Dossier "Évaluation des élèves : dépasser la mesure"
Une équipe à Saint-Seurin (33) : Travail à la carte
12 janvier 2015

À St-Seurin en Gironde, toute une école se mobilise autour de l’évaluation des élèves par cartes d’apprentissage. Une méthode plébiscitée par les enfants pour la maîtrise de la progression de leurs savoirs et par leurs parents pour une communication sereine et partagée avec l’école.

À Saint-Seurin sur l’Isle, à côté de Libourne en Gironde, il existe une très belle école élémentaire avec 10 classes en arc de cercle autour d’une agora avec amphithéâtre central surmonté d’une large verrière. Elise Veux, conseillère pédagogique depuis peu, y a affûté ses armes pédagogiques pendant longtemps. La problématique d’Elise ? Remettre de l’ordre et de la cohérence entre socle commun, programmes, progressions et évaluation des apprentissages, construisant ainsi un outil permettant de répondre aux demandes institutionnelles avec moins d’obstacles. Son objectif ? Que chaque élève sache exactement où il en est de ses apprentissages, qu’il puisse verbaliser les progrès qu’il a faits et que ses parents suivent son parcours scolaire en toute lisibilité.

Une école de dix classes mobilisée autour de l’évaluation des apprentissages.

Des cartes d’apprentissage

Alors patiemment, en y consacrant plusieurs jours d’été et quelques heures durant l’année scolaire pour tout s’approprier, Elise et tous les collègues de l’école ont mis au point les cartes d’apprentissage. Toutes les compétences des programmes sont déclinées en cartes d’apprentissage, avec des mots adaptés comme « J’ai compris le sens de la multiplication  » ou « Je connais la règle du m devant b et p » ou «  Je sais prendre part à un débat », avec des repères en termes de progression selon le cycle (connus des élèves) et des codes couleurs référencés selon les domaines, rouge math, bleu la langue, jaune en sciences., etc. Toute l’école utilise les mêmes codes et le même vocabulaire pédagogique et scolaire. Entre chaque période, la liste des cartes d’apprentissage à travailler est collée dans le cahier, avec l’objectif de chaque compétence. Chaque jour, un planning sur le mur rappelle les cartes à étudier. Chaque exercice sur le cahier du jour rappelle le code de la carte. Après les entraînements, qui peuvent varier en nombre suivant la rapidité de chacun à s’approprier la notion d’apprentissage, les élèves sont répartis ensuite en groupe de progrès en fonction de leur confiance en eux face à la notion à acquérir, des observations des exercices d’entraînement ou ceux du cahier du jour.

Des groupes de progrès

Les groupes de progrès sont déterminés le soir par l’enseignant après correction des cahiers, grâce à un logiciel de saisie et de tri instantané créé par le directeur-geek de l’école. Logiciel qui est aussi une aide à l’enseignant quand des séquences ont fortement échouées et qu’il y a réflexion à mener sur la conduite pédagogique de la séquence. Les groupes de progrès ont un franc succès auprès des élèves, ils les connaissent, tous n’y vont pas à chaque fois « mais tout le monde est là pour réussir : les élèves dans leur métier d’élève et le maître dans son métier d’enseignant ». L’élève colorie ensuite sa carte quand elle a été validée. Elise l’affirme, ses collègues aussi : «  Avec les cartes d’apprentissage, je formule davantage auprès des élèves ce qu’ils vont apprendre, ils sont dans la construction pas à pas de leurs savoirs, ils deviennent autonomes et ils mettent du lien entre les domaines d’apprentissage. » Plus d’info à leremuemeningesdelise.eklablog.com

Conférence de consensus : Recommandations

Après 4 mois d’auditions et de groupes de travail, la conférence nationale de consensus sur l’évaluation des élèves initiée par Benoit Hamon pour réformer la politique de l’évaluation s’est terminée en décembre dernier par un débat public sans grande controverse. Pour Etienne Klein, président d’un jury, composé d’acteurs et d’usagers du système éducatif choisis par le ministère, « la question du système de notation est un faux problème ». Le jury remettra ses recommandations à la ministre d’ici la fin du mois. Il devrait proposer « une évaluation plus riche » et probablement par compétences. Une nouvelle évaluation qui devrait distinguer les moments d’évaluation formative et sommative mais aussi « aider les enseignants à faire progresser les élèves ».

CSP : Trois modes d’évaluation

Les premières propositions du CSP détaillent trois modes d’évaluation qui doivent s’articuler tout au long de la scolarité. « L’évaluation comme activité constitutive de l’enseignement et de l’apprentissage » peut prendre des aspects formatifs ou sommatifs mais doit nourrir les dynamiques de classe et permettre aux élèves de progresser. « L’évaluation de certification » valide les acquisitions après les apprentissages, est enregistrée dans un document officiel et renseigne les familles. « L’évaluation qui prépare et instruit les choix des élèves » sert, elle, à l’orientation des élèves.

Bachotage : Teach for the test

« Teaching for the test », c’est une dérive soulignée par de nombreux auteurs et théorisée à partir d’expériences anglo-saxonnes. Quand la pression évaluative est trop forte et intériorisée par les enseignants, ils peuvent être amenés à réduire leurs ambitions éducatives au point de ne faire travailler leurs élèves que pour l’évaluation. Le danger est de réduire l’apprentissage à ce qui est facilement mesurable en négligeant certains domaines d’apprentissage ou d’accorder davantage de temps à la préparation des tests et à leur passation à l’enseignement.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Les pratiques analysées
- Deux questions à Nathalie Mons : « Une réflexion sur la nature des épreuves »
- Une équipe à Saint-Seurin (33) : Travail à la carte
- Maternelle à Chateauroux (36) : Apprendre avant d’évaluer
- Entretien avec Bernard Rey : « Pas un discours sur l’élève mais un discours à l’élève »