À Dun-le-Palestel, le TBI a remplacé le tableau noir pour les élèves de CP d’Aurélie Laveissière.

Dans le petit bourg d’un millier d’âmes du nord de la Creuse, l’école élémentaire de 5 classes vit à l’ère du numérique. Dans la classe de CP, les élèves rassemblés en cercle devant le tableau blanc interactif (TBI) découvrent le texte qu’Aurélie Laveissière, leur enseignante, vient de projeter. La séance de lecture commence et les échanges sont nombreux. Les hypothèses portent d’abord sur l’image qu’Aurélie a volontairement agrandie, dissimulant dans un premier temps le texte qu’ils vont lire ensemble. « On connaît, c’est le capitaine et les matelots dans l’histoire d’hier. »
Mobilisés autour d’une histoire dont ils connaissent le début et sans être directement confrontés au texte, les élèves encore non lecteurs se sentent rassurés et s’investissent pleinement. Dans un deuxième temps, Aurélie réduit l’image pour faire apparaître un texte narratif. Associant le discours et le récit, ce texte reprend ce qui est dit dans la bulle qui apparaissait au dessus d’un personnage et que certains élèves sont parvenus à lire partiellement. A l’aide de leur dictionnaire de lecture sur support papier, la plupart des élèves se portent volontaires pour lire.
Pour faciliter le travail, l’enseignante a instauré des codes de couleurs. Les mots identifiés sont entourés en vert, les syllabes simples sont soulignées en bleu et les complexes en rouge. Munis du stylet, les élèves qui viennent au tableau lisent au fur et à mesure ce qu’ils ont identifié. Certains ne sont pas d’accord avec celui qui lit, « Le mot outil, il est dans un autre mot. Ça ne compte pas. » Les élèves osent se tromper car ils peuvent effacer, recommencer, sans altérer la lisibilité du texte. L’erreur a toute sa place dans les apprentissages.
La séance qu’Aurélie a mise en place permet un étayage progressif et les échanges entre pairs guident les apprentissages. Après un temps de lecture individuel du texte dans le manuel, commence la seconde partie de la séance autour des questions de lecture du fichier. Là encore, Aurélie utilise son TBI pour faire entrer tous les élèves dans l’activité, en proposant un travail de lecture des consignes et de découverte progressive des exercices. « J’ai dissocié les exercices pour mieux maintenir leur attention et pour alterner des phases collectives de découverte de l’exercice et des moments de travail individuel.
Pour ceux qui n’ont pas compris ou qui sont en difficulté, je peux reprendre avec eux l’activité sur le TBI pendant que les autres travaillent seuls sur le fichier. » L’outil lui permet de prendre en compte l’hétérogénéité des élèves et de différencier sa pédagogie. Pour Aurélie, c’est aussi un gain de temps dans la préparation et le déroulement de la séance. En effet, dit-elle, « il me suffit de scanner les documents et de les adapter à ma séance. L’avantage, c’est que contrairement au manuel papier, je peux, par exemple, apporter les modifications que je veux au texte, en fonction du niveau de lecture des élèves. »
C’est en fait surtout un outil qui lui permet d’être concepteur de ses enseignements. Mais elle reconnaît aussi ses limites car parfois le TBI n’est pas adapté à l’activité. « Pour la manipulation des étiquettes-mots par exemple, le tableau tactile est parfois trop sensible ou pas assez et n’apporte pas plus que la manipulation d’étiquettes repositionnables sur le tableau noir. »
Si Aurélie n’a bénéficié d’aucune formation hormis une journée organisée par le fournisseur du TBI sur la maîtrise technique de l’outil et qu’elle regrette le manque de supports pédagogiques, cette deuxième année d’expérience avec le TBI la conforte dans l’idée qu’elle peut en faire un usage encore plus approfondi et quotidien. Depuis 4 ans, le tableau blanc interactif s’est progressivement installé dans cette école, puisque 3 classes sur 5 en bénéficient, grâce aux moyens alloués par le plan Ecoles numériques rurales et qu’elles en font un usage régulier.
Il reste encore du chemin à parcourir, en particulier pour la formation pédagogique aux TICE. Mais nul doute que les enseignants ont bien perçu l’intérêt de s’approprier ce nouvel outil pour faciliter les apprentissages en développant des pédagogies actives et différenciées.
« L’avantage, c’est que contrairement au manuel papier, je peux apporter les modifications au texte en fonction du niveau des élèves »