Dossier "Lecture | Apprendre à comprendre"
Travail en équipe à Châteauroux (36) | Un apprentissage au long cours
4 avril 2016

À l’école élémentaire Frontenac de Châteauroux, l’équipe enseignante a mis en place un parcours concerté pour l’apprentissage de la lecture tout au long de la scolarité.

« Au niveau de l’école, nous portons plus particulièrement une focale sur la lecture dans toutes ses dimensions. » Estelle Ledoux, directrice de l’élémentaire Frontenac à Châteauroux, énonce ainsi clairement que dans cet établissement de dix classes, classé en REP+, l’apprentissage de la lecture est avant tout une affaire d’équipe. Du CP au CM2, la mise en œuvre de dispositifs permettant de prendre en compte les difficultés des élève est facilité par l’intervention du maître supplémentaire.


Dès la classe de CP, la mise en place de groupes de besoin pour l’apprentissage du code grâce au dispositif plus de maîtres que 
de classes permet à chaque élève de progresser à son propre rythme.
Puis en CE1, un dispositif passerelle est mis en place en début d’année, regroupant quatre fois par semaine les élèves qui ont besoin de poursuivre les apprentissages du CP, en vue d’une réintégration rapide. « Les collègues de CE1 travaillent avec Lectorino Lectorinette. » L’utilisation de cet outil, élaboré par Sylvie Cèbe et Roland Goigoux, « permet non seulement d’automatiser le déchiffrage et la lecture orale, mais aussi de travailler la compréhension de l’implicite ».
« Au cycle 3, les collègues vont enseigner la compréhension en se basant sur l’étude d’ouvrages de littérature de jeunesse », poursuit la directrice. Tandis que Je lis Je comprends, élaboré par le Groupe départemental prévention de l’illettrisme de l’Indre pour le 3e cycle, constitue aussi un outil commun qui n’empêche pas chacune des enseignantes d’user de sa liberté pédagogique, de méthodes empruntées ailleurs et d’organisations élaborées collectivement.
« Au CE2, nous travaillons par groupes de besoins » explique l’enseignante Karine Lacoste. Chaque après-midi, tous les CE2 sont répartis en quatre groupes, de 5 à 25 élèves. Les groupes sont constitués selon les résultats au test de fluence. Les objectifs sont définis collectivement, mais chacun a le libre choix des activités à mener pour les atteindre.


Gwenaëlle Tigeon, dans sa classe de CM2 s’appuie sur les exercices et évaluations proposées par Je lis, je comprends qui ont comme objectif l’amélioration de la compréhension en lecture tout au long du cycle. « Les élèves ont appris à repérer les connecteurs, les substituts, les marques morphosyntaxiques. Ils savent faire des inférences, retrouver les idées essentielles d’un texte et formuler des hypothèses » remarque l’enseignante.

Pas seul devant la difficulté

« Durant le premier trimestre, sur une période de deux semaines, nous travaillons une heure par jour sur le passage de l’explicite à l’implicite, en co-intervention ou en dédoublement avec le maître plus. Et très rapidement, nous remarquons des progrès spectaculaires pour ce qui concerne la fluence de lecture et la compréhension. » explique de son côté Anne-lise Dugay-Flaconneche, enseignante en CM2.

À l’école Frontenac de Châteauroux, l’apprentissage de la lecture est élaboré en équipe, pensé tout au long de la scolarité. Echanges, collaborations entre enseignants et pas seulement avec le maître plus, tout cela demande du temps. Les 108 heures et les temps d’APC ne suffisent souvent pas à cette préparation. « C’est chronophage, mais on ne se retrouve pas seul face à la difficulté et puis on connaît tous les élèves ! » En réfléchissant sur ses diverses pratiques pour l’apprentissage de la lecture tout au long de la scolarité primaire, l’équipe enseignante tâtonne beaucoup et fait évoluer ses méthodes chaque année. Ainsi le projet d’école pour la rentrée 2016 prévoit d’expérimenter Lector Lectrix au cycle 3.

EN BREF

LIRE ÉCRIRE
LA COMPRÉHENSION DÈS LE CP


15 % du temps dédié au lire-écrire, soit 1h08 par semaine, sont consacrés aux activités de compréhension dans les classes de CP. C’est un des nombreux résultats de la recherche pilotée par Roland Goigoux sur « l’influence des pratiques d’enseignement de la lecture
 et d’écriture sur la qualité des premiers apprentissages ».

Le rapport de recherche de cette étude vient d’être publié et note la faible place « accordée à la pédagogie de la compréhension au CP » parmi toutes les tâches dont il fait l’inventaire. Pourtant l’analyse confirme qu’un enseignement de 
la compréhension régulier et intense tout
 au long de l’année produit des effets positifs sur la compréhension de textes entendus.
Elle met également en évidence le poids de 
la compréhension des textes entendus su r
la compréhension autonome de textes lus.

« Lire et écrire » rapport de recherche, téléchargeable sur http://ife.ens-lyon.fr/

EN BREF

VOCABULAIRE
PÉDAGOGIE EXPLICITE


Le terme « explicite » revient fréquemment tant dans les prescriptions, comme les programmes ou le référentiel de l’éducation prioritaire, que dans les travaux de différents courants de la recherche. « Enseigner plus explicitement semble être un levier efficace pour les apprentissages de tous les élèves,
et particulièrement ceux les plus scolairement fragiles, les plus dépendants de l’action du maître » souligne le Centre Alain Savary.

Il publie en ligne un dossier qui fait le point sur ce processus, souvent mal compris, particulièrement recommandé pour enseigner la compréhension.

http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr
EN BREF

2003-2016
D’UN CONSENSUS À L’AUTRE


En 2003, une première conférence de consensus sur l’enseignement de la lecture traitait du passage « des premiers apprentissages au lecteur compétent ». On y enterrait les querelles de méthodes en prônant un travail simultané sur le sens et le code. On y soulignait l’importance de l’automatisation des mécanismes de base mais aussi des stratégies. On y apprenait déjà que la compréhension pouvait et devait s’enseigner et aussi que l’apprentissage de la lecture ne pouvait être dissocié de celui de l’écriture.

http://www.cndp.fr/ bienlire/01-actualite/c-en-parle06.asp

L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- La lecture en panne de sens
- « Apprendre à lire le discours des disciplines » - 3 questions à Martine Jaubert, Professeure en sciences du langage et didactique du français, à l’Espé d’Aquitaine – Université de Bordeaux
- Travail en équipe à Châteauroux (36)
- Projet lecture à Alençon (61)
- « Un enseignement explicite de stratégies » - Entretien avec Maryse Bianco, maître de conférences en sciences de l’éducation