Dossier : "Sorties scolaires | L’école hors les murs "
Sorties avec nuitées : Des classes à redécouvrir
19 avril 2014

Après quarante années d’essor ininterrompu, le nombre de séjours en classes de découverte est en recul. Des obstacles de plus en plus nombreux se dressent en effet sur la route des enseignants qui souhaitent partir avec leurs élèves.

Les classes de découverte sont nées après la seconde guerre mondiale d’abord guidées par des préoccupations hygiénistes. Il s’agissait alors d’envoyer les enfants des villes au grand air. Ce n’est qu’à partir de 1957 qu’elles se diversifient et qu’apparaissent classes de mer et classes vertes. Mais le grand essor de ces classes transplantées intervient à partir de 1982, à l’initiative d’Alain Savary, alors ministre de l’Éducation nationale : de 51 000 élèves en 1967, on passe à 350 000 en 1982.Un chiffre qui ne fait que gonfler jusqu’en 2002, date de la dernière enquête publiée par le ministère qui fait état de 700 000 départs soit 12,9 % des élèves de primaire. Plus d’enquête nationale depuis cette date, malgré un rapport remis à Jean-Pierre Raffarin en 2004, ce qui semble traduire un désintérêt des pouvoirs publics quant à cet outil pédagogique, désintérêt confirmé sur le terrain par un recul sensible des séjours longue durée.

Un parcours du combattant

Pourquoi cette désaffection ? Certainement la conjugaison d’un ensemble de facteurs d’autant plus empêchants que l’organisation des classes de découverte reste intimement liée à l’initiative individuelle et à la motivation des enseignants. L’intérêt de ces classes, défendu de tout temps par les militants de l’éducation nouvelle, doit toujours être démontré à mesure que grandit la pression sociale pour un recentrage de l’école autour des fondamentaux du lire-écrire-compter. Et les « bonnes vacances ! » lancés aux enseignants le jour du départ balisent le chemin qu’il reste à parcourir pour convaincre certains parents. Quelques accidents très médiatisés (et très rares) ainsi que la montée d’une psychose collective autour d’affaires de mœurs participent de ce contexte difficile. Pour l’enseignant volontaire, il s’agit déjà d’élaborer un montage financier toujours plus délicat sur fond d’inégalités territoriales et de budgets contraints pour les communes. Puis de compléter un dossier fastidieux exigé par une administration qui semble entraver plutôt que faciliter. Pas de formation initiale ou continue ni d’accompagnement aux projets, des postes des personnels détachés supprimés, peu d’effort de promotion, aucune valorisation pour les enseignants engagés, il semblerait que l’éducation nationale ait entièrement abandonné le terrain aux associations complémentaires qui continuent à se battre pour faire vivre un outil pédagogique sans équivalent. Le rapport de la députée Béatrice Pavy listait en 2004 tous les apports des classes de découverte : confrontation des enfants au réel, découverte d’un environnement nouveau, apprentissage des règles de vie collective et renforcement des liens, expérience de la séparation avec la famille, et cerise sur le gâteau, moment de vie heureux destiné à rester gravé dans les mémoires... Pourquoi donc faudrait-il se priver d’une telle richesse ?

L’ensemble du dossier :

- Sorties scolaires :: L’école hors les murs
- Sorties scolaires : Une démarche complémentaire
- Sorties avec nuitées : Des classes à redécouvrir
- « Travailler autrement que dans l’immédiateté »
- Patrimoine à Tours :: Un voyage dans le temps
- La Haute-Savoie, département « témoin »
- Langon se met à l’eau :: Partir quand même
- « Rompre avec l’espace scolaire habituel »
- En bref