Dossier "Nouveaux programmes : comment faire ?"
Table ronde | Intéressant, oui, mais réalisable ?
9 novembre 2015

Les nouveaux programmes, quelle connaissance en ont-ils et qu’en attendent-ils ? Sur quels points pensent-ils que leur mise en œuvre sera possible ou au contraire difficile ? Fenêtres sur cours a invité sept enseignants, participants à l’Université d’automne du SNUipp, à répondre à ces questions en les réunissant pour une table ronde.

Quand Fenêtres sur cours, profitant de l’université d’automne du SNUipp, a invité sept enseignants à discuter des nouveaux programmes, peu d’entre eux les connaissaient vraiment. Coralyse et Nolwenn les ont découverts ici-même, à Port Leucate. Vincent avait tenté de participer à la consultation l’année dernière sans aller au bout tant elle était chronophage. Tout comme Benoît, c’est à travers les documents du SNUipp qu’il en a eu un aperçu. Seule Colette les avait étudiés dans le cadre d’un travail départemental en tant que PEMF.

Pour tous, un problème de temps car ils en ont besoin et s’en servent des programmes. « Pour établir mes programmations » annonce Sylviane, « pour savoir si je suis dans les clous en fin de période » complète Benoît, « pour avoir un cadre et des repères, une toile de fond à laquelle se référer » disent Coralyse et Stéphane. « En formation, c’est une base de travail pour les fiches de prép des débutants » ajoute Colette. Et pour Vincent, les programmes « appellent un travail en équipe pour mettre en place les cycles. »

Des avis nuancés

Mais alors ces programmes 2016 ? « Un bon équilibre entre sens et automatisation » dit Stéphane, « on voit qu’ils s’appuient sur les travaux de la recherche » approuve Vincent. « On laisse plus de temps aux enfants, on accentue sur la compréhension qui avait été complètement oubliée en 2008 » renchérit Colette.
Des avis positifs vite tempérés car pour Benoît, même s’il en apprécie certains aspects, le texte est « long et indigeste ». Pour Sylviane, il y a à juste titre « beaucoup de développement sur les idées d’échange, de partage, de coopération mais aussi des choses très difficiles et irréalisables sur l’art par exemple. »
Nolwenn trouve « la numération beaucoup plus précise que dans les programmes de 2008 » mais regrette que les repères de progressivité soient moins détaillés. Mais c’est Coralyse qui traduit un sentiment partagé à la lecture des instructions en EPS, arts visuels, histoire, géo, sciences, langues vivantes : « même si j’adhère aux idées et au cheminement proposé » dit-elle, j’ai l’impression qu’il faut être expert en tout. J’ai l’impression d’être dépassée et que je manque de formation à la base. »
Se posent alors les questions de faisabilité. Matérielle d’abord : « En histoire comment aller sur un site archéologique quand on n’a pas les moyens de se déplacer avec sa classe ? » « Comment faire pour le ‘savoir nager’ dans mon département où il n’y a que deux piscines ? ». Mais pédagogique aussi : « ça va être chaud de mettre en place GS et CP en même temps », « la langue vivante au C3, ouah ! Si on arrivait à ça avec les lycéens on serait content ». Colette a peur « que les jeunes enseignants se collent à la colonne de droite », celle des exemples. Le souci partagé qu’on enchaîne des activités sans se référer aux objectifs d’apprentissage et qu’en plus, on essaye de tout faire sans lier ni coordonner.

Temps et formation

« Ne pas vouloir tout faire tout de suite » c’est important mais il y a d’autres propositions autour de la table. Pourquoi ne pas « prendre le temps de l’APC de cette année pour travailler sur ces nouveaux programmes ? » propose Coralyse. Pour Stéphane, « on a besoin de sortir de nos écoles pour échanger, fabriquer des outils ou en découvrir ». « On a besoin d’être accompagnés et formés, revendique Sylviane. Aux équipes de définir leurs besoins et de faire un co-travail avec des allers-retours entre la classe et les stages ». « Dans les écoles rurales on n’a pas la possibilité de discuter avec des collègues du même cycle. On a besoin d’échanges et le temps long est important. Il y faut à la fois des apports et du contenu mais aussi des analyses et des échanges de pratiques », résume Vincent. C’est un chœur unanime qui demande « Du temps et de la formation ! » Comme un prélude à la conférence de Philippe Meirieu à laquelle ils vont assister ensuite.


L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Mise en œuvre : Du temps pour lire, du temps pour faire
- Formation continue : un accompagnement indispensable
- Travail en équipe : favoriser l’élaboration collective
- Table ronde : intéressant, oui, mais réalisable ?
- « Faire ensemble des choix dans tout ce qu’il y a à faire » - Entretien avec Patrick Picard, directeur du centre Alain Savary (CAS) à l’Institut français de l’éducation