Dossier "Apprendre et prendre la parole au cycle 3"
Tirepied (50) | Evoluer, évaluer tout au long de l’année
8 mai 2017

Le CM1-CM2 du RPI de Plomb-Tirepied dans la Manche travaille la prise de parole au quotidien dans la classe mais aussi lors de séquences spécifiques de lecture oralisée.

« Cela sert à transférer les dossiers d’un objet à l’autre ». Ce matin face aux 25 autres CM1-CM2 de Tirepied, village du bocage normand, Maël fait deviner un « objet mystère ». « Un ordinateur ? Un trombone ? » Les suggestions le déconcertent, il pensait s’être bien exprimé. « Qu’est-ce que tu pourrais dire de plus ? » l’encourage sa maîtresse Karine Bourgogne. « L’intérieur est en métal, l’extérieur en plastique ».
Et cette précision qu’il pensait imparable va autant guider certains : « Une clé USB ! » qu’en perdre d’autres. « Tu aurais dû dire que c’était un outil informatique », « il n’y a pas que du métal à l’intérieur ».

Ce rituel est l’un des nombreux moments où l’oral est travaillé dans la classe.

Un bon oral est un oral préparé

L’enseignante « peut-être parce que j’ai travaillé avec des élèves non francophones à l’étranger » a toujours eu cette attention à l’oral avec les « grands », se questionnant : « Quels outils on propose ? Comment on évalue ? »
Pour ce faire, elle enregistre ses élèves sur une même lecture en septembre, en février, en juin, « cela leur permet de prendre conscience de leurs progrès ».

La classe a également listé les critères d’une prise de parole réussie : ton, clarté... Chacun a réfléchi à un « objet mystère » pendant les vacances. « Car même en cycle 3, un bon oral est un oral préparé », commente Karine. « Les enseignants ont toujours travaillé l’oral mais ce n’était pas formalisé comme maintenant dans les nouveaux programmes ».
Ces textes l’ont encouragée par exemple à développer les débats à partir d’événements de classe, d’école comme récemment des tensions nées de jeux avec messageries sur Internet. « Mais ce sont souvent les mêmes qui parlaient » alors elle a infléchi le déroulement. Le débat est toujours préparé par tous mais huit élèves seulement discutent et les autres observent, « parfois je les laisse débattre à deux aussi pour qu’ils gagnent en confiance ». Avec des effets sur les plus discrets.

Un climat favorable à la prise de parole de tous

Elle a aussi fait bouger ses séances de littérature avec des lectures puzzles discutées en groupe ou des lectures orales qu’elle a nommées « Bouches à oreilles ». Cinq élèves préparent un passage du livre en cours pendant trois ou quatre jours et le jour J chacun lit une partie une première fois. L’auditoire n’a pas le texte sous les yeux, juste la prestation des camarades pour saisir l’épisode. Ils peuvent ensuite faire des remarques, « avec bienveillance », insiste la professeure et échanger sur ce qu’ils ont compris.

Le but est justement de créer un climat favorable à la prise de parole –régulière- de tous. « Cela les pousse à se poser des questions, argumenter quand tous n’ont pas compris la même chose ». Après réflexion enfin elle a transformé son questionnaire de compréhension. Il était écrit, il est désormais oral. Une vidéo sera bientôt mise en ligne sur le site de la circonscription pour que son cheminement professionnel « aide aussi les autres collègues ».

EN BREF

NOUVEAUX PROGRAMMES
ET DANS LES AUTRES CYCLES ?


Sans surprise, les programmes maternelle mis en place en 2015 donnent la part belle à l’oral en tant que domaine d’apprentissage, « condition essentielle de la réussite de toutes et tous ».

Il s’agit d’« oser entrer en communication », de « comprendre et apprendre » et d’« échanger et réfléchir avec les autres ».

Une préoccupation présente aussi dans les programmes de cycle 2 qui invitent à développer l’oral dans toutes les situations mais aussi à mettre en place des situations spécifiques avec des « interactions en petits groupes ».
EN BREF

DOSSIER DE L’IFÉ
UN ÉCRIT QUI PARLE DE L’ORAL


L’Institut français de l’éducation (Ifé) vient de publier « Je dis, tu parles, nous écoutons : apprendre avec l’oral ».

Ce dossier de veille rédigé sous la direction de Marie Gaussel propose de « s’intéresser aux relations entre le langage et la construction de la pensée, la façon dont l’expression orale conditionne les apprentissages et les enjeux liés à l’oral pour l’adaptabilité sociale et la réussite scolaire ».
EN BREF

VIDÉO
« UN MOYEN D’APPRENTISSAGE »


Dans une interview vidéo mise en ligne par l’académie de Paris, intitulée « L’oral comme moyen d’apprentissage », la socio-linguiste Élisabeth Bautier revient sur cette dimension du langage omniprésente en classe, souvent implicite pour les enseignants.

L’occasion pour la chercheure d’expliquer en une quinzaine de minutes comment l’enseignement de l’oral à l’école est un instrument essentiel pour lutter contre les inégalités.

www.ac-paris.fr/portail

L’ensemble du dossier-

- Présentation du dossier
- L’oral, ça s’enseigne
- « A l’école : un langage spécifique » - 3 questions à Élisabeth Bautier, sociolinguiste, chercheure en sciences de l’éducation
- Tirepied (50) – Évoluer, évaluer tout au long de l’année
- Revin (08) – Exposer pour s’exposer
- « Il n’y a pas de petits parleurs dans l’absolu » - Entretien avec Michel Grandaty, professeur des universités en sciences du langage (Espé Midi Pyrénées)