Histoire
Un musée pour vivre ensemble
11 novembre 2013
  (1 vote)

Le Musée de l’histoire de l’immigration montre les identités multiples des Français, qu’elles soient nationales, régionales, locales ou communautaires. Comment utiliser ses ressources à l’école ? [Fenêtres sur cours] a enquêté.

Le Musée de l’histoire de l’immigration à Paris... une impressionnante bâtisse Art Déco de 1930, des colonnes immenses, une façade entièrement sculptée de fresques naïves sur les colonies françaises. A l’intérieur, le poids de l’histoire, toujours la même, coloniale, écrase le visiteur avec des plafonds à une hauteur vertigineuse dans une salle entièrement peinte, toujours à la gloire des colonies. Ouvert en 2007, ce musée a été marqué par le contexte tendu dans lequel il est né, en pleine ère Sarkozy avec toutes les controverses qu’il a suscitées. Depuis, une campagne de communication menée cet été a fleuri sur les murs de la capitale et dans les journaux en quatre slogans chocs imprimés en grosses lettres blanches sur des photographies sépia des années 60. « Un français sur quatre est issu de l’immigration » ; « L’immigration ça fait toujours des histoires » ; « Ton grand père dans un musée ! » ; « Nos ancêtres n’étaient pas tous des gaulois ». Il s’agissait de changer l’image d’un jeune musée mal connu en délivrant un aperçu plus clair de son contenu.

Une place pour tous

C’est une volée de marches plus haut qu’enfin la magie du lieu opère. L’exposition « Repères » accueille le visiteur. Et là... c’est une part de chaque individu ayant une origine immigrée qui se dévoile, de son histoire, de son identité, de là d’où il est parti, un jour...il y a longtemps...hier. Ou alors le visiteur français de souche se souvient de ce que lui racontaient ses voisins étrangers quand il était petit. Car ils sont tous là, les italiens, les russes, les polonais, les espagnols, les algériens ; ceux de l’Afrique, ceux de l’Europe de l’est, ceux de l’Asie. Ceux qu’on a appelés pour travailler dans les usines dès la seconde moitié du 19ème siècle, ceux qui ont fait les guerres au nom de la France, la grande de 1914, la sale de 1939, et celle qu’on ne qualifie toujours pas, en 1962 ; ceux qui ont fui, ou qui fuient encore les régimes totalitaires ; ceux qui veulent simplement pouvoir manger, nourrir et éduquer leurs enfants ; ceux qui veulent rejoindre leur famille... Par des grands panneaux de lumière qui expliquent, des tables tactiles qui précisent, des vidéos qui racontent, des bandes-son qui interpellent, des objets qui sont communs à tous, le musée jette les ponts qui relient le visiteur à son passé et rend enfin leur place, rien que leur place, mais toute leur place, à toutes celles et tous ceux qui ont fait, qui font, et qui continueront de porter l’image de la France, la France telle que chacun la vit aujourd’hui, et telle qu’elle est à l’échelle du monde.

Ne pas enfermer les peuples

C’est l’objectif que s’est fixé l’association Mimesis, une compagnie de théâtre de Bagneux dans les Hauts-de-Seine. Son responsable, François Lamotte, comédien et metteur en scène, organise pour les familles issues de l’immigration des visites dans ce musée. « Il est important de montrer aux familles la France comme un pays essentiel dans l’histoire de l’immigration et combien, dans ces temps de repli sur soi, personne ne s’est incrusté en France mais que tous en ont fait partie et l’ont construite. Ils peuvent ainsi se situer, parmi d’autres, dans la nation et dans la société ». Bien sûr, François le reconnaît « il faut accumuler ce type de rencontres, de visites, pour que réellement le sentiment d’appartenance puisse exister. » Et il sait combien la marche peut être haute pour oser aller dans un musée. L’intérêt du musée de l’histoire de l’immigration réside aussi dans l’organisation de l’exposition permanente « Repères » : le refus d’établir le parcours de l’exposition selon une chronologie historique de l’immigration, pour ne pas segmenter les histoires et ne pas enfermer les peuples dans des communautés, comme on a pu le faire à une époque en pointant les vagues d’arrivées des Ritals, des Polacks, des Arabes, des Gitans, des Bretons...

Projet de classe

C’est ce classement par thèmes et non par dates, qui a incité Brigitte Tzwangue, enseignante à Bourg la Reine (92), à emmener ses élèves de CM2 pour une visite au musée. Elle participe avec sa classe au projet lancé par l’inspection académique de commémoration des 100 ans de la première guerre mondiale, au programme d’histoire, et elle a choisi un thème : la participation, subie, choisie, des populations des colonies au déroulement de la guerre. Elle a pu mener ainsi tout un travail en amont de la visite au musée sur l’exposition universelle de 1931 (événement à la gloire des colonies et inauguration du bâtiment). Depuis, deux fois par semaine, ses élèves mènent des recherches sur les tirailleurs sénégalais, les soldats marocains, les Chinois dans les usines de guerre, les uniformes des uns et des autres... Travail sur des affiches d’époque, des Unes de journaux... tableaux, graphiques, écrits... la classe prépare la grande exposition départementale de mai 2014. « La visite préalable au musée a été le déclencheur pour préparer cette expo avec mes élèves ; les murs du musée, les fresques, l’exposition... ce fut vraiment une prise de conscience de l’apport des colonies et du multiculturalisme actuel » dit-elle. Et l’année scolaire prochaine, elle sait déjà qu’elle reviendra au musée car elle a déjà décidé de son projet : l’apport de l’immigration dans les arts comme la musique et la danse.
Un musée qui assure un devoir de mémoire et qui ne trahit aucune origine. Une exposition qui marque les consciences, rattrapée par l’actualité avec les migrants de Lampedusa, la marche des beurs ou l’affaire Léonarda. Un musée pour comprendre, partager et avancer...ensemble.

Visiter :
- le site internet du musée
- la section : ressources pour les enseignants