Youssef Abidi est secrétaire général du Syndicat régional des enseignants de base de la région de Kasserine (SREB) et membre régional de l’Union général des travailleurs tunisiens. Il s’exprime sur la situation dans sa région après les évènements.

Quelle est la situation à Kasserine aujourd’hui ?
Kasserine, ravagée par le chômage et la pauvreté, a été, après Sidi Bouzid, l’un des principaux foyers de la révolte anti Ben Ali. Il y a eu ici plus de 50 morts au plus fort des émeutes. Les habitants l’ont payé cher. La situation reste difficile. La vie n’a pas repris même si les manifestations se font plus rares. La sécurité n’est pas assurée, il n’y a plus de policiers. Les magasins sont fermés. Du point de vue des écoles, après la grève, nous avons souhaité reprendre les cours samedi mais ça n’a pas été possible faute de sécurité. Depuis le 10 janvier, les écoles sont restées fermées.
La jeunesse a joué un rôle important dans les évènements. Comment expliquez-vous cela ?
Les manifestations suite à l’immolation ont réuni en effet des jeunes qui demandaient du travail, une embauche, notamment ceux qui ont des diplômes. Ils sont 15 000 dans la région dans cette situation mais si on compte les chômeurs qui ont un baccalauréat et ceux qui n’en ont pas, cela représente une grande partie de la jeunesse. Aucun investissement n’a eu lieu sur ce territoire très pauvre qui a été abandonné par le pouvoir. Les jeunes ont été rejoints par toutes les composantes de la société syndicalistes, avocats...
Qu’attendez-vous du changement en tant que citoyen mais aussi en tant qu’enseignant ?
Les espoirs qu’ont fait naître les événements sont à la hauteur de ce qui était la détresse de la population. Mais, les citoyens tunisiens n’ont accompli que 20% de la « mission » en se débarrassant de Ben Ali. Nous attendons que les choses changent politiquement mais aussi socialement et culturellement. D’un point de vue de l’éducation, la situation est lamentable sur le plan des équipements scolaires, de l’école au lycée. Sur le plan des effectifs, les 40 élèves restent la règle et l’encadrement insuffisant. Il faut que la région ait sa chance après cette révolution.