Vitry-sur-Seine, dans un quartier qui se réinvente
5 décembre 2011

L’école Anatole France à Vitry-sur-Seine accueille la plupart des enfants de la cité Balzac. Une zone urbaine sensible qui, vue de l’intérieur, prend des airs de village. La cité Balzac fait l’objet d’une importante opération de rénovation urbaine.

Dans la cité Balzac de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, on pourrait s’attendre à ne trouver que des visages radieux. Ce vaste ensemble, qui comptait à son origine plus de 1 200 logements sociaux, n’en comptera à terme qu’un peu plus de la moitié augmentée de logements en location libre et en accession à la propriété. Vaste opération de rénovation urbaine et pourtant, à Balzac, zone urbaine sensible, plane un air de nostalgie. Dans le regard de l’autre, documentaire réalisé par Daniel Kupfestein lors des premières démolitions en 2009, des témoignages émouvants tranchaient avec l’image d’une autre réalité, celle de la petite Sohane brûlée vive en 2002 dans un local à poubelles par son ex-petit ami. Image traumatisante, mais aussi image stigmatisante pour l’ensemble d’une population qui a choisi d’ériger une stèle à la mémoire de la jeune fille. Pour la majorité des habitants, la vie à Balzac, ce sont des fêtes de quartier, des grillades entre voisins, avec des jeux de ballon ou de boules dans les allées. Ce sont aussi des gestes de solidarité au quotidien, parce que ce qu’on a en commun, bien souvent, c’est la galère. « Il y a une entraide collective dans la cité comme il est rarement donné d’en voir ailleurs », rapporte le documentariste, « la plupart des gens se sentent bien ici ». Illustration avec ces paroles de Denise, arrivée à 14 ans, en 1968. Son énumération des noms des voisins renvoie l’image d’une cité cosmopolite dans laquelle on fête le nouvel an tous ensemble. « Moi j’ai appris à faire le couscous » dit-elle en riant. Aujourd’hui, Denise écrase une larme : « le bâtiment d’à côté va partir avec ma meilleure amie… ».

Beaucoup pleurent au moment où les immeubles s’écroulent

Tant d’images à raconter, les groupes de rap, le vide-greniers, les anciens jardins collectifs, le père de famille fils d’immigré qui dit comment il a appris à lire et à écrire à l’école… Vu de l’intérieur, on n’est plus dans un quartier de la relégation. Marianne Pichon, conceptrice d’expositions, recueille la parole des habitants. « La rénovation urbaine ne soulève pas forcément l’enthousiasme, souligne-t-elle. Leur intérêt porte sur la superficie des logements dans lesquels ils seront relogés, sur le prix des loyers ». Mais elle témoigne aussi que lors des démolitions « les gens sont présents et beaucoup pleurent au moment où les immeubles s’écroulent ». Autant de témoignages d’une convivialité qui a cependant du mal à gagner l’école. Non que l’empathie manque, mais l’institution reste un espace dans lequel nombre de parents ne se sentent pas à l’aise. Pourtant, avec ses 11 classes, l’école Anatole France n’accueille quasiment que des élèves de la cité. La diminution du nombre d’habitants due à la rénovation urbaine entraîne donc des baisses d’effectifs, « nous sommes sous la menace d’une fermeture à la rentrée prochaine » confie le directeur Eric Chantry. Son école a perdu en quelques années l’essentiel de son RA SED , réduit à la présence d’une psychologue scolaire.

Rencontrer les parents en dehors du temps de classe

« Pourtant, nous répondons à tous les critères de l’éducation prioritaire » poursuit le directeur en résumant la situation : « sur un peu moins de 200 élèves, une toute petite minorité est en réussite, une toute petite minorité en grande difficulté, pour les autres il faut sans cesse veiller à ce qu’ils restent concentrés ». Tableau qu’assombrit l’éloignement des parents. Kader Benaribi préside l’association locale des parents d’élèves. Aux élections, pour 11 classes, 3 candidats seulement se sont présentés. Bien entendu ils ont été élus, mais Kader témoigne de la difficulté à faire rentrer les parents dans l’école : « nous espérons l’arrivée de 3 nouveaux parents pour janvier ». Pour essayer de tisser le lien, l’école Anatole France a mis en place une remise personnalisée du carnet individuel à chaque parent en fin de trimestre. Une initiative qui se fait forcément en dehors du temps de service, « en fin de journée et le samedi matin, 10 à 15 minutes par parent ». La question est aussi celle de l’ouverture au quartier, le centre social Balzac a pris dans ce contexte une dimension nouvelle. « Nous menons une réflexion commune avec l’école » raconte Khoukha Zeghdoui, coordinatrice de projet au centre. Ce dernier ne fait pas seulement l’aide aux devoirs, il participe depuis l’an dernier à l’organisation de la fête de l’école. L’équipe éducative et celle du centre cherchent à organiser d’autres initiatives communes en alternant entre l’école et le centre social, comme des ateliers de lecture ou un travail sur les contes. « L’idée est que nous puissions passer la porte de l’école, que l’école puisse passer la porte du centre social en respectant le rôle et les prérogatives de chacun » résume Khoukha. Une manière aussi de toucher des parents à qui le centre social demande de signer une charte de suivi de l’activité de leurs enfants. « C’est vrai que lors de la remise du livret individuel, tous les parents ne viennent pas, avoue Eric Chantry, et notamment ceux qu’on aimerait le plus rencontrer ». L’ouverture des portes, une solution toujours d’actualité dans un quartier qui se réinvente.


Une rénovation à l’échelle de la commune

Vitry-sur-Seine, 84 000 habitants, possède plus de 40% de logements sociaux avec pour principaux bailleurs l’OPH, un office municipal et la SEMISE, une société d’économie mixte elle aussi contrôlée par la ville. Sur Balzac, la destruction de 660 logements sociaux a été programmée, la ville en reconstruit le double, mais sur d’autres quartiers plus pavillonnaires. « Cela va permettre à la fois des décohabitations (les enfants adultes qui quittent le domicile parental) et le logement de personnes sur liste d’attente » explique Jean-Michel Moineau, le président de l’OPH. Ce sont de petites opérations, diffuses, visant à assurer plus de mixité sociale sur la totalité du territoire. L’engagement financier est élevé, 262 M€ (dont 64,5 M€ de l’agence nationale de rénovation urbaine). La ville espère maintenir le respect de sa règle d’or : un quart de l’espace communal dédié aux habitations, un quart aux activités commerciales, un quart aux activités industrielles et un quart aux espaces verts, avec une forte proportion de familles populaires.