Dossier "Pour que les RASED retissent leur toile"
« Une approche plus systémique de la notion de difficulté scolaire »
19 juin 2016

Entretien avec Philippe Mazereau, enseignant chercheur

La France a choisi le modèle du RASED pour s’attaquer à la difficulté scolaire. Qu’en est-il à l’étranger ?

On observe que les aides ont des formes très variables selon leur organisation et à qui elles s’adressent en priorité : à l’élève, à l’enseignant ou encore à l’école. La France est un des seuls pays qui priorisent l’élève. Pourtant, la surface d’intervention du
RASED se détermine en fonction des problèmes qui peuvent apparaître dans les écoles, en
rupture avec l’héritage historique des
Groupements d’aide psycho-pédagogique (GAPP), conçus à l’origine comme des mini-centres de consultation destinés aux élèves.

La nature des aides dépend aussi étroitement de la façon dont les pays s’emparent de la question des élèves à besoins éducatifs particuliers. En France, si on range sous cette étiquette un certain nombre de catégories d’élèves, il n’y a pas de pensée globale et structurée autour de cette notion. A l’inverse, en Écosse par exemple, un élève sur quatre a un projet particulier lié à des besoins spécifiques qui sont pris en compte au sein des classes ordinaires.

Comment peut évoluer l’aide des RASED ?

La question de l’efficacité est toujours délicate et difficile à mesurer mais il semble évident que notre vision trop catégorielle nous empêche d’avoir une approche plus systémique de la notion de difficulté scolaire. Celle-ci ne peut être envisagée seule sans prendre en compte l’aide personnalisée, le plus de maîtres, les diverses aides apportées aux élèves. La définition et la géométrie des interventions des RASED sont en fait très dépendantes de l’écologie des aides.

On a tendance en France à juxtaposer ou empiler des dispositifs sans penser leur articulation. Attribuer des difficultés à des causes psychologique, relationnelle ou didactique aboutit à figer les représentations. Ce devrait être le rôle du RASED de faire varier les approches grâce aux synthèses et de dépasser des identités pré-établies.

C’est difficile aujourd’hui avec les suppressions de postes et le nombre de réseaux incomplets. Actuellement la pénurie conduit à des déclinaisons très diverses des missions du RASED sur le terrain. Le besoin est réel d’une remise à plat et d’une réflexion globale pour refonder l’appréciation du travail des RASED. On doit pouvoir opérer une division du travail, non pas à partir de catégories d’élèves, mais concertée et reliée aux problèmes effectifs dans les classes ordinaires.

Quelle aide peut-on apporter aux enseignants ?

On a beaucoup trop longtemps individualisé les difficultés des élèves. La fonction de conseil, mise en avant dans nombre de pays, n’est pas légitimée en France. Un enseignant, quelles que soient sa bonne volonté et sa formation, est conditionné par l’horizon normatif de « sa classe ».

Or, les questions de la difficulté scolaire
exigent d’en
sortir ce que
favorisent l’aide
et le regard
extérieur. Un
élève en difficulté scolaire dans une classe ne le serait peut-être pas dans une autre. Les échanges entre maîtres spécialisés et ordinaires débouchent souvent sur des gestes professionnels mieux adaptés. C’est un travail pédagogique au sens large qui combine approches didactiques mais aussi évolution des représentations sociales...

Quels sont les leviers à actionner ?

Il y a nécessité d’un véritable « new deal ». Il faut déspécialiser les savoirs liés aux élèves à besoins particuliers. On a eu tendance à les externaliser, il s’agit maintenant de les réimplanter au sein des classes. Cela marche dans les deux sens : les enseignants ordinaires ont été enclins à déléguer tout ce qui sortait du cadre à un spécialiste et se trouvent démunis face à un enfant particulier parce qu’ils considèrent que ça ne fait pas partie de leur professionnalité. Les enseignants spécialisés, eux, doivent davantage revenir dans l’environnement de la classe pour y percevoir ce qui fait problème et rentrer dans un espace de coopération avec l’enseignant.

Pour les psychologues et les maîtres G, il s’agit de mieux articuler leurs objectifs avec les comportements et les capacités de l’élève en classe. Ceci tout en conservant le rôle de prévention du RASED qui reste essentiel pour contrecarrer la tendance à l’externalisation et à la médicalisation de la difficulté scolaire.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- RASED - Pour les enseignants ou pour les élèves ?
- « L’intermétier, un espace professionnel commun », 3 questions à Corinne Mérini, enseignante-chercheure en sciences de l’éducation (Acté, Université de Clermont-Ferrand)
- École des Provençaux à Reims - Une équipe augmentée
- Dispositif d’aide à Paris - R’école ou l’urgence de la médiation
- « Une approche plus systémique de la notion de difficulté scolaire » - Entretien avec Philippe Mazereau, enseignant chercheur