Dossier "Redoubler C’est dépassé ?"
« Une rigidité structurelle sclérosante »
8 septembre 2014

Trois questions à Thierry Troncin, formateur à l’Espé de Bourgogne

Trois questions à Thierry Troncin, formateur à l’Espé de Bourgogne

« Une rigidité structurelle sclérosante »

Que révèle l’usage des redoublements pour un système éducatif ?

Le redoublement est un élément consubstantiel à notre système éducatif qui génère un clivage entre enseignants et chercheurs. C’est pourquoi son abolition peut déstabiliser, voire heurter. Un écolier sur cinq ne construit pas les compétences attendues dans le temps imparti. Les redoublements ne sont que la partie émergée de l’iceberg constitué des difficultés d’apprentissage qui perdurent. Nous sommes piégés par un triptyque sclérosant : une classe d’âge, un programme d’enseignement et une année scolaire. Cette rigidité structurelle constitue le terreau de ces décisions, par manque de voies alternatives réalistes et de représentations parfois erronées sur l’apprentissage et sur l’enseignement.

Quels sont les effets du redoublement sur les élèves ?

Tous les résultats scientifiques montrent qu’en moyenne le redoublement est une mauvaise réponse à une réelle question. Bien entendu, nous connaissons tous un enfant pour qui le redoublement n’a pas été catastrophique, voire bénéfique pour « repartir du bon pied ». Plusieurs bémols cependant : la moyenne cache souvent des disparités importantes, l’enseignant ne sait pas précisément ce que cet élève aurait appris s’il n’avait pas redoublé, certains redoublements sont plus réfléchis et accompagnés par les équipes pédagogiques que d’autres, les conséquences néfastes sur le plan psychologique sont souvent mésestimées…

Quelles alternatives prônez-vous ?

Le redoublement doit être exceptionnel  : si un élève de CP ne maîtrise pas du tout la combinatoire par exemple ou en cas de maladie ou de handicap. Mais en aucun cas cette nouvelle année ne doit être une année à l’identique. Une analyse fine des obstacles d’apprentissage, cognitifs ou psychologiques, doit être conduite collectivement et déboucher sur un plan d’action évalué périodiquement. Dans la plupart des autres cas, le passage dans le « niveau supérieur » peut être préconisé avec la même démarche. Ce qui suppose la mise en oeuvre d’une pédagogie différenciée centrée sur les contenus et la démarche d’apprentissage. Alors les redoublements perdront de leur substance et l’accompagnement des élèves éprouvant des difficultés d’apprentissage sera fécond et fructueux.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Le redoublement ne peut plus être qu’exceptionnel
- Une exception française en voie de disparition ?
- Des alternatives pour apprendre et rester ensemble
- Du côté des parents : Des adhésions de principe
- Et ailleurs : Mais comment font-ils donc ?
- Entretien avec Denis Meuret : « Coûteux, inéquitable et inefficace »