Concours
Ulysse, le saumon et la BnF : l’improbable rencontre
19 mars 2014

Le concours organisé chaque année par le SNUipp-FSU et la BnF, à l’école Lannette de Bordes dans les Pyrénées Atlantiques, on connaît bien : la maîtresse des CM2 y participe depuis trois ans ! Un projet de longue haleine pour ses élèves.

Kristina Schmitt enseigne depuis onze ans. A l’école Jean Lannette de Bordes, près de Pau (64) et coincée au pied des Pyrénées, elle s’occupe des 25 CM2. Tous les ans, Kristina lance un thème dans sa classe, qu’elle décline par transversalité dans toutes les disciplines. Cette année, c’est “la différence”. Et depuis maintenant trois ans, elle participe aussi au concours proposé par la Bibliothèque nationale de France, «  un projet hors de l’école, tourné vers l’extérieur ». Son but : « souder les élèves autour d’un projet commun ». Alors quand elle propose à ses élèves au mois de novembre d’y participer, tous décident de décliner leur thème à celui de la BnF « Des cases et des bulles… histoires animées », en lien avec la bande dessinée et l’expo Astérix. Les élèves doivent trouver un héros “différent”, et très vite, après des recherches documentaires menées en classe, c’est un petit saumon rouge du Pacifique qui fait l’affaire (pragmatiques, les élèves ont repoussé l’idée d’un humain, trop difficile à dessiner). Le héros sera un alevin dans un élevage forcé au large des Galapagos, qui s’échappera à la faveur d’une tempête et remontera l’océan jusqu’à Itake en Alaska pour retrouver la source de ses origines, pondre ses œufs et y mourir. Un long voyage, un retour chez soi, des obstacles, des rencontres, une migration, la confrontation et l’acceptation de la différence... pour les élèves alors une évidence s’impose : c’est comme l’Odyssée d’Homère !

L’Odyssée d’Homère revisitée

C’est décidé : les élèves vont réécrire l’Odyssée et leur héros se nommera U-Lys/3 et Homère le narrateur sera remplacé par le sage poisson Omer et c’est lui qui racontera la légende de la source des origines ! Après tout va très vite. Relecture de l’Odyssée et recherche de correspondances entre les personnages et les obstacles rencontrés par Ulysse en lien avec le monde marin ; élaboration de la chronologie de l’histoire, choix des élèves de l’épisode qu’ils écriront ; travail sur la bande dessinée, plans, angles de vues, vignettes, textes, onomatopées, idéogrammes ; écriture du scénario de chaque épisode, premières mises en images ; recherche pour la mise en page des planches et choix de la taille des vignettes ; réalisation du livre, les couleurs, les techniques, les atmosphères... Travail collectif, seul, à deux, en groupes, en classe, à la maison... beaucoup de lectures, des écrits, de la géo, des sciences, de l’art, beaucoup d’art, des argumentaires, des missions d’hypothèses, des justifications de ses choix (exit les « bien » ou « pas bien »)... un travail qui s’intensifie à l’approche de la date d’envoi du livre. « C’est dans les contraintes qu’on peut se surpasser » répète Kristina à ses élèves, qui savent que dès le 21 mars, leur livre « va à Paris, il est lu, il est exposé à la BnF et des tas de gens vont le voir ». S’ils gagnent, ils partiront en classe de découverte. Mady l’avoue, « je voudrais bien gagner, on partirait en voyage » mais tout comme Manon L, elle précise «  mais si on ne gagne pas, on aura au moins participé ! » Quant au travail fourni, Mathéo « préfère cette expression écrite, c’est mieux que les dictées, on travaille en groupe alors que la dictée, c’est chacun pour soi »... Pour Aurian, Alexis et Lucie, ce qu’ils préfèrent, c’est « travailler en groupes, on se sent plus à l’aise même s’il faut beaucoup réfléchir et se mettre d’accord, ce qui n’est pas toujours facile » ! Une équipe soudée, du travail avec du sens, objectif atteint pour Kristina.

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