Webdocumentaire
Un webdocumentaire sur 39-45 à Bondy vu par les CM2
15 décembre 2014

Les CM2 de Virginie Blanc réalisent un webdocumentaire et des carnets de voyage sur la seconde guerre mondiale à Bondy (93), au travers du récit fictif de cinq personnages d’époque mais aussi par la rencontre de témoins bondynois vivants.

Que cachent ces noms sur le monument aux morts de bondy ? Virginie Blanc, maître-formateur à l’école Olympe de Gouges, 13 classes en REP+ à Bondy (Seine-St-Denis) a lancé ses élèves sur la piste. De quoi travailler un projet transmédia interdisciplinaire avec ses 21 CM2. Après en avoir réalisé un sur la grande guerre à Bondy, la seconde guerre mondiale est ainsi devenue l’occasion d’un carnet de voyage créé par chaque élève. Et mieux : la réalisation d’un webdocumentaire par toute la classe. L’objectif est clair : faire entrer les élèves dans la production d’écrits et dans la maîtrise de l’outil numérique avec un logiciel adapté. Canopé a fourni le cadre avec son opération «  Raconte ta ville  ».

Recherche documentaire

«   Mémor@tion.com2 » met en scène cinq personnages fictifs : un journaliste français de la BBC, un soldat anglais, un jeune allemand, une résistante française et une jeune fille juive française. Pour écrire leur carnet de voyage et construire le webdoc, les élèves fabriquent eux-mêmes leurs outils, affichés en classe : comment brosser un portrait  ? Quels sont les connecteurs à utiliser pour un récit  ? Quel est l’ordre d’un schéma narratif  ? Virginie met à leur disposition tous les documents d’histoire possibles : les archives de Bondy, des livres d’histoire, des revues historiques, le web avec le site de la BnF, des plans de Bondy avec des noms de rue en rapport avec la seconde guerre mondiale, des cartes avec le mouvement des troupes alliées et des forces de l’Axe, mais aussi des témoignages vivants comme ceux de Monsieur Caranton, ancien combattant de Bondy et de Madame Cadeau, dont les parents furent nommés «  Justes parmi les nations  » au vu de leur courage pendant la guerre.

Interdisciplinarité

Pour Virginie, «  le webdocumentaire, c’est avant tout le projet qui fédère la classe, motive les élèves, englobe tous les apprentissages. C’est un travail qui se concrétise par une publication publique, visible par tous les parents, même non francophones, car le webdoc est oral et sonore  ». Un travail sur l’année qui donne du sens à l’histoire évidemment mais aussi aux arts visuels, à la copie, à l’écrit, à l’instruction civique et aux questions philosophiques. Non seulement on apprend à écrire, à lire une image, à construire un scénario, à prendre des vues mais aussi à déconstruire les idées préconçues sur les peuples. L’histoire est ainsi abordée dans toutes ses dimensions à partir de questions simples : c’est quoi être nazi en Allemagne, être juif en Europe, être résistant à Bondy ?

Cerise sur le gâteau

La classe de Virginie étant composée de sept élèves recevant une formation musicale de haut niveau à la Maîtrise de Radio France, «  Brundibar  », l’œuvre du musicien Hans Krasa, mort dans les camps, sera interprétée par tous les élèves de la Maîtrise et figurera dans le webdoc dans la séquence sur la déportation. Un long projet éducatif, des enseignements compris, les élèves du CM2 de virginie savent qu’ils s’inscrivent dans le passé et l’histoire de leur ville mais aussi dans son futur. Et en attendant la sortie du webdoc, le blog de Virginie Blanc.


Ressources

Réaliser un webdocumentaire
La création d’un webdocumentaire permet de faire un travail transdisciplinaire et transmédia et de différencier les apprentissages au sein de sa classe grâce à une organisation collective et collaborative qui prend en compte les capacités de chaque élève. Le logiciel Klynt est l’outil nécessaire pour mettre en place le storyboard, organiser les séquences de travail, éditer des images, des vidéos, des fichiers audio, exporter et publier le projet de la classe.

- support.klynt.net

Raconte ta ville
Le réseau Canopé propose aux classes d’explorer leur environnement proche (quartier, ville, etc.) et de mener l’enquête pour en raconter l’histoire réelle ou fictive au moyen d’un webdocumentaire. Les enseignants participant à «  Raconte ta ville, Saison 2  » bénéficient d’une formation initiale à la conception et à la réalisation d’un webdocumentaire dans l’atelier Canopé de leur département, d’interventions ponctuelles tout au long du projet et d’un séminaire d’une journée, à Paris ou à Lyon, où ils échangeront autour de leur projet. Des ateliers pratiques (graphisme, production audiovisuelle, montage avec le logiciel Klynt) leur permettront d’obtenir des conseils pour la réalisation de leur webdocumentaire en fonction des besoins préalablement identifiés.

- Raconte ta ville, Saison 2


Trois questions à Benoît Falaize

Benoît Falaize est docteur en histoire. Il travaille à l’Institut d’éducation de l’université de Cergy-Pontoise.

La construction du temps est-elle importante à l’école ?
Pour être très exact, le temps ne se construit pas. On aide les élèves à construire leurs repères temporels, gage de leur insertion dans une maîtrise juste du temps de leur journée, des années qui passent, mais aussi de leur scolarité, de leur environnement et, plus largement, de leur rapport aux temps sociaux, dont l’histoire fait partie. Le temps maîtrisé permet une compréhension du monde, de l’environnement proche comme, progressivement, de ce qui ressort de l’histoire. C’est le moyen de mettre à distance les événements du quotidien et aider les enfants à prendre du recul.

Comment aborder l’enseignement de l’histoire à l’école ?
D’abord en ayant à l’esprit d’intéresser les élèves. Certes, l’histoire est une discipline savante. Mais c’est aussi une occasion formidable de faire lire, de parler, de faire écrire, de débattre et d’apprendre avec plaisir. Les liens qui existent entre la langue, le récit et l’histoire sont nombreux et peuvent être exploités en classe. La pluridisciplinarité traverse l’histoire avec l’éducation civique, l’histoire des arts, des techniques et des sciences, le français, etc. L’enquête, la découverte de nouveaux documents, une situation-problème sont aussi de bons moyens pour donner le goût de l’histoire en incarnant le passé. Tout est bon pour faire réfléchir les élèves sur le passé, pour les amener à penser le présent.

Comment donner sens aux commémorations actuelles ?
À l’école, commémorer n’est pas synonyme de «  faire de l’histoire  ». La commémoration appartient aux enjeux de mémoire, ainsi qu’aux volontés y compris politiques de célébrer tel ou tel événement. Pour autant, cela ne veut pas dire que les enseignants ne doivent pas s’en saisir. D’abord pour faire de l’histoire, même dans ses aspects non commémorés  ; ensuite pour faire réfléchir les élèves sur les raisons qui poussent les sociétés actuelles à revenir au passé, dans le souvenir et la mémoire. L’histoire n’est pas un ensemble de faits passés poussiéreux déposés sur les étagères du présent. Ce sont des traces vivantes, qui s’imposent à nous, à partir desquelles nous construisons notre devenir commun.

Voir aussi :
- l’interview de Benoît Falaize à l’université d’automne du SNUipp-FSU