Trois questions À Philippe Joutard, historien, ancien Recteur
« Une formation continue en voie de disparition »
13 octobre 2014

Trois questions À Philippe Joutard, historien, ancien Recteur

Trois questions À Philippe Joutard, historien, ancien Recteur

« Une formation continue en voie de disparition »

Vous avez copublié une tribune sévère contre les Espé*. Elles ne tiennent pas leurs promesses ?

Malheureusement non, même si par l’engagement de certains, il s’y fait des expériences intéressantes qui contredisent l’impression générale d’ensemble. Confier aux universités françaises la mission de former les professeurs d’école, alors qu’elles ne l’ont jamais remplie, était un risque réel. Pour éviter une dérive prévisible, il fallait un cahier des charges contraignant, rendant obligatoire le travail permanent avec les acteurs de terrain. N’oublions pas le mépris de la majorité des universitaires français pour la pédagogie. Regardez la très faible place tenue par la didactique dans les différents domaines disciplinaires. Elle est illégitime. L’étudiant qui maîtrise bien sa discipline est censé pouvoir la transmettre sans problème. À plus forte raison, la polyvalence du professeur d’école qui reste un objet non identifiable  !

Comment changer la donne dans la formation initiale ?

Il existe de multiples moyens d’articuler alternance et formation académique : par exemple, la création, dans chaque ESPE, d’un conseil d’orientation tripartite, formateurs ESPE, encadrement et représentants des enseignants, chargé de veiller à cette articulation. Mais il faut alléger aussi le travail des stagiaires de deuxième année, qui n’ont plus un instant pour réfléchir sur leurs premières expériences pédagogiques.

Que préconisez-vous pour la formation continue que vous jugez « en naufrage complet » ?

C’était une des forces du primaire, aujourd’hui en voie de disparition. On ne pourra pas répondre aux défis du XX Ie siècle, révolution numérique, diversité extrême des élèves, complexité des savoirs même élémentaires en évolution permanente, sans un rétablissement de la formation continue au moins à son niveau ancien sinon au-dessus. La priorité au primaire est un bon choix pour lutter contre le fléau français de l’inégalité mais elle risque de ne pas avoir d’efficacité si on laisse les professeurs d’école seuls face à un métier de plus en plus difficile.

* La tribune parue dans Libération du 26 septembre 2014