rencontre avec une oeuvre par la découverte d’un processus de création, la pratique artistique, la pratique culturelle à travers la mise en relation avec les différents champs du savoir, et la construction d’un jugement esthétique. » Pour les détails : circulaire n° 2010-032 du 5-3-2010
http://www.education.gouv.fr/cid50781/mene1003709c.html

- Résidence en maternelle à Lyon Depuis 2003, vingt-cinq écoles maternelles publiques à Lyon ont accueilli chacune un artiste en leurs murs pour des résidences longues de deux, trois voire quatre années. Actuellement, neuf écoles maternelles participent au Programme de résidences d’artistes en maternelle (PRAEM) d’Enfance, art et langages
http://www.eal.lyon.fr/enfance/sections/fr/residences

- Le site d’Alice Le site d’Alice donne à voir ses créations dans le cadre de résidences précédentes auprès d’adolescents, l’occasion de découvrir la tour aux rêves des enfants...
http://alicebaillaud.com