Dossier : "Sorties scolaires | L’école hors les murs "
Sorties scolaires :: L’école hors les murs
19 avril 2014

Que reste-t-il des sorties scolaires ? Ce n’est pas l’Education nationale qui en parle le mieux, mais les acteurs locaux du tourisme et les mouvements d’éducation populaire. En mai 2011, l’association nationale des maires de stations de montagne prenait une initiative pour tenter d’enrayer le déclin des classes de découvertes. Des rencontres étaient organisées avec l’ensemble des partenaires impliqués dans leur organisation avec partout ce même constat. Qu’il s’agisse de classes de neige, de classes de mer, de classes vertes, de classes nature… l’engouement n’est plus au rendez-vous. Moins de séjours, pour des durées plus courtes, le constat était sans appel. Cette diminution est difficilement quantifiable, les professionnels de la montagne estiment que dans leur secteur le nombre de séjours a diminué de plus de 16% entre 2007 et 2011. Un chiffre à rapprocher de ceux avancés par la députée de la Sarthe Béatrice Pavy qui dans un rapport publié en 2004 estimait qu’entre 1995 et 2002, le nombre de séjours de cinq nuitées et plus avait diminué de moitié. Même son de cloche du côté des associations d’éducation populaire. A titre d’exemple, l’enquête réalisée par la Ligue de l’enseignement sur la fréquentation de ses équipements en Haute- Savoie se passe de commentaires. Dans ce département « témoin », entre 1995 et 2008 le nombre de classes de neige a diminué de plus de 25% tandis que celui des nuitées a régressé de près de 52% (voir graphique). Pourquoi une telle évolution ? Les explications ne manquent pas. Transplanter sa classe est devenu de plus en plus compliqué. Un montage de dossier soumis à une inflation de démarches administratives, des financements de plus en plus difficiles à réunir, une judiciarisation de l’espace public qui fait craindre le moindre incident… autant de facteurs qui ne sont guère incitatifs pour les enseignants (lire l’article).

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Donner du sens aux apprentissages

Car il faut bien le reconnaître, organiser ou pas une sortie, c’est d’abord un choix individuel, parfois un engagement à deux ou à trois maîtres d’une même école. Officiellement l’Education nationale continue d’encourager de telles initiatives, mais sur le terrain la hiérarchie ne se montre pas toujours empressée d’aider à lever les obstacles. Résultat : un véritable parcours du combattant. Pointée aussi, la diminution des moyens, notamment celle des collectivités territoriales dont la participation reste un levier déterminant. Mais la volonté politique, quand elle est là, ne suffit plus. Les budgets des communes sont de plus en plus serrés, certaines qui possédaient des centres de vacances s’en défont, trop lourds à gérer, trop coûteux. Un phénomène similaire est observé chez les associations propriétaires d’un parc immobilier, parfois vieillissant. Et puis bien souvent il faut encore convaincre les parents. Le discours sur le recentrage de l’école sur les enseignements fondamentaux, la mise en cause de la professionnalité des enseignants, de la pédagogie, toutes les attaques dont l’école a été la cible durant une décennie n’ont pas été sans dommages collatéraux. Aller se promener en forêt, ramasser des glands au pied des chênes, observer les animaux… à quoi ça sert ? Lire, écrire, compter, le rapport n’est pas toujours immédiat, mais la mise en situation permet de donner du sens à des apprentissages pouvant s’avérer trop théoriques, notamment pour les élèves les plus éloignés des codes de l’école. « Les sorties constituent un moyen de donner du sens hors l’école à certains apprentissages. En faisant découvrir par exemple que la lecture est utile pour se diriger grâce à un plan dans une ville ou dans un musée… » explique Annette Gonnin-Bolo, chercheure en sciences de l’éducation. « Sortir de l’enceinte de l’école, c’est partir à la découverte du monde extérieur. Le rôle de l’école est de donner des clés de compréhension du monde » rappelle-t-elle à ceux qui l’auraient un peu trop vite oublié (lire l’entretien).

Un autre regard sur l’élève

L’école Charles Péguy à Tours (Indre et Loire) est située dans un quartier populaire. « Les élèves ne font presque jamais aucune sortie culturelle », commente une des enseignantes de l’équipe. Ici il ne s’agit pas de transplanter la classe, mais d’organiser des sorties régulières pour partir à la découverte du patrimoine, pour aller rencontrer des oeuvres. « La sortie est un point de départ, ou une illustration de ce qui se fait en classe » insiste une autre enseignante (lire l’article). A l’école Saint-Exupéry de Langon (Gironde), deux instits ont choisi de partir à la découverte des milieux dunaires dans les Landes. Les bénéfices qu’y voient les deux enseignantes sont multiples. « En classe on est dans la modélisation, là on touche au concret », argumentent-elles, mais ce travail permet aussi d’approcher les parents dans un autre contexte. Olivier Ivanoff, journaliste à la revue des CEMEA, insiste sur la dimension du rapport au réel. « Certaines choses n’existent pour beaucoup que sous une forme virtuelle. Les sorties permettent de construire des perceptions visuelles, auditives, sensitives du monde réel ce qui ensuite influe globalement sur l’ensemble de leurs apprentissages » (lire l’entretien), dit-il. Et puis les sorties c’est aussi un moyen de travailler sur le vivre ensemble, de modifier le rapport de l’enfant à l’école, de changer les regards entre maîtres et élèves. Non, elles ne manquent pas les bonnes raisons de sortir l’école hors des murs.

L’ensemble du dossier :

- Sorties scolaires :: L’école hors les murs
- Sorties scolaires : Une démarche complémentaire
- Sorties avec nuitées : Des classes à redécouvrir
- « Travailler autrement que dans l’immédiateté »
- Patrimoine à Tours :: Un voyage dans le temps
- La Haute-Savoie, département « témoin »
- Langon se met à l’eau :: Partir quand même
- « Rompre avec l’espace scolaire habituel »
- En bref