Une maternelle arc-en-ciel
5 décembre 2011

L’école maternelle rue Pajol, un bâtiment original et coloré en plein cœur de Paris.

Cherche le trésor au pied de l’arc-en-ciel. Et si la légende disait vrai ? A Paris dans le 18e, malgré le ciel plombé de cette fin d’automne, un îlot coloré et lumineux se détache au milieu de la grisaille d’un quartier en pleine reconstruction.

En passant sous l’arc-en-ciel qui orne le portail de l’école maternelle, rue Pajol, on s’immerge dans un univers rythmé par les 7 couleurs du spectre lumineux. Une pimpante salle de motricité résonne des chants d’une chorale enfantine : sol fuschia de plastique souple, éclairage efficace assuré par de jolis spots circulaires intégrés au plafond, casiers de rangement en bois au dessin arrondi...

De toute évidence, le lieu a été conçu spécialement pour les jeunes enfants. Karine Boiteux, directrice depuis deux ans, a accompagné les élèves qui ont investi les bâtiments rénovés depuis la rentrée. « Jusqu’à l’an dernier, tous les élèves étaient scolarisés dans les 6 classes de l’école Département deux rues plus loin : des locaux vieillissants et trop petits. La mairie a décidé de réhabiliter le bâtiment de la rue Pajol pour y loger 4 classes. Pour le moment, 3 classes et 60 élèves ont pris possession des nouveaux locaux ».

Fonctionnelle, belle, ludique

Pas facile de désigner les heureux utilisateurs de la nouvelle école quand les autres doivent rester dans des bâtiments vétustes ! L’équipe a fait le choix de permettre aux élèves d’y faire une scolarité complète, de la toute petite à la grande section en évitant la séparation des fratries.

Pour que tous les élèves fréquentent l’école « arc-en-ciel », elle a mis en place des activités communes aux deux sites : utilisation de l’espace livre, chant choral. Les trois maîtresses installées dans leurs nouvelles classes depuis septembre ont vu leur quotidien se transformer. Le petit nombre d’élèves associé au soin particulier apporté à l’isolation phonique des bâtiments favorisent le calme et l’attention des enfants.

Malgré les deux étages du bâtiment, la circulation des enfants se fait tranquillement dans un espace adapté : salle à manger de 50 places, deux salles-dortoirs, de nombreuses toilettes, un espace premier livre… Le mobilier, les accessoires ont été prévus et installés par l’architecte, qui a réalisé lui-même des pistes graphiques destinées aux activités plastiques. Chaque salle est reliée à un réseau informatique. « J’utilise l’ordinateur pour des activités de vocabulaire et pour mettre immédiatement les photos réalisées en classe à disposition des élèves » précise Emilie Flegeau, enseignante en grande section. Pour l’équipe, la réussite majeure du projet est la cour de récréation. Traversée par un gigantesque serpent multicolore, elle est agrémentée d’une structure de jeux multifonctions, de grands bacs de ciment en attente de plantations. Un projet de jardin pédagogique verra le jour au printemps.

Une oasis particulièrement appréciée par les enfants de ce quartier plutôt défavorisé et classé en zone « ECLAIR ». Anne Penchreach, qui y travaille depuis vingt ans, se souvient du jour de la rentrée : « Pour les enfants et leurs parents, ce fut un réel émerveillement de découvrir qu’une école pouvait être à la fois fonctionnelle, belle et ludique ». « Penser à nos joies d’enfant pour dédramatiser l’entrée en scolarité. » La volonté de l’architecte semble s’être concrétisée quand on observe les enfants jouer dans la cour. Mais pour Anne, l’arc-en-ciel aurait pu se parer de couleurs encore plus vives : « Nous découvrons au fur et à mesure certains détails qu’on aurait pu aisément corriger si les enseignants avaient été associés plus étroitement au projet : le joli placard de la salle de motricité ne permet pas de ranger nos jeux de cour. Il manque un lavabo dans la salle dédiée aux arts plastiques, le mobilier des classes n’est pas adapté aux tout-petits par exemple. » Une invitation à développer la réflexion collective associant décideurs, concepteurs et professionnels, qui doit présider à ce type de réalisation.


« Une attention maximum aux enfants »

Olivier Palatre est architecte DPLG. Il a créé l’agence Palatre et Leclere qui a réalisé l’école maternelle rue Pajol

- Quels sont les principes qui ont guidé le projet de rénovation de l’école Pajol ?

  • Le point de départ était un bâtiment ancien à réhabiliter, qui n’était plus une école, dans un quartier en pleine restructuration. La problématique était la suivante : comment peut-on apporter une réponse urbaine tout en donnant une attention maximum aux enfants utilisateurs de l’école ? Nous avons essayé de respecter le bâtiment tout en lui donnant une nouvelle accroche. Au plan architectural, l’accent a été mis sur la cour. La façade sur cour avec l’ouverture du préau vers l’extérieur est conçue comme le signal urbain optimiste et identitaire de l’école maternelle.

- En quoi votre projet est-il adapté à la scolarité des jeunes enfants ?

  • L’arc en ciel, qui fascine tous les enfants, s’est imposé comme l’élément moteur du projet. Les différentes couleurs sont déclinées sur l’ensemble des locaux. Elles jouent également le rôle de signalétique : chaque niveau, chaque salle de classe a une couleur spécifique, les portes des toilettes sont rouges par exemple. Le mobilier que nous avons dessiné intègre aussi des motifs colorés, ainsi que les faïences des sanitaires. Une école est aussi un outil qui doit être fonctionnel et sécurisé. Les sols sont souples, des chanfreins sont prévus au niveau des angles des murs, les portemanteaux sont en caoutchouc. La lumière, l’acoustique ont été étudiées. Les murs des salles de classe sont restés blancs pour permettre aux enfants de s’approprier les lieux. Tous les lieux sont nommés par un écriteau en police Futura pour favoriser l’apprentissage de la lecture.

- Un tel projet demande-t-il un investissement important ?

  • Non, notre budget se monte à 1,8 million d’euros, ce qui est loin d’être excessif pour une telle réhabilitation. Nous avons bien sûr dû faire certains choix. Réaliser les peintures de la cour en résine par exemple aurait coûté beaucoup trop cher. Nous avons utilisé des peintures ordinaires, qui ne dureront que quinze ou vingt ans, mais c’est déjà ça. Le choix des couleurs intérieures a été fait dans la gamme du fabricant, sans surcoût. En se documentant sur les projets déjà réalisés, en réfléchissant et en travaillant, on peut économiser sur les matériaux. C’était la première fois que nous travaillions sur une école, mais ce projet m’a passionné et m’a donné envie de continuer.