Contribution programmes
Sur quelques choix didactiques à opérer
24 septembre 2013
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Pour André Ouzoulias, spécialiste de l’apprentissage de la lecture-écriture et de ses difficultés, si l’on veut démocratiser cet enseignement, il convient de repenser les choix didactiques dans quatre champs importants.

L’apprentissage de la langue orale en maternelle

Les écoles des quartiers populaires doivent avoir les moyens humains d’organiser chaque jour des petits groupes de langage. C’est indispensable ! Encore faut-il distinguer langue orale et langage écrit entendu. Ainsi, la lecture à haute voix d’œuvres du patrimoine est incontournable, mais elle n’assure pas le développement de l’oral. La différence entre les deux modalités tient surtout à la syntaxe. Il n’y a pas à les hiérarchiser (l’écrit au-dessus de l’oral). Les enfants ont besoin de développer leurs capacités dans ces deux modalités.

Les programmes devraient pointer ces différences et donner l’ordre d’apparition des structures syntaxiques chez les enfants. Il conviendrait aussi que les enseignants soient formés à analyser les productions orales de leurs élèves et à proposer les interactions les plus fécondes (1).

L’entrée dans la graphophonologie à la charnière GS-CP

Selon les recherches, en GS, ce sont les élèves qui ont déjà une première connaissance de l’écrit (et des lettres) qui réussissent le mieux les tâches d’analyse phonologique. En outre, 95 % des élèves qui savent segmenter des mots écrits en syllabes (PA-PA, TA-PIS, CHO-CO-LAT) en tout début de CP (pourtant, ils ne savent pas encore lire) sont bons ou très bons lecteurs en fin de CP (2). Conclusion : on peut aider l’ensemble des élèves en leur laissant prendre appui sur la représentation écrite des mots ou des syllabes qu’on leur demande d’analyser.

Il convient donc de recommander aux enseignants d’associer le plus souvent possible, dans ces activités, les deux formes de stimuli (oral et écrit). Par ailleurs, il faut se limiter en maternelle aux unités les plus faciles (mots, syllabes, rimes…) et n’aborder les relations graphème-phonème qu’au CP. C’est une exigence démocratique minimale.

La production d’écrits au quotidien

Pour les enfants qui n’ont pas une grande expérience de l’écrit, c’est en écrivant qu’ils peuvent le mieux s’approprier la langue écrite, activement et de manière accélérée. Avec l’attention au langage oral, c’est le levier le plus décisif dans la démocratisation de l’école. De là, l’idée d’organiser des ateliers d’écriture quotidiens dès que possible (au CP, voire en fin de GS). Pour que cette pratique se généralise, il convient de privilégier des textes courts et les situations qui favorisent l’autonomie (cf. les situations oulipiennes) et de donner aux élèves des outils d’autonomie : textes références, glossaires illustrés, puis, dès le CE1, dictionnaire orthographique à entrée phonologique(3).

L’appropriation de l’orthographe

Outre un handicap - qui peut être lourd - dans la production d’écrits, une conséquence invisible du recul des performances en orthographe est le retard dans la reconnaissance orthographique des mots, alors que celle-ci facilite la compréhension et l’acquisition du vocabulaire en lecture (4).

Il convient de réagir avec vigueur. La piste la plus intéressante : faire écrire quotidiennement les élèves (voir ci-dessus) et leur fournir des outils d’autonomie qui leur évite d’avoir à inventer l’orthographe des mots. On restreint ainsi pour l’essentiel les risques d’erreurs aux accords et aux homophones.

Pour garantir le transfert des connaissances en situation d’écriture, l’apprentissage de la grammaire doit partir des besoins des élèves en production.

On peut toujours enseigner précocement les règles. Mais il vaut mieux, tout le temps nécessaire, permettre aux élèves de s’appuyer sur des listes analogiques et sur l’intuition de la langue. Quand, grâce à cela, ils ont acquis une première maîtrise pratique des accords, il devient possible de chercher à les « théoriser » avec des règles. Ce chemin est à la fois le plus sûr et le plus rapide.

1 - Voir Boisseau, 2005, Enseigner la langue orale en maternelle, Retz-CRDP de l’académie de Versailles.
2 - Ouzoulias & Fischer, 2012, « […]y a-t-il un rôle déterminant d’une première compréhension de la graphophonologie […] », in Inégalités scolaires et résilience, FNAME-Retz.
3 - Ouzoulias, 2004, « La production de textes courts… », in Comprendre et aider les élèves en difficulté, FNAME-Retz.
4 - Ouzoulias, 2011 : http://media.eduscol.education.fr/f...