Comité stratégique
Une ambition sans conséquences pour les langues
7 février 2012

Comment accueillir les propositions de Luc Chatel en regard des 17 recommandations du Comité stratégique pour les langues publié le même jour ? Il y a bien une mesure phare : la mise en ligne du site « English by yourself  », mais les autres mesures plus ou moins inspirées du rapport sont décevantes.

Comment accueillir les propositions de Luc Chatel en regard des 17 recommandations du Comité stratégique pour les langues publiées le même jour ? Il y a bien une mesure phare : la mise en ligne du site « English by yourself  » (voir ci-dessous). Mais, sur tout le reste, les réponses ministérielles sont minimalistes, voire sous-tendues par d’autres objectifs.
Ainsi la recommandation du comité quant à une généralisation de la deuxième langue dès la sixième est-t-elle traduite par un « apprentissage d’une langue renforcé ou de deux langues en 6ème » en passant par la «  globalisation des horaires de langues » de la 6ème à la 4ème dans 10% des collèges. Le Comité avait pourtant qualifié d’atteinte à l’égalité des chances le fait que la possibilité de deux langues en 6ème ne soit offerte qu’à une partie des élèves. Le choix de concentrer les horaires d’une langue renforcée en 6ème et 5ème pour certains élèves interroge aussi sur la poursuite de cet enseignement les années suivantes. Enfin cette « globalisation des horaires  » doit s’accompagner, pour le ministre, d’une « annualisation des services  » : quelle est la pertinence de cette proposition pour un meilleur apprentissage des langues ?
La diversité des langues, prônée par le comité, cède le pas devant la priorité accordée à l’anglais, le ministre insiste bien sur ce point. Sauf pour l’école maternelle où il s’agira de systématiser la « sensibilisation aux langues » avec des chants et récitations de comptines en langues étrangères. Pour ce faire, des « formations  » à destination des PE seront proposées en attendant « à terme une semaine de formation continue par an ». Quant aux recours aux « locuteurs natifs », il s’efface devant la suppression quasi définitive des postes d’intervenants langues et d’assistants étrangers. Enfin le ministre propose que chaque élève puisse bénéficier d’un séjour linguistique au cours de sa scolarité : des discussions en ce sens devront s’engager avec les collectivités territoriales pour le financement. De même pour les enseignants, c’est la mobilité qui est mise en avant avec notamment un semestre à l’étranger lors de la formation initiale.

Le rapport du Comité stratégique pour les langues

Le Comité stratégique pour les langues avait été mis en place en avril 2011 avec l’ « objectif de formuler des propositions concrètes visant à refondre l’enseignement des langues en France de la maternelle au baccalauréat  », «  en vue de propositions à la rentrée 2012 ».

Sur la base de 17 recommandations de ce rapport intitulé « Apprendre les langues, apprendre le monde », le comité a cherché à envoyer un « message positif  » concernant les compétences et l’appétence des français vis-à-vis des langues : ils « sont tout à fait capables de parler plusieurs langues  ». Il insiste aussi sur la nécessité d’inclure la maîtrise des langues étrangères dans la formation tout au long de la vie.
Parmi les pistes proposées, le comité pointe l’existence très plébiscitée des formes dérogatoires en 6ème (classes bilingues, européennes), comme source de profondes inégalités : il prône donc la généralisation de l’apprentissage de la seconde langue dès la 6ème. Il faudra aussi rechercher une «  cohérence et une continuité de cet apprentissage du primaire au collège, du lycée à l’enseignement supérieur ».
À l’autre bout du système, le comité défend une « sensibilisation » dès l’école maternelle pour « ouvrir l’oreille à d’autres sonorités » en liant « l’écoute à des activités artistiques -chants, danses- et à l’imaginaire de l’enfant ».
Recourir aux locuteurs natifs, valoriser les langues (étrangères ou régionales) de proximité géographique et socioculturelle sont d’autres recommandations. Pour les enseignants il s’agira de mettre en place « une formation professionnelle articulée sur des stages progressifs et de longue durée », une épreuve de langue vivante (écrit et oral) du concours de recrutement et, dans le cadre de la formation continue, une valorisation de la mobilité.
Mais le comité fait aussi des préconisations plus générales de sensibilisation du grand public par le biais d’un site internet d’apprentissage et la création d’une chaîne dédiée sur la TNT.

English by Yourself

Le nouveau site est un « service universel d’apprentissage de l’anglais  » accessible en grande partie gratuitement de 3 à 99 ans. Ses ressources peuvent aussi être utilisées en classe. Il s’agit d’apprendre l’anglais en écoutant : « l’objectif est une immersion dans l’anglais parlé, pour une pratique orale et quotidienne, dans une logique de réponse aux attentes des internautes  », explique le directeur du Centre national de l’enseignement à distance (CNED).

Deux parties dans ce site :
- des ressources pédagogiques gratuites (jeux, vidéos, films d’actualité) éditées et régulièrement réactualisées par une quinzaine d’enseignants d’anglais du CNED. Il y a « Espace Kids » pour les 3-6 ans et les 7-12 ans. D’autres ressources en direction des adolescents et adultes sont soumises à inscription en fonction de profils et d’attentes définies par chacun. S’ajoutent un espace « Liveradio  » (BBC, CNN...) et un autre pour tester gratuitement son niveau.
- des formations, certaines gratuites, d’autres payantes.
Créé en partenariat avec le Britsh Council et Orange, ce site qui a coûté trois millions d’euros, « un effort public massif », « ne se substitue pas aux cours dans les établissements », ni ne sert de prescription, comme le rappelle le CNED.