Rentrée
Une toute-petite section pour l’école mais un grand pas pour l’enfant
8 septembre 2014

À l’école maternelle de la tour d’Auvergne à colombes, la rentrée des tout-petits est préparée en équipe et avec soin. l’ «  accueil des moins de trois ans  », c’est une attention au langage, au devenir élève mais c’est aussi l’accueil des familles.

Ce n’est pas de l’inquiétude mais plutôt de l’impatience que l’on ressent ce mardi 2 septembre à l’école maternelle de la tour d’Auvergne à colombes (92). Tout est prêt en effet pour accueillir les premiers enfants de la toute petite section de l’école qui fait partie du dispositif d’ «  accueil des moins de trois ans.  » Des jeux sont disposés sur les tables, mais aussi en salle de repos qui sert parfois pour la motricité ou dans le jardin attenant à la classe. Et puis Julie Dris, la maîtresse, sait que ce matin elle n’accueillera que 5 enfants et leur famille. Demain, 5 autres arriveront et en fin de semaine la classe sera complète avec 18 élèves. On a choisi, dans cette école classée en ZEP, de prendre le temps de l’accueil et de la rencontre avec les parents. Le temps d’expliquer à la maman de Fatoumata qu’ «  elle doit dire à sa fille quand elle part mais surtout lui dire aussi qu’elle va venir la chercher  » ; le temps de montrer à Rayan qu’on joue avec les voitures dans le coin «  garage » et pas dans la «  cuisine  »  ; le temps de dire à Thaïs qu’elle peut faire les puzzles qui sont sur la table sans sortir ceux du placard ; le temps pour tous d’explorer ce nouvel environnement.

« Une année de scolarisation en plus, ça fait la différence. »

Cela n’empêche pas les pleurs d’Ylann ou les petits incidents mais Julie peut les gérer grâce à R’kia, l’Atsem attachée à la classe, assistée aujourd’hui par sa collègue Sabrina. En effet, seules la classe de Julie et les 3 classes de PS font leur rentrée ce matin, les 5 autres n’entreront que cet après-midi. Cela permet de mettre, si besoin, davantage d’adultes à la disposition des petites classes. On l’aura compris, la rentrée est ici une construction collective et l’accueil des moins de trois ans aussi. Une rentrée en douceur, un bon contact avec les enfants et les parents, c’est un investissement pour l’année à venir. Et pour certains enfants, notamment ceux dont les parents sont les plus éloignés de l’école, une année de scolarisation en plus, ça fait la différence tant du point de vue du langage que de la socialisation. L’équipe y tient et Evelyne Bouchouicha, la directrice de l’école, en est garante en s’investissant beaucoup dans cet accueil des moins de trois ans. «  On avait déjà une classe de tout-petits dans l’école, dit-elle, mais le fait qu’elle soit inscrite dans le dispositif permet de garantir des locaux adaptés, de limiter les effectifs, d’avoir une Atsem à temps plein et une en renfort si besoin.   »

Travailler le langage et le devenir élève

La relation aux parents est particulièrement soignée. En juin les familles des élèves retenus pour la TPS ont été reçues individuellement. Une rencontre collective a suivi et un film a été projeté aux parents pour leur présenter les activités pratiquées en TPS. Et le 20 septembre, ce sera la réunion de rentrée. Chaque famille remplit avec l’école un contrat de scolarisation qui fixe les jours de fréquentation et les modalités d’accueil de l’enfant en début d’année. En fonction des observations recueillies par la maîtresse et l’Atsem, ce contrat est ensuite adapté à chacun. On n’en oublie pas pour autant les apprentissages. Les objectifs dans le domaine du langage et du devenir élève sont affichés et prennent place dans la programmation de l’école. Evelyne y contribuera en prenant en charge un atelier quotidien de «  Parler bambin  », un moment de langage codifié et réservé aux petits parleurs dès qu’ils auront été repérés. Julie enseigne depuis quatre ans, elle a exercé en maternelle, mais c’est son premier poste en toute petite section. «  Les enfants évoluent vite à cet âge, dit-elle, et il y a une grosse différence entre les petits et les tout-petits.   » Il faut donc ajuster ses pratiques et même si le travail réalisé dans l’école l’a aidée à préparer sa classe, elle a tout de même passé une partie de ses vacances à se documenter. Elle compte maintenant sur la formation spécifique au dispositif qui a été annoncée.


Trois questions à Sylvie Chevillard*, enseignante et formatrice

De quoi la rentrée est-elle le nom chez les tout-petits  ?

Tout dépend du contexte scolaire, social et du projet pédagogique mis en œuvre. La rentrée ne sera pas la même dans une classe multi-âges où les moins de trois ans vont être pris en charge par des enfants plus grands, un peu comme dans une fratrie, et une classe spécifique où ils vont se retrouver sans points de repère. Elle sera différente aussi selon les milieux sociaux car, dès la première rentrée, les enfants arrivent avec des images de l’école très différentes. Pour certains c’est un lieu de travail où il faut être sage. Pour d’autres, c’est l’endroit où on vient apprendre avec plaisir. Enfin la rentrée dépend du projet d’accueil. Elle sera facilitée si la rencontre avec l’école est progressive et si elle se fait avec les familles et l’ensemble des professionnels de la petite enfance.

Quelles sont les conditions de réussite de cet accueil ?

L’école doit prendre en compte le très jeune âge. Les enseignants doivent être formés sur le développement psychoaffectif et moteur du jeune enfant pour qu’ils puissent aménager un milieu adapté et sécurisant tant sur le plan spatial que langagier. Il faut aussi rendre lisible le milieu scolaire, dire et montrer ce qui se fait à l’école et pourquoi. Enfin l’enseignant doit s’intéresser aux pratiques langagières scolaires. Il doit pouvoir prendre en compte les manières de dire des enfants pour entrer en communication avec eux. Il doit aussi mettre des mots sur les lieux et les temps de l’école pour que l’enfant prenne des repères et comprenne la logique de ce nouveau milieu.

En quoi ce dispositif fait-il bouger la maternelle  ?

Il nous rappelle que les effectifs doivent être réduits pour que les jeunes enfants apprennent. Il permet aussi de réhabiliter la rentrée échelonnée, progressive, par petits groupes y compris pour les PS. Cela permet comme dans la classe multi-âges que les manières de faire se transmettent entre enfants. Il réaffirme la nécessaire ouverture de la maternelle aux parents. Enfin il amène à réfléchir sur les apprentissages premiers et à traquer les évidences. Le découpage et le collage, par exemple, ne sont pas acquis par les jeunes enfants. C’est bien le rôle de l’école que de construire ce type de savoirs progressivement dans une perspective de réussite.

* Sylvie Chevillard est militante et formatrice au GFEN, associée à l’équipe Escol de l’université Paris 8. Enseignante en maternelle et conseillère pédagogique, elle a contribué à « Pratiques de réussite pour que la maternelle fasse école » sous la direction de Christine Passerieux (Chronique sociale, 2011)