Dossier "L’EPS se replace au centre"
Trois questions à Pascal Grassetie, formateur EPS à l’Espé de Bordeaux
7 avril 2015

Trois questions à Pascal Grassetie, formateur EPS à l’Espé de Bordeaux

Trois questions à Pascal Grassetie, formateur EPS à l’Espé de Bordeaux.

« Mettre les pratiques sportives à l’étude »

Quels sont les enjeux de l’EPS à l’école primaire ?

Considérée souvent comme une activité compensatrice de l’activité intellectuelle, on assigne aujourd’hui à l’EPS des finalités sanitaires ou d’éducation à la citoyenneté. Mais elle n’est pas encore suffisamment reconnue comme susceptible de développer des compétences et des savoirs indispensables aujourd’hui. Cela explique qu’on questionne toujours sa place à l’école et qu’on cherche parfois à l’externaliser. Il faut faire valoir que travailler en équipe, s’adapter aux situations, être dynamique, gérer ses émotions, tous ces points reconnus par la société peuvent lui être attribués. Pour que l’EPS fasse école la simple pratique sportive ne peut suffire, il faut mettre ces pratiques à l’étude, en avoir une approche culturelle et critique afin d’embarquer tous les élèves, filles et garçons et notamment les enfants des milieux populaires dans le progrès, mais aussi être conscient de leurs dérives pour former des citoyens lucides. L’école doit jouer son rôle émancipateur au risque de laisser libre cours aux stéréotypes et aux préjugés.

L’EPS peut-elle favoriser la réussite scolaire ?

Elle porte en tout cas un rapport au progrès et au savoir original. Elle contraint de partir de la pratique des élèves et pas d’un exposé liminaire. Elle confronte les élèves à un problème à résoudre concret, pratique, qui a du sens et qui résonne y compris hors de l’École. L’enseignant doit étayer leurs recherches tâtonnantes pour en extraire des éléments rationnels et généralisables, des savoirs que chacun devra dans un second temps se réapproprier de façon singulière. Ce double mouvement peut permettre de valoriser les élèves les plus en difficulté en évitant les implicites.

Comment approcher les nouveaux programmes ?

Actuellement, les programmes entrent dans l’EPS par les compétences. Mais les compétences s’incarnent dans une pratique donnée, elles ne s’enseignent pas en tant que telles. Faire de l’athlétisme et de la natation ce n’est pas la même chose même si dans les deux cas on peut réaliser des performances mesurées. Cela pose un souci de faisabilité et exonère peut être l’institution de définir précisément ce que l’élève doit apprendre concrètement : savoir nager ou faire du vélo par exemple. Dans tous les cas, il faudra que les enseignants aient leur mot à dire, car un programme est bon s’il fait consensus mais aussi s’il est assez souple pour que chacun en tant que concepteur de son enseignement puisse le mettre à sa main pour ses élèves.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Rapport de l’IGEN : L’EPS débriefée
- « Mettre les pratiques sportives à l’étude » : Trois questions à Pascal Grassetie, formateur EPS à l’Espé de Bordeaux
- Projet sportif à Bordeaux : Charles Martin, une école friande d’USEP
- École rurale dans les landes : A Gaâs, le sport fait campagne
- « Un apprentissage fondé sur des expériences concrètes » : Entretien avec Yvan Moulin, formateur en ESPE