Cinéma
Sur le chemin de l’école
10 septembre 2013
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A la veille de la sortie en salle de son film « Sur le chemin de l’école » [Fenêtre sur cours] a rencontré Pascal Plisson, reporter et cinéaste

« Sur le chemin de l’école » montre les difficultés quotidiennes vécues par quatre enfants pour se rendre à l’école. Comment vous est venue l’idée du film ?

J’ai habité au Kenya durant une dizaine d’années pendant lesquelles je voyais souvent passer des enfants avec des cartables en me demandant où ils allaient. Un jour, lors d’un repérage dans le nord du pays, j’ai vu arriver vers moi trois jeunes guerriers turkanas qui n’avaient ni lance, ni casse-tête, ni armes, juste un petit sac de jute en bandoulière. Ces jeunes de 15 ans m’ont expliqué qu’ils avaient renoncé à leur vie d’aventurier dans la savane pour aller vers le savoir. Ils couraient déjà depuis une heure et demie et il leur en restait autant pour arriver à l’école. Cette rencontre m’a donné l’idée de faire un film sur ces enfants pour qui l’éducation est d’un accès très difficile et qui ont pourtant compris qu’elle était indispensable à leur avenir.

En plus du Kenya, vous avez choisi l’Inde, le Maroc et l’Argentine, pourquoi ces pays ?

Comme cinéaste, je parcours le monde depuis vingt ans et je connaissais déjà bien ces pays. En Inde, l’école n’est obligatoire que depuis 2010 et on trouve beaucoup d’histoires atypiques autour de ces enfants qui découvrent l’institution scolaire. Au Maroc, la situation de Zahira m’a été proposée par l’association Aide et Action et le cas de cette jeune fille qui veut étudier malgré le poids de la tradition islamique et grâce au soutien familial m’a tout de suite intéressé. Pour l’Argentine, on cherchait une situation originale et différente des autres et je me suis souvenu de ces enfants de Patagonie qui allaient tous les jours à l’école à cheval.

Qu’avez vous constaté des conditions de scolarité de ces enfants ?

L’école dans ces quatre pays est gratuite aujourd’hui et c’est un élément essentiel pour permettre la fréquentation d’un maximum d’enfants. La cérémonie du lever du drapeau très importante est un moment de remerciement collectif au pays pour le cadeau qu’ils font à leur jeunesse. La plupart de ces enfants sont extrêmement motivés et font preuve d’un courage incroyable. Mais chacun des quatre cas montre aussi l’importance de la volonté et de l’aide de la famille. Malgré les difficultés de trajet, le nombre d’élèves, l’absence de matériel, ces enfants obtiennent des résultats remarquables.

Comment avez vous procédé pour réaliser votre documentaire ?

L’avantage que j’avais est qu’aucun des enfants n’avait jamais été confronté à une caméra et n’avait une idée de ce que je voulais faire. D’ailleurs je ne leur ai surtout pas montré les images que je tournais. Après avoir étudié et décortiqué leur parcours, je plaçais ma caméra aux endroits que j’avais trouvé intéressants. Je ne leur ai donné aucune indication si ce n’est celle de ne pas me regarder. Ensuite, j’ai eu la chance d’assister à certaines scènes spectaculaires comme la fuite des enfants devant les éléphants. Même si ça n’a rien d’exceptionnel au Kenya où l’an dernier cinq enfants ont été victimes de la charge de ces animaux, les plus dangereux de la savane.

À la lumière de cette expérience, avez vous changé de regard sur l’école française ?

Les enfants que j’ai filmés ont conscience que l’école est une chance et qu’elle va leur permettre de s’élever. Les gamins d’ici ont peut-être perdu cette idée que les savoirs sont essentiels. Je n’ai pas fait ce film pour les critiquer car chaque monde a son rythme de vie, ses problèmes, ses dangers . Je connais des enfants d’ici en grosse difficulté alors qu’ils habitent à quatre minutes de l’école. Mais peut-être que la facilité d’accès à notre système éducatif ne fait plus rêver les enfants et les empêche de considérer l’école comme un droit universel précieux pour ceux qui en bénéficient.

Votre film peut-il être projeté dans les écoles ?

Je l’espère. Nous avons fait une projection pour des CM1-CM2 qui ont beaucoup aimé le film. La situation des enfants du film les a interpellés et a suscité beaucoup de réflexions et de questions. Ils admirent leur courage et leur responsabilité, particulièrement la façon dont ils s’occupent des plus jeunes. Ils suscitent également un peu d’envie. Les enfants d’ici aimeraient bien qu’on leur fasse plus confiance, qu’on leur donne plus d’autonomie, y compris sur le trajet qui les mène à l’école.

Voir :
- la bande annonce du film