Sciences en réseau, de la maternelle au collège
2 février 2016

Pour la 3e année consécutive, des élèves de CM, 6e et 5e se préparent à accueillir au collège REP+ Paul Riquet de Béziers (34) toute une école maternelle autour d’ateliers scientifiques durant une semaine. À eux de guider les tâtonnements des plus jeunes ; et ils ont hâte.

Des voitures, des avions c’est la première chose que les PS-MS de Cathy Serin remarquent ce mercredi matin, école maternelle Carnot sur les hauteurs de la vieille ville de Béziers. Sauf qu’ils ne sont pas dans un coin jeu. Sur la table on va classer ce qui vole, roule, navigue, puis construire un véhicule en volume. Du haut de leurs 3-4 ans, ils ne savent pas encore qu’ils entrent ici dans une démarche scientifique qui les mènera jusqu’au collège où des grands, trois têtes de plus qu’eux, les piloteront d’un atelier à l’autre, lors d’une Semaine de la science en juin. « Véhicules » est un des thèmes que maternelles, élémentaires et collégiens travaillent cette année, chacun à leur niveau, avant de se retrouver. Tous les matins, un CM2 de l’élémentaire voisine, Gaveau-Macé et un collégien volontaire, auront la charge de deux petits. « Pour expliquer l’atelier, leur demander ce qu’à leur avis il va se passer puis les laisser expérimenter », relate Christine Leclercq la coordinatrice du REP+.

À l’origine, la maternelle et sa jeune directrice Marion Lopez qui arrive il y a trois ans avec « la volonté de développer les sciences en maternelle », explique-t-elle. A la réunion école-collège qui suit, elle lance l’idée, reprise aussitôt par la coordonnatrice et les professeurs de sciences. Enseignants du primaire et du secondaire se rencontrent pour élaborer ensemble les séquences, chacun apporte son expertise de la discipline ou des jeunes élèves.

La première Semaine de la science réunit plus de 200 élèves. Les ateliers sont ensuite repris en maternelle car depuis, les sciences y ont trouvé leur place, le mercredi matin, avec programmations et outils communs. « On se sent plus à l’aise », témoigne Cathy. La lecture d’albums lance les nouvelles notions, comme « Jack et le haricot magique » pour les graines. Puis les élèves vont planter et assister aux étapes de la germination, afin d’être prêts pour les nouveaux ateliers de juin où ils auront, entre autres, à ranger des images séquentielles.

Transmettre, c’est un métier

De leur côté, les CM et collégiens suivent une formation de tuteurs prodiguée par la coordinatrice et l’enseignante chargée des sciences à l’élémentaire, pour apprendre « à ne pas faire à leur place, expliquer avec des mots simples  », explique Ima, élève de CM2. Si les grands « se régalent de transmettre leurs savoirs tout neufs », comme dit Cathy, les petits les mémorisent bien mieux que sur fiches, avec l’affectif de la rencontre, « On a cassé des coquillages avec les grands et cela a fait du sable », relate Myriam aujourd’hui dans le CP de Caroline Laboissette, « Quand on retravaille la notion, ils font référence à ce qu’ils ont fait ». Les tuteurs se rendent compte aussi que transmettre… c’est un métier. A 3 ans, on bouge, on touche à tout. Ou alors on vous fixe, les yeux ronds. Il faut « répéter, mieux formuler nos phrases » a retenu Aude, élève de 5ème. Les adultes voient les changements d’attitudes. Chez les maternelles, « même les plus remuants sont impressionnés par les grands, réceptifs », remarque Cathy. Et ces grands se découvrent des trésors de patience. Il faut dire que le tutorat, on connaît dans ce REP+, « On peut avoir 7 ou 8 niveaux différents dans les classes », explique Marie-Rose Smart, directrice de l’école Gaveau- Macé, « alors ils sont habitués à aider un camarade. La difficulté là est de s’adapter à de très jeunes ». Les enseignants apprennent également beaucoup les uns des autres et cassent certaines images. Après avoir donné beaucoup de leur temps, les équipes ont accueilli avec soulagement les heures de formation REP+ qui permettent réunions, observations de séances dans les autres classes, élargissement du projet. Pour Caroline, « Ça nous a changé la vie ».


« Le tutorat donne un don d’ubiquité » : Trois questions à Sylvain Connac, maître de conférences à l’université de Montpellier

Professeur des écoles jusqu’en 2010, Sylvain Connac est désormais maître de conférence à l’université Paul Valéry de Montpellier, en sciences de l’éducation. Ses travaux de recherche portent sur la mise en place de la coopération à l’école et la personnalisation des apprentissages.

Qu’est-ce que le tutorat entre élèves apporte aux uns et aux autres ?

Pour les tutorés, cela permet de lutter contre l’ennui scolaire. Le fait qu’il y ait des personnes ressource dans l’espace scolaire autres que l’enseignant, permet aux élèves qui rencontrent un obstacle d’obtenir l’information qui leur manque plus rapidement et de poursuivre leur activité cognitive. Cela développe ce que l’on appelle le « temps d’exposition aux apprentissages ». Ensuite, cette possibilité donne de la valeur à leur environnement, contribue à un climat de classe serein. Mais on s’est rendu compte que les principaux bénéficiaires sont les tuteurs eux-mêmes. Ils doivent remobiliser des savoirs déjà ancrés, cela les aide à mieux mémoriser. Ensuite, ils doivent mettre leur pensée en langage, transformer les informations qu’ils ont comprises en mots. Et le tuteur va rencontrer la même résistance qu’un enseignant dans ses explications, il va prendre conscience que ce qu’il a compris, ce qui lui paraît évident ne l’est pas forcément pour son camarade. Il va devoir diversifier son entrée dans le savoir, développer sa créativité pour expliquer autrement, de manière adaptée. Enfin on s’est rendu compte que cela développe des comportements d’ouverture à l’autre, d’altruisme.

Quel est l’apport en termes de savoirs par rapport à la relation professeur - élève ?

Les élèves vont expliquer autrement mais l’enseignant reste le plus efficace dans l’aide apportée, sa façon de s’exprimer est plus professionnelle, plus ajustée. L’avantage est qu’un système de tutorat va lui donner un don d’ubiquité… Lorsque la consigne est passée, il n’est plus le seul référent, les élèves accèdent plus rapidement à une aide et augmentent donc leur temps passé sur les apprentissages. Ils attendent moins et parfois osent plus demander à un camarade qu’à l’enseignant.

Quelles sont les conditions d’un tutorat réussi ?

La première condition est de ne pas réserver le statut de tuteur aux seuls élèves réussissant le mieux scolairement sinon on prive les plus en difficulté des bénéfices du tutorat et on exacerbe les inégalités scolaires, ce qui est le contraire de l’effet recherché. Il est donc intéressant dans une classe que la possibilité d’accéder à cette fonction soit offerte à tous les élèves. Cela va avec l’établissement de règles, l’interdit de moquerie, l’organisation de ce tutorat (tableau, billets) et la formation des élèves pour expliciter ce que l’on attend d’eux.


Ressources

Outils : une démarche scientifique unifiée

De la maternelle au collège, les enseignants ont élaboré une démarche scientifique commune, avec deux niveaux de lecture, pour les plus grands et les plus jeunes. Identification du problème (ce que l’on nous demande), formulation d’hypothèses (ce que je pense du problème) etc. L’affiche est exposée dans chaque classe du réseau, de la maternelle aux salles de sciences. L’équipe a également rédigé le déroulement des ateliers, un contrat des tuteurs, des outils clés en main pour tout établissement intéressé.
- Plus d’infos sur l’expérithèque d’Eduscol

Innovation : le projet en vidéo

En raison de sa sélection aux Journées de l’innovation 2015, l’action Sciences en réseau de Béziers a bénéficié d’une vidéo tournée par les équipes de Canopé. Une délégation s’est rendue à Paris pour présenter l’initiative, qui n’a pas remporté de prix mais la satisfaction d’échanger et d’être conseillée, accompagnée par la Cardie (Cellule académique en recherche et développement dans l’innovation et l’expérimentation)
- La vidéo

Prolongement : tutorat aussi en EPS

Ce tutorat inter-degrés peut se décliner dans d’autres disciplines et c’est ce qu’ont décidé de faire en EPS deux enseignantes de PS-MS, Cathy Serin, de CP, Caroline Laboissette, en collaboration avec deux classes de 6ème du collège Paul Riquet. Les quatre classes suivent le même cycle, gym, athlétisme, sports collectifs puis des rencontres se déroulent sur une semaine, les 6èmes encadrant au collège les ateliers où se succèdent les plus jeunes. Photos, productions d’écrits, exposition vont présenter le tout en fin d’année.