CGT-FSU
Un colloque sur « jeunes et syndicalisme »
15 février 2011

Mercredi 9 février, le colloque « Jeunes salariés et syndicalisme » organisé conjointement par la CGT et la FSU a réuni plus de 250 participants. Les organisations de jeunesse étaient également présentes : la JOC, la JC, l’UNEF, l’UNL et la FIDL...

Après la projection de témoignages de jeunes sur leurs engagements, leurs rapports avec les syndicats, deux tables rondes ont été organisées et suivies de débats très riches avec la salle, d’où ressortent le besoin d’unité syndicale, notamment après le mouvement sur les retraites, la place laissée aux jeunes dans les syndicats, les difficultés liées à la précarité. L’intérêt de cette journée a été mis en avant par l’ensemble des participants. Bernadette Groison et Bernard Thibault ont clôturé la journée.

Table ronde : Jeunes salariés, qui sont-ils ?

Nathalie Moncel, CEREQ

Il y a plusieurs jeunesses face à l’emploi :
- une laborieuse, silencieuse, qui commence par la précarité et qui ensuite s’insère, travaille et petit à petit avance : la grande majorité
- une qui galère et a un rapport lointain au travail : certains n’ont que 6 mois travaillés sur une période de 3 ans
- une qui en veut, individualiste, les jeunes loups décrits parfois : seulement 6% des jeunes

Dans l’ensemble, les jeunes sont satisfaits de leur situation professionnelle et sont optimistes pour leur avenir. Mais ils sont conscients qu’ils accèdent à des emplois déclassés, mal payés. Leur priorité est de trouver un emploi stable et ensuite de concilier la vie familiale et la vie professionnelle (question surtout féminine). Ils veulent enfin à long terme se réaliser à travers leur travail. Les études montrent que les diplômes protègent face au chômage et la précarité. La jeunesse ne correspond pas forcément à l’image qu’on en a.

Michel Vakaloulis, Université Paris 8

« On ressemble beaucoup plus à son époque qu’à son père. » Actuellement,les jeunes n’ont pas connu les 30 glorieuses, l’emploi stable pour toute la vie... L’emploi s’est aussi beaucoup féminisé. L’image sur la jeunesse individualiste... est erronée selon lui. Michel Vakaloulis est revenu sur l’enquête menée pour l’UGICT CGT. Il est nécessaire que des collectifs de travail se construisent pour un temps plus ou moins long.

Sophie Desbruyères, SNEPAP FSU

la FSU se bat contre l’image véhiculée de la jeunesse individualiste, dangereuse, qu’il faut calmer,... Il y a beaucoup de différences dans la jeunesse et beaucoup de potentiels que la FSU essaie de mettre en avant, avec des difficultés objectives par rapport à l’emploi, au logement, à la garde d’enfants... La FSU essaie de porter des revendications pour ces jeunes au niveau sociétal. Elle parie sur l’élévation du niveau de qualification et sur l’école pour qu’ils accèdent à l’autonomie et deviennent des citoyens éclairés.

Table ronde : jeunes et syndicats ?

Jean-Daniel Lévy, directeur département « opinion » Harris Interactive

Il y a des regards différents sur le travail et le syndicalisme. Selon la presse, les français se détournent des syndicats. Or en 1990, 1/3 se sentaient proches d’eux et maintenant la moitié.Si on prend 10 jeunes dans la rue au hasard quels que soient son activité, son sexe, ses origines, entre 5 et 6 font confiance aux organisations syndicales. Il y a une attention de la jeunesse à l’égard du syndicat même si les organisations apparaissent rigides. Il n’y a pas de culture syndicale ou de structuration politique antérieure. Entre jeunes, on parle politique, d’intérêt général... Avant, dans les années 80, 90, on faisait des actions collectives pour une raison précise mais aussi pour être ensemble, pour se retrouver, parce que c’était agréable. Désormais, on entre dans une action collective si on pense qu’elle va être efficace.

Le conflit salariat-patronat n’est pas nouveau. Par contre, les jeunes ne pensent pas rester dans l’entreprise, y faire une carrière à long terme. En face, les « anciens » sont là depuis longtemps, ils ont fait des sacrifices pour en arriver là. Du coup un conflit entre génération peut apparaître si les jeunes veulent des réponses immédiates et parfois des modalités d’action radicales. Le syndicat gagne à être connu mais se pose malgré tout la question de l’engagement à long terme.

Sophie Béroud, Université Lyon 2

Il existe un paradoxe entre la faible syndicalisation des jeunes alors que la confiance existe. La précarité est commune à tout le monde, c’est un point d’appui pour les syndicats. Le discours syndical peut apparaître peu lisible. La question est la même dans les autres pays : que font-ils ?

Certaines organisations créent des structures jeunes, d’autres posent la question de la cotisation : réduite, en particulier pour les étudiante-salariés. Certaines organisent des campagnes spécifiques vers les jeunes hors lieu de travail, dans les lieux de vie, comme des distribution de tracts dans certains concerts, festivals... Les organisations peuvent mettre à disposition une aide juridique gratuite pour les jeunes avec l’idée de les fidéliser et de les faire adhérer de manière payante ensuite.

Claire Bordachar, SNUipp-FSU

On a pu voir que le salarié jeune peut être frappé par la précarité de l’emploi, mais aussi de son poste, son affectation... Cela amène des difficultés pour l’engagement syndical et pour l’action syndicale qui s’inscrivent dans la durée. L’un de nos objectif est d’arriver à entrer en contact avec les jeunes et de leur faire prendre confiance dans l’action collective. Ce qui est différent aussi avec les autres générations, c’est qu’il y a eu peu de transmission de la formation syndicale d’une génération à l’autre. L’émiettement syndical est aussi une difficulté supplémentaire pour s’y retrouver quand on arrive dans le monde du travail. Pour les syndicats, entrer en contact avec les jeunes salariés est rendu plus difficile par l’attaque qui est faite aux droits syndicaux : réduction des droits d’information dans certains secteurs, limitation du droit de grève... Enfin il peut y avoir un rejet du modèle donné du syndicaliste qui sacrifie sa vie privée, sa famille à sa « cause ». Il y a une volonté de pouvoir tout concilier. Cela bouscule nos pratiques. De la même façon, la capacité de mobilisation qui peut ponctuellement être très important sur des thèmes variés comme la guerre en Irak, les manifs anti-Le Pen ou le CPE interrogent nos modalités d’action et notre manière de communiquer.

A la FSU, une de nos spécificités est d’essayer d’ancrer notre syndicalisme sur le quotidien, notre métier. Nous essayons d’intervenir sur nos missions, les valeurs que nous défendons dans un but de transformation sociale. Les salariés ont besoin de se réaliser dans leur métier. Le syndicat peut traiter différentes problématiques et on peut donc y entrer par différentes voies : salariale, sociétale, environnementale. Les jeunes semblent avoir une bonne image des syndicats mais ce n’est pas pour autant qu’ils adhèrent ou s’impliquent. C’est là où la réflexion est nécessaire sur le renouvellement, le rajeunissement et la féminisation. A la FSU, nous reprenons ces 3 thèmes ensemble car ils relèvent des mêmes leviers. Nous essayons de mener une réflexion sur les conditions matérielles de l’activité pour qu’elle soit compatible avec les contraintes de la vie familiale et professionnelle. Parce qu’il est important pour nous que le syndicat soit à l’image de la profession qu’il défend, ces question sont cruciales pour l’avenir des organisations. Nous devons faire confiance aux jeunes et leur laisser une grande place : de toutes les manières, vu les départs en retraite à venir, avons-nous vraiment le choix ?

- Bernard Thibault, secrétaire Général de la CGT

La pauvreté et l’exclusion ne débouchent pas forcément sur des mobilisations. La liberté de se syndiquer doit être respectée. Le débat sur syndicat et politique est légitime : le syndicalisme intervient sur les choix politiques. Aujourd’hui il montre une image trop concentrée sur la profession et la nation alors que nous sommes engagés dans des questions de mondialisation. Dans le même temps il est nécessaire de prendre en compte la situation de chacun.

Nous ne savons pas mettre en avant nos résultats et les valoriser. Le responsable syndical doit être à l’image de l’entreprise et chaque génération doit pouvoir pratiquer le syndicalisme de son temps. Un patrimoine d’expérience peut être transmis mais les anciens ne peuvent camper sur la défense de leurs seuls modèles d’organisation.

Se syndiquer c’est d’abord faire un choix mais le constat est que la multiplication des syndicats fait baisser le nombre de syndiqués. Or, on n’est pas condamné à la dispersion.

- Bernadette Groison, secrétaire Générale de la FSU

Ce que disent les jeunes salariés et leurs attentes ne sont pas spécifiques aux jeunes : le rapport au travail, son utilité sociale, sa place dans la vie, son caractère émancipateur, la différence homme-femme... On a une jeunesse laborieuse et silencieuse mais attachée au valeurs de solidarité (comme l’a montré le mouvement des retraites). Il est vrai que les grands défis pour demain se posent à l’échelle planétaire et qu’il faut s’interroger sur le rapport individuel/ collectif. Le militantisme sacrificiel ne fait plus le compte. Il s’agit de créer les conditions alternatives crédibles pour la suite, sans tabous. Le syndicalisme doit donner des perspectives et poursuivre ses actions dans le cadre unitaire.