« Une dimension artisanale du métier »
19 mars 2014

2 questions à Olivier Rey, chargé d’étude et de recherche à l’Institut Français de l’Éducation (IFÉ)

JPEG - 4.3 ko

- Quelles sont les principales critiques adressées aux sciences de l’éducation ?

  • Elles se situent à trois niveaux. Un premier niveau, assez grossier, vient du débat public dans lequel ceux qui critiquent les « pédagogistes » assimilent les sciences de l’éducation aux IUFM et à la pédagogie dans son ensemble... Le deuxième niveau, pour certains universitaires, consiste à ne pas les considérer comme une véritable discipline de recherche et à dénoncer leurs faiblesses scientifiques (méthodes, objets d’étude, théories...). Enfin le 3e niveau est une remise en cause de leur utilité pour les acteurs et praticiens de l’éducation. Elles ne permettraient pas d’armer les enseignants à mieux faire leur métier, à comprendre comment les élèves apprennent, ni à améliorer certains gestes professionnels. Cette critique rencontre un écho assez fort chez les décideurs qui regrettent un manque de résultats de la recherche directement incorporables dans les pratiques éducatives.

- Ce qu’on appelle l’« evidence based education » ?

  • Oui. Mais l’ « evidence based education » repose sur un fantasme : il suffirait d’identifier les bonnes pratiques, de les généraliser et de les appliquer pour que ça marche. « It works ! » disent les anglo-saxons. Y compris chez les jeunes enseignants il existe une telle demande qui relève d’une attente de recettes techniques. Certes il faut interroger les difficultés, y réfléchir et trouver des solutions pour les dépasser. Mais cette approche positiviste nie la dimension artisanale du métier dans lequel le dernier mot revient au praticien qui doit adapter son geste au contexte. Si les élèves n’entrent pas dans les apprentissages, c’est aussi pour des questions extérieures aux disciplines (affectives, sociales...). Pour que les pratiques éducatives et la recherche se fécondent, cette dernière doit partir des questions telles que les formulent les équipes de terrain et pas seulement procéder de la science en prétendant tout résoudre. Et si l’enseignant est un professionnel qui doit demeurer en veille scientifique, c’est toujours dans sa dimension collective que le métier progresse, par la recherche-action notamment.

http://perso.ens-lyon.fr/olivier.rey/