Dossier : "Sorties scolaires | L’école hors les murs "
« Travailler autrement que dans l’immédiateté »
19 avril 2014

3 questions à Olivier Ivanoff, directeur d’école, rédacteur en chef de la revue des CEMEA « Les Cahiers de l’Animation »

- Faut-il sortir de la classe pour apprendre ?

  • Cela me semble encore plus essentiel qu’avant avec le développement des nouvelles technologies. Sortir de l’école permet de créer du lien et créer du vrai. Chaque enfant sait ce qu’est un éléphant mais combien en ont vu un « pour de vrai » ? Certaines choses, qui nous paraissent évidentes, n’existent pour beaucoup d’enfants que sous une forme virtuelle. Les sorties permettent de construire des perceptions visuelles, auditives, sensitives du monde réel, ce qui est ensuite réinvesti dans d’autres situations et influe globalement sur l’ensemble de leurs apprentissages. L’autre aspect important est le développement des compétences psychosociales et du vivre ensemble. Beaucoup d’enfants sortent de moins en moins de chez eux. Les règles de vie, le rapport à l’autre, les consignes que l’on expérimente lors des sorties ne sont pas les mêmes qu’à l’école.

- Pourquoi est-ce devenu compliqué de sortir de l’école ?

  • En dehors de l’incontournable problème de financement, beaucoup d’obstacles se dressent sur la route des enseignants qui veulent organiser des sorties. Ils ne sont pas spécifiquement liés à l’institution mais plutôt à des évolutions sociales. La judiciarisation de notre société fait qu’il faut se prémunir de chaque problème éventuel pour éviter des plaintes. De plus, il y a une médiatisation de chaque fait survenu en collectivité d’enfants alors que ces lieux sont statistiquement bien plus sûrs que les familles. Ce climat génère une lourdeur administrative accrue et alimente la crainte de certains parents de laisser partir leurs enfants même pour une courte période.

- Malgré cela, les CEMEA restent partisans des sorties scolaires ?

  • Oui, car la globalité des sorties permet de développer une logique de projet que nous défendons. Il y a un avant, un pendant, un après la sortie qui permettent de travailler autrement que dans l’immédiateté. Les CEMEA, mouvement d’éducation nouvelle, ont un « secteur école » militant pour des démarches actives d’apprentissage. L’association est également investie dans la formation des animateurs pour les temps de loisirs et le péri-scolaire, qui prend de l’ampleur avec les nouveaux rythmes. Nos publications rédigées par des militants de terrain permettent des échanges d’expériences.

L’ensemble du dossier :

- Sorties scolaires :: L’école hors les murs
- Sorties scolaires : Une démarche complémentaire
- Sorties avec nuitées : Des classes à redécouvrir
- « Travailler autrement que dans l’immédiateté »
- Patrimoine à Tours :: Un voyage dans le temps
- La Haute-Savoie, département « témoin »
- Langon se met à l’eau :: Partir quand même
- « Rompre avec l’espace scolaire habituel »
- En bref