ULIS
ULIS : Le combat ordinaire de l’inclusion
12 janvier 2015

Au collège Ronsard de Tours la présence de deux ULIS facilite les décloisonnements en groupes de besoin. Mais le combat ordinaire réside dans le travail d’inclusion au plus près des projets individualisés de chaque collégien.

« L’ULIS*, c’est la CLIS du collège », explique Mathieu Ceccaldi, coordonnateur de l’ULIS « B » du collège Ronsard de Tours. Ce matin-là, après avoir accueilli en décloisonnement les apprentis lecteurs des ULIS A et B, Mathieu met fin à la séance de lecture. Instantanément, Narimane, Alain et Nicolaï se lèvent et retournent dans leur classe en ULIS A. Quelques secondes après, ce sont les élèves de Mathieu qui reviennent, suivis de Laura, qui était en inclusion en mathématiques en 3e SEGPA , tandis que Narcy part en EPS avec les 4e. Décloisonnement, inclusion, soins extérieurs : un va-et-vient continuel auquel s’ajoute la nécessité de respecter les périodes de stage. «  C’est une question d’organisation » explique l’enseignant, mais « la priorité c’est l’inclusion  ». Tout un travail quotidien facilité par la présence de Katy Glemin, l’AVS qui prend en charge des petits groupes et accompagne tout au long de la journée ces 11 élèves atteints de troubles du langage et des fonctions cognitives. Et puis «  la présence de 4 adultes sur les 2 ULIS nous permet d’être au plus près des besoins des élèves et de suivre au mieux le projet individualisé de chaque collégien » explique Mathieu. Car le collège Ronsard présente la spécificité d’accueillir deux ULIS. Un double dispositif qui permet « de créer une dynamique avec un changement de référent et de classe au cours de la scolarité au collège » souligne Mathieu. Un choix que l’administration justifie aussi en raison de la proximité avec la Segpa pour faciliter l’inclusion et le suivi des projets professionnels. Car très peu d’élèves décrocheront le DNB** confie Mathieu dont l’objectif est « d’amener le plus d’élèves possibles vers le CFG*** pour ensuite leur permettre d’obtenir un CAP », de carrossier pour Bryan, de vendeuse pour Inès...

La lecture d’albums aux élèves de maternelle. Une motivation inclusive pour les collégiens de l’ULIS.

Des projets d’inclusion collective

C’est pourquoi la présence de la Segpa est essentielle estime Mathieu : «  l’inclusion c’est partager des choses avec d’autres élèves du collège mais ça ne veut pas dire les mettre en difficulté en les incluant dans des classes dont la marche à franchir est trop haute ». Ainsi, 12h par semaine, Tarkan rejoint l’atelier « habitat » où il travaille le bois. Les projets d’inclusion de Marie et Cheyenne prévoient qu’elles suivent les ateliers « Hygiène-alimentation-service » tandis que Maeva se forme à la « vente-distribution-magasinage  ». « Il faut que l’inclusion devienne ordinaire, même si elle se fait dans l’adapté » insiste l’enseignant. Au mois de décembre, les élèves de l’ULIS ont organisé une bourse aux jouets destinée à recueillir de l’argent pour financer leur classe de mer. Les collégiens ont récupéré des jouets, élaboré des affiches, tenu les stands... En classe, ils ont calculé le bénéfice réalisé. Autant de compétences qu’ils pourront faire valoir auprès d’un employeur indique Mathieu. Autre projet d’inclusion collective : « littérature en maternelle ». Après avoir choisi des albums et préparé leur lecture pendant plusieurs semaines, les collégiens rejoignent l’école maternelle voisine Jean de la Fontaine. Là, chaque collégien fait la lecture à un ou deux élèves de moyenne section avant de les aider à réaliser un puzzle qu’ils ont eux-même préparé à partir d’une photocopie de la couverture de l’album présenté. Un moment d’échange et de calme qui impressionne toujours Katy : « ils sont motivés, et puis là, les bons lecteurs, ce sont eux » chuchote-t-elle. Pour Mathieu c’est le principe même de l’inclusion : « ils ne sont plus mis de côté, regardés avec la crainte de la différence. Ces projets inclusifs ouvrent la classe et créent une dynamique ».

*Unité localisée d’inclusion scolaire ** Diplôme national du Brevet ***Le certificat de formation générale correspond au palier 2 du socle.


Trois questions à Alexandre Ployé, formateur ASH à l’ESPE de Créteil

« L’idéal est inclusif mais les pratiques sont intégratives »

Ancien professeur d’histoire-géographie en collège Alexandre Ployé a enseigné en UPI et en ULIS. Aujourd’hui responsable des formations ASH à l’ESPE de Créteil, il rédige une thèse en sciences de l’éducation sur l’école inclusive.

Les ULIS vont avoir 4 ans. Quel bilan en tirer ?

Il est un peu précoce de tirer un bilan. Principalement parce que l’intégration dans les collèges des UPI* puis des ULIS a constitué un choc culturel qui n’est pas encore digéré. Toutefois, on estime aujourd’hui que 30000 élèves sont scolarisés en ULIS, soit une progression de 240% depuis 2006. Le nombre d’enseignants du 2nd degré qui entrent dans une démarche de formation ASH est aussi en constante augmentation. Le bilan quantitatif est donc positif mais il ne rejaillit pas nécessairement sur la qualité de l’inclusion. Faute d’adaptation pédagogique réelle, d’une pensée positive sur leurs capacités, les élèves de l’ULIS demeurent relativement désaffiliés des tâches scolaires communes et maintenus dans une situation d’exceptionnalité. L’idéal est inclusif mais les pratiques sont intégratives.

Quel rôle joue le coordonnateur ULIS dans le collège ?

Pédagogiquement, il fait vivre sa classe, il prépare les inclusions en essayant de se procurer les cours en amont pour les adapter aux besoins des élèves. Au retour de l’inclusion il essaie de débriefer avec chaque élève pour éventuellement engager un travail de remédiation. Ensuite le coordonnateur gère les partenariats, rencontre le Sessad**, les parents, les autres enseignants... Un travail informel, car non institutionnalisé, qui est extrêmement coûteux en temps et en énergie. À ces missions pédagogiques, s’ajoutent des tâches plus symboliques de protection, de maternage qui consistent à distiller l’inclusion sur les quatre années de collège en montant en puissance quand les enseignants spécialisés estiment que l’élève a la maturité suffisante pour soutenir l’effort cognitif demandé en classe ordinaire.

Quel devenir scolaire et professionnel pour ces élèves ?

Les élèves scolarisés en ULIS sont victimes d’une double difficulté. Tout d’abord ils sont soumis à des types d’évaluation pour lesquels ils ne sont pas préparés et qui les placent en situation d’échec. Ensuite ils subissent la permanence du regard défectologique de la part des enseignants : on pense encore souvent que leurs difficultés sont imputables à des déficits naturels auxquels on ne peut rien et pour lesquels la meilleure réponse est celle d’un traitement séparé. Trois possibilités s’ouvrent aux élèves de l’ULIS : certains pourront intégrer la Segpa et entrer dans une pré-professionnalisation, d’autres pourront rejoindre l’ULIS-lycée mais seulement pour préparer des CAP quasi réservés. Enfin, les élèves en échec sont réorientés vers le milieu institutionnel fermé, l’IMpro***, qui leur permettra au mieux d’accéder au travail adapté. Aujourd’hui, l’école a toujours des pratiques désaffiliantes et l’orientation se fait vers des filières d’exclusion. A la sortie de l’ULIS l’élève handicapé est susceptible de redevenir un élève stigmatisé socialement.


ULIS : Kesako ?

Les Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) ont remplacé en 2010 les Unités pédagogiques d’intégration (UPI). Ces dispositifs collectifs en collège et lycée accueillent des élèves en situation de handicap au sein d’unités qui ne devraient pas dépasser 10 élèves. Le coordonnateur de l’ULIS est un enseignant spécialisé titulaire du CAPASH. Il assure l’inclusion et organise le travail des élèves en fonction des indications des projets personnalisés de scolarisation (PPS). La circulaire du 18 juin 2010

Ressources : Pour les élèves en situation de handicap

Ensemble pour les élèves en situation de handicap est un collectif de parents, enseignants et professionnels du Loir-et-Cher qui se sont réunis pour le respect des enfants en situation de handicap et rompre l’isolement de leurs familles. Sur leur blog, les enseignants spécialisés comme les parents d’élèves pourront trouver des informations, des témoignages, des textes de lois, des récits d’expériences mais aussi des outils et des ressources utiles pour la défense des élèves en situation de handicap.

José PUIG : Quels accompagnements ?

José PUIG est directeur de l’INS HEA, institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés. Dans cette vidéo issue de la 13e Université d’Automne du SNUipp-FSU, il revient sur le principe de l’école inclusive et la nécessaire mise en place d’accompagnements adaptés pour répondre aux besoins éducatifs particuliers des élèves en situation de handicap.Voir la vidéo en ligne