Dossier "La classe partagée : une valeur ajoutée"
Une équipe à Beynost (01) | Partage au quotidien
7 mars 2016

À l’école élémentaire de Beynost dans l’Ain, la classe partagée se vit tous les jours. Choisi ou imposé par sa fonction, ce mode de travail entre autonomie et complémentarité se vit ici en équipe.

D’abord il y a Hélène en CP, déchargée à mi- temps pour la direction, puis Nathalie en CP et Maryvonne au CE2 toutes deux à trois-quarts temps. Et puis il y a Sylvie en CE1 et encore une Nathalie au CM2 qui travaillent à mi-temps et aussi Delphine au CE2, professeure stagiaire, elle aussi à mi-temps. A l’école élémentaire Robert Doisneau de Beynost dans l’Ain, la classe partagée fait partie du quotidien professionnel.

Douze classes mais dix-sept enseignants dans cette école de la grande agglomération lyonnaise. Du côté des « titulaires », tout cela se fait assez naturellement et simplement car « les enfants comme les parents s’habituent facilement au fonctionnement avec deux enseignants » explique Hélène. Et ceux qui les
« complètent » se sentent ici à part
entière faire partie de l’équipe
d’école. Comme le dit Carole qui complète un CE2, « je ne suis là
qu’un jour par semaine mais je suis
une référence pour les élèves ». Il faut dire que ces partages de
classes sont préparés. « Les collègues se voient avant la rentrée, ils
sont présents tous les deux à la réunion de début d’année et souvent
dans les rencontres avec les
familles » précise la directrice.


Dans cette école, les progressions et les outils communs cadrent
aussi le travail en équipe et facilitent la recherche de continuité
dans les apprentissages. Mais la
recherche d’autonomie est aussi
importante : il faut cloisonner suffisamment
entre les deux enseignants pour que chacun ne dépende pas de l’autre, et assurer un lien suffisant pour que les élèves s’y retrouvent. « On ne se répartit pas les matières de façon mécanique, explique Nathalie, mais en fonction du temps à partager et des logiques de chaque matière. Il faut être simple et bien cadrer les choses ».

Des regards croisés

Julien, qui se présente comme « le maître du jeudi » au CM2, précise que « la répartition s’est faite selon nos envies et nos compétences ». Sandrine au CP a ainsi pu prendre en charge l’USEP, Marlène laisser l’anglais à sa collègue de CE1. C’est un des avantages, assurer à deux l’ensemble des disciplines. Pour tous, la grande richesse de cette collaboration, c’est le regard croisé qu’on peut avoir sur les élèves. « C’est rassurant parfois, dit Sophie qui assure deux mi-temps au CE2 et au CP, de voir que les constats sont les mêmes ». Et puis cela peut aider dans les relations avec les familles comme dans la recherche de solutions pour faire progresser les élèves. « On voit aussi comment les autres travaillent, ajoute Julien, et ça questionne sur sa pratique ».

De son côté Marlène apprécie le partage car il structure son travail. « Je dois finir plus vite ce qui est commencé, dit-elle, cela m’oblige davantage à planifier et organiser ». Un travail en effet plus rythmé mais différent selon sa quotité de décharge. Pour ceux qui ne passent qu’un jour à l’école comme Carole, « on y perd un peu en vie d’équipe » et pour Sophie avec ses deux mi-temps ce n’est pas facile car « elle doit être à fond tout le temps » disent ses collègues. Finalement, conclut Hélène la directrice, « le problème, ce n’est pas la classe partagée, c’est le temps qui manque pour se voir et pour échanger ».

EN BREF

POSTES FRACTIONNÉS
DES ALLÈGEMENTS NÉCESSAIRES


Alléger le service des enseignants
en complément de service affectés sur plusieurs écoles et qui ont d’importants temps de déplacement et une organisation de travail complexifiée, c’est une proposition du SNUipp-FSU. Elle est déjà mise en œuvre dans le second degré où les professeurs bénéficient d’un allègement d’une heure s’ils sont affectés dans deux établissements de communes différentes ou dans trois établissements.

Pour le SNUipp-FSU, les enseignants du premier degré devraient pouvoir bénéficier de mesures de cet ordre et, au minimum, être dispensés des 36 heures annuelles d’APC.
EN BREF

INTERMÉTIER
UN CONCEPT ÉMERGENT


Le partage de la classe se fait aussi avec les enseignants spécialisés, les ATSEM, les AESH et d’autres professionnels. Pour Serge Thomazet et Corinne Mérini, enseignants-chercheurs à l’Université de Clermont-Ferrand, « le développement d’un espace professionnel d’intermétier unissant l’école à son environnement permet le développement de l’école inclusive ». Dans un texte paru en 2014, ils analysent les dilemmes et les tensions en jeu dans le travail collectif des différents métiers impliqués dans la réponse aux besoins éducatifs particuliers.

https://questionsvives.revues.org/1509
EN BREF

CONTINUITÉ
LES OBJETS MIGRANTS


Des objets de savoir mobilisables dans la classe du maître d’origine comme dans celle du maître spécialisé, ce que sont les « objets migrants » tels que les définit Jeannette Tambone, docteure en sciences de l’éducation (2014).

Élargissant leur champ d’application, Marie Toullec-Théry et Corinne Marlot* ont montré que ces objets, étaient des passerelles nécessaires dans le dispositif plus de maîtres que de classe pour connecter les deux systèmes didactiques en présence lors d’une co-intervention. Faire que ce qui est appris ici soit utilisé là pour ne pas dissocier les deux systèmes.

*Annexe 7 du rapport du comité national de suivi du dispositif PDMQDC

L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Une classe, deux ou trois maîtres ?
- « Reconnaître les dimensions collectives du travail » - 3 questions à Marie Toullec-Théry, maître de conférence en sciences de l’éducation, membre du Comité national de suivi du dispositif « Plus de maîtres que de classes »
- Une équipe à Beynost (01)
- Vitruve (75)
- « L’enjeu fondamental, c’est la polyvalence des enseignants » - Entretien avec Pascale Garnier, sociologue