Dossier "Élémentaire : les nouveaux programmes à la loupe"
Un cycle 2 redessiné
25 août 2016

Le cycle 2 reste celui des apprentissages fondamentaux mais il s’étend désormais sur 3 ans comme le cycle 3, englobant le CP, le CE1 et le CE2. Le but est de mieux répartir les contenus, auparavant très lourds en CE1 et de permettre aux élèves de revoir, d’approfondir des « situations de référence récurrentes », pour leur laisser « le temps d’apprendre ». A noter du coup des changements d’horaires en CE2 qui gagne 2 h de français pour atteindre les 10 h du cycle 2, mais perd en disciplines artistiques, ainsi que scientifiques.


Le français en vedette

La maîtrise de la langue est la priorité des programmes du cycle 2 avec 10 heures hebdomadaires prenant appui sur tous les champs disciplinaires et déclinée en quatre axes : comprendre et s’exprimer à l’oral, lire, écrire, comprendre le fonctionnement de la langue par des activités quotidiennes.

Rien de nouveau pour les enseignants si ce n’est le focus particulier mis sur l’oral et l’encodage-décodage.

L’oral, en plus d’être développé dans toutes les situations, fait l’objet de séances spécifiques, ce qui nécessitera un accompagnement des enseignants habitués à un apprentissage plus transversal. Les premiers documents d’accompagnement concernent d’ailleurs ce langage oral. Sont encouragés notamment des débats (philo, d’actualité, de conseil). Les compétences à travailler sont toujours celles d’écoute, d’expression et d’échanges mais s’ajoute l’importance d’une distance critique avec l’élaboration de règles, d’observateurs et une exigence grandissante au fil des années : lexique, structuration du propos, argumentation. Les sujets, proches du quotidien des élèves en CP, doivent s’en éloigner petit à petit. De même doit se réduire la régulation de l’enseignant et s’élargir la taille du groupe au fil des trois années. Les programmes encouragent en effet des interactions « en petits groupes » au CP, mais avec quels moyens ? Pour s’élargir au groupe classe au CE2.


La lecture, l’accent est mis sur l’apprentissage du code phonographique, allant « des sons vers les lettres et réciproquement » mais en lien toujours avec la compréhension et l’écriture. Les textes insistent sur l’importance de faire comprendre clairement aux élèves les enjeux de la lecture. Le travail sur le sens se fait en CP à partir des textes lus par l’enseignant mais aussi de ceux découverts de façon autonome par les élèves. C’est en CE1 et CE2 que s’accentue encore le travail de compréhension, en parallèle avec une maîtrise accrue du code et des entraînements permettant une automatisation de l’identification des mots. Il est prescrit également un entraînement à la lecture à voix haute pour atteindre la fluidité et une différenciation en classe, via notamment des ateliers. Sont encouragés les projets permettant de valoriser le travail réalisé : présentations, expositions, rencontres avec d’autres classes.

Des maths réflexives

La résolution de problèmes est au centre de l’activité mathématique. Elle lance les autres domaines et leur donne du sens en numération, calculs, mesure, que ce soit dans l’approche de nouvelles notions ou la consolidation. Les situations problème peuvent surgir du vécu de la classe ou des autres disciplines, encourager les élèves à se questionner, tâtonner, dans le but de travailler six compétences détaillées : chercher, représenter, raisonner, modéliser, calculer, communiquer.

Pour chacune, les programmes donnent des exemples d’activités mais les documents d’accompagnement ne traitent pour l’instant que les mesures et le calcul en ligne, considéré comme une étape importante, entre le calcul mental et posé. Les textes encouragent explicitement ce que les enseignants menaient déjà majoritairement dans leur classe, c’est-à-dire des traces écrites évolutives, d’abord les recherches et représentations des élèves qui vont se structurer petit à petit avec l’enseignant vers des écrits plus conventionnels, respectant le langage mathématique.

On ira du concret vers l’abstrait, poussant les élèves à oraliser leurs démarches, à argumenter. On retrouve aussi le calcul mental quotidien.

En nombres et calculs, on retrouve les compétences des anciens programmes, avec un accent sur le calcul en lignes donc, et les nombres inférieurs à 1 000, avec leurs différentes écritures, leur placement sur une demi-droite graduée.
Puis jusqu’à 10 000 en CE2.
La division, étudiée en cycle 3, sera abordée auparavant sous forme de « situations simples de partage ou de groupement. »


Pour ce qui est des grandeurs et mesures,
le travail sur le sens est central.
Les élèves doivent apprendre à distinguer différentes grandeurs, par des comparaisons, et saisir le sens des unités, longueurs, masses, contenances, durées, prix afin de parvenir à estimer des grandeurs.


Le travail en espace et géométrie doit partir de situations concrètes de classe, d’EPS, de sorties, et favoriser les manipulations afin d’étudier les
placements, les déplacements, les formes à nommer, décrire, tracer. Les concepts fondamentaux sont ceux d’alignement, de distance, d’égalité de longueurs, de parallélisme, de perpendicularité, de symétrie. Les solides à étudier sont explicitement nommés : cône, boule, cylindre, cube, pyramide, pavé.

Langue vivante, étrangère ou régionale | Oral toute !

L’apprentissage d’une langue étrangère ou régionale débute dès le CP, tout à l’oral, pour introduire à petites doses de l’écrit, surtout en CE2. Et cet apprentissage ne s’interdit plus des rapprochements avec le français puisqu’au contraire il permet de réfléchir sur la langue. Mais les objectifs semblent bien ambitieux, « poser les jalons d’un premier développement de la compétence plurilingue des élèves ».

L’apprentissage s’organise autour de tâches simples : compréhension, reproduction et progressivement production, avec une découverte de quelques aspects culturels. L’entrée se fait en parlant de soi, de son environnement quotidien et de son imaginaire.

Les thèmes abordés sur le cycle seront l’enfant (corps, journée, trajets, goûts), la classe (nombres, alphabet, sports, loisirs) et l’univers enfantin (maison, quartier, animaux, contes).

Questionner le monde | Tous chercheurs

On ne « découvre » plus le monde mais on le « questionne ». La discipline gagne 9h d’enseignement sur l’année. Que ce soit en sciences ou pour se situer dans le temps ou l’espace, la démarche d’investigation est mise en avant, les élèves devant imaginer, réaliser, s’approprier des outils afin d’adopter « un comportement responsable ».

En sciences, on retrouve la démarche scientifique, faite de questionnements, d’observations puis d’expérimentations, dans les domaines du vivant, de la matière et des objets. Le but est de développer la curiosité, l’esprit critique, la rigueur et l’habileté manuelle. On retrouve l’étude de l’eau, de l’air, l’état gazeux étant réservé au CE2.


Pour se situer dans l’espace et le temps, on part de l’espace ou du temps vécu, autocentré pour aller vers l’espace ou le temps représenté, décentré, « géographique et cosmique »... avec utilisation notamment de cartes numériques. Sont encouragées les observations, manipulations, descriptions, complétées par des récits, des études de documents. Au CE2 commence l’étude de différents milieux géographiques caractéristiques, ainsi que celle du temps long avec la construction de la frise, étude des grandes périodes historiques, avec leurs événements et personnages centraux.

EN BREF

ÉCRITURE
DES ÉCRITS QUOTIDIENS


Ce champ d’apprentissage mêle à la fois l’écriture comme geste graphomoteur et l’écriture comme production d’écrits. Pour la première, il s’agit de copier ou retranscrire dans une écriture lisible un texte d’une dizaine de lignes. Pour la seconde, il est recommandé des écrits quotidiens et divers, que ce soit des bilans de séances, la rédaction de questions, des manipulations ou des créations de textes.

Le but est d’écrire au terme du cycle « une demi-page cohérente, organisée, ponctuée, pertinente par rapport à la visée et au destinataire ».

Un focus est mis sur la relecture et la correction des productions, ainsi que sur l’utilisation du traitement de texte.
EN BREF

ÉTUDE DE LA LANGUE
MOINS DE NOTIONS MAIS MIEUX MAÎTRISÉES


L’étude de la langue est tournée vers l’orthographe et se concentre sur le verbe, le sujet, l’accord sujet verbe, l’accord dans le groupe nominal. Moins de notions mais mieux maîtrisées semble être l’esprit.

Les textes réitèrent l’ambition de voir ce travail porter ses fruits dans la production de textes, un serpent de mer didactique ! La phrase interrogative n’est plus dans les notions explicitement à l’étude, pourtant présente dans les textes lus ou écrits de ces classes. Plus d’articles non plus, englobés dans les déterminants, ni d’identification des compléments. En plus du présent, imparfait et futur des verbes fréquents, les CE travaillent toujours la formation du passé composé.
EN BREF

LITTÉRATURE
5 À 10 ŒUVRES PAR AN


En cycle 2, le nombre d’œuvres littéraires à étudier n’était pas fixé, c’est désormais le cas, avec de 5 à 10 œuvres par année.

L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Un cycle 2 redessiné
- « Donner une vraie chance aux cycles », 3 questions à André Tricot, professeur à l’ESPE de Toulouse Midi-Pyrénées, coordinateur du groupe chargé de l’élaboration du projet de programme pour le cycle 2
- Cycles 2 et 3 – Education artistique et EPS
- Un cycle 3 de consolidation
- « Aider les élèves à conquérir leur autonomie » - 3 questions à Sylvie Plane, professeure en sciences du langage à l’Université Paris-Sorbonne, membre du Conseil supérieur des programmes