L’Observatoire international de la violence, sous la direction d’Eric Debarbieux, vient de remettre au Conseil général de Seine-Saint-Denis un pré-rapport sur le climat dans les établissements scolaires du département. Cette enquête abordait également la victimation des personnels.
Le rapport montre que « la violence scolaire en Seine-Saint-Denis n’est pas aussi explosive que ce que laissent supposer les médias mais qu’elle est une préoccupation forte pour un nombre important de personnels.
Près de 3 personnels sur 4 jugent le climat scolaire bon ou plutôt bon et ils sont même 8 sur 10 en élémentaire et 9 sur 10 en maternelle. Ce qu’il était demandé de juger au travers de 12 variables concerne les qualités du vivre ensemble (avec les élèves et entre les adultes) mais aussi le sentiment de sécurité personnelle et la perception du degré de violence dans l’établissement ou son environnement.
| Climat scolaire | Fréquence |
|---|---|
| Médiocre | 2,9% |
| Plutôt médiocre | 23% |
| Plutôt bon | 56,8% |
| Bon | 17,3% |
Les directeurs d’école et les personnels de direction ont une appréciation bien plus positive du climat scolaire que les adjoints. Hommes et femmes perçoivent de la même manière le climat scolaire. Les « tout nouveaux » dans le métier ont une bonne image du climat scolaire, perception qui se dégrade fortement pour ceux qui ont entre 2 et 7 ans d’ancienneté.
Dans les établissements de l’éducation prioritaire, mais aussi plus généralement dans l’ensemble des collèges et des lycées professionnels le climat scolaire est perçu plus négativement, en particulier pour ce qui concerne la violence. Près de 10% des enseignants des écoles primaires de l’éducation prioritaire ne se sentent pas en sécurité. La violence perçue et la discipline sont les deux items fortement corrélés à la dégradation du climat scolaire. A l’inverse le fait d’être respecté par la direction et par les élèves, l’impression de sécurité personnelle sont des éléments de satisfaction.
L’enquête de victimation des personnels est une démarche importante car elle met en évidence le décalage « entre la connaissance institutionnelle du phénomène et la réalité des agressions subies ». Cette victimation est principalement constituée de violences verbales et symboliques, très rarement de violence physique et l’étude confirme qu’elle s’exerce dans l’établissement.
53 questions étaient posées aux personnels sur la violence verbale (insultes, menaces, cyberviolence), la violence physique (coups, blessures), les vols et dommages aux biens (vol d’objet personnel ou d’argent, dégradation de véhicule...), le harcèlement et les violences symboliques (harcèlement, sexisme, racisme, homophobie, ostracisme), ainsi que sur les auteurs, la fréquence, les conséquences. Les auteurs précisent que le questionnaire ne prenait pas en compte toutes les difficultés éventuelles que peuvent rencontrer les personnels comme les faits d’indiscipline, les rapports difficiles avec la hiérarchie ou avec les parents ou même des questions comme le bavardage incessant ou le manque de reconnaissance social...).
| Injures | 44,5% |
| Ostracisme | 18% |
| Menaces | 16,3% |
| Vol | 13% |
| Bousculades | 11,7% |
| Harcèlement | 10,9% |
| Vol argent | 2,7% |
| Coups | 2,2% |
| Cyberviolence | 1,2% |
| Harcèlement sexuel | 1% |
| Blessure avec arme | 0,1% |
Une des données étonnantes de l’enquête est le pourcentage élevé des types de victimation entre adultes : l’ostracisme entre collègues (18% des répondants disent avoir été mis à l’écart) et le harcèlement (11% disent en avoir été victimes depuis le début de l’année). Autre donnée inquiétante, la répétition et la l’association des victimation sont importantes alors que l’on sait que cette répétition est à la base « de phénomènes de stress intense, de perte d’estime de soi et de démotivation professionnelle ». Si 62% des personnels font part de victimation très faible, ils sont près de 17% à déclarer une victimation répétée. Les enseignants de collège et de SEGPA sont les plus exposés. La victimation diminue avec l’âge te avec la sortie de l’éducation prioritaire.
Le manque de formation est critiqué par les personnels, d’autant plus fortement qu’ils sont plus jeunes dans le métier. Les 3 principales propositions qui émergent sont la réduction du nombre d’élèves dans les classes, le travail en équipe et le travail avec les parents. Les solutions sécuritaires arrivent loin derrière. Sur la formation la dénonciation est identique quel que soit le degré d’enseignement. A noter que le travail en équipe est très clairement plébiscité par les enseignants du premier degré. Ces propositions sont validées par le fait – confirmé par l’enquête – que les faits de violence contre les personnels sont massivement commis à l’intérieur des établissements par des élèves, la violence « extérieure » étant rarissime.
L’enquête définitive sera publiée en mars 2012. Elle a été réalisée en décembre 2011 par mailing à l’adresse professionnelle des personnels ainsi qu’aux sociétaires MAIF.
Un autre enquête de victimation des enseignants du premier degré sera également publiée en mars 2012 par l’Observatoire. Elle a été réalisée auprès de plus de 12 000 enseignants.
L’appel à enquête (mai 2011) sur le site du SNUipp