Le théâtre au service de la langue
Saint-Jean-de-Luz ; entretien avec Pascale de Clauzade ; en ligne
9 mai 2011

Dans les Pyrénées-Atlantiques, une classe de l’école Aïce-Errota s’est plongée en immersion linguistique pour privilégier l’apprentissage de l’espagnol grâce à l’initiative de l’association Langues en scène.

- Saint-Jean-de-Luz : Le théâtre au service de la langue
- Entretien avec Pascale de Clauzade, Présidente de l’association Langues en scène
- En ligne


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À St-Jean-de-Luz il y a toujours eu une forte demande des parents pour apprendre l’espagnol  » confie Anabel Campo, maîtresse de CP-CE1 à l’école Aïce-Errota. Ainsi, quand l’IEN a présenté la démarche de l’association Langues en scène, Anabel a immédiatement accepté tant l’idée lui a paru bonne  : «  mettre le théâtre au service d’une langue étrangère  ». Un intervenant comédien professionnel, natif d’Espagne et qui s’exprime exclusivement en espagnol face à une classe francophone, une gageure qui semble hasardeuse. Et pourtant, les élèves n’ont pas été déroutés, grâce à une consigne simple  : pour chaque situation les mêmes étapes  : je regarde, j’écoute et je comprends puis je reproduis.
Pour faciliter l’immersion, Anabel Campo a accepté la proposition de l’intervenant dès le mois de janvier, de regrouper les 18 heures de son intervention  : une séance de deux heures quotidiennes pendant deux semaines. Un rythme intensif pour des élèves de CP-CE1, mais qui leur a permis de réaliser des progrès fulgurants.
Car la démarche de Langues en scène «  mobilise en permanence les enfants pour faire des hypothèses sur le sens  », ce qui leur permet de «  ne pas avoir peur d’un code inconnu  », révèle José Manuel Ruiz, membre de l’association et enseignant-chercheur qui travaille sur les liens entre art et didactique. Et puis, «  en dehors du langage, le théâtre c’est le corps, la culture, le jeu...  » Ce qui suppose que les gestes soient associés à la parole. Chaque séance débutait donc par des exercices d’expression corporelle, de concentration et de détente, sans un mot de français, ce qui constituait une excellente mise en condition. La 1ère semaine a été consacrée au travail sur les intonations, à la musicalité de la langue, en appliquant le programme : la vie quotidienne, le temps qu’il fait, le schéma corporel... Ce qui a permis à Anabel Campo de développer une autre manière d’enseigner la langue à travers des exercices qui ne sont pas habituellement utilisés dans cet objectif. Le comédien commençait par jouer et mettre en mots différents moments de la journée  : je me lève, je prends mon petit déjeuner, ma douche... Puis les élèves mimaient la situation et ajoutaient un mot  : par le geste, les enfants sont entrés spontanément dans l’activité, à tel point qu’ils «  en venaient à oublier que les consignes étaient passées en espagnol  » assure l’enseignante.
Ce n’est que deux mois plus tard que les élèves ont entamé la seconde phase du projet : mettre en scène une pièce de théâtre à partir d’un album transposé en espagnol par le comédien, conjointement avec la maîtresse, elle-même bilingue. Lu pour la première fois par le comédien aux enfants grâce aux illustrations, ce support de travail n’a été abordé en français que quelques temps plus tard afin de valider la compréhension fine du texte.
Au cours de ces deux mois, Anabel Campo a poursuivi seule avec sa classe le travail d’apprentissage par la lecture quotidienne du texte, puis est venue la répartition des rôles à tenir, par tirage au sort, sur proposition des élèves eux-mêmes. Quand le comédien est revenu avant les vacances de printemps, le travail de mise en scène pouvait dès lors se concrétiser, par la mémorisation du texte, le placement des acteurs, le «  je sais qui je suis, je sais quand je parle et je sais où je me place  » résume Anabel.
A la rentrée, les enfants se sont vus en vidéo, ce qui leur a permis de déceler ce qu’il y avait à perfectionner  : la prononciation, l’articulation, le placement par rapport au public. Car le spectacle, intitulé Rosa Chicle (traduction de Rose bonbon d’Adéla Turin) sera joué dans une vraie salle dans le cadre du Festival des planchettes, un festival de théâtre pour enfants, le 30 mai prochain à St-Jean-de- Luz. L’occasion pour eux de montrer le travail accompli autour d’un projet transdisciplinaire. Les enfants ont-ils le trac  ? «  Pas du tout  » assure Anabel «  ils s’amusent comme des p’tits fous en répétant et sont fiers de leur belle prononciation. Et puis nous avons des propositions pour aller jouer en Espagne...  »


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Entretien avec Pascale de Clauzade, Présidente de l’association Langues en scène

- Comment vous est venue l’idée de faire pratiquer les langues aux enfants par le théâtre ?

  • J’ai fait beaucoup de théâtre étant jeune et cette pratique m’a énormément aidée dans mon développement personnel. Après mes études, j’ai vécu à l’étranger où j’ai souvent été appelée à voyager, j’ai trouvé très frustrant de ne pas parler la langue du pays qu’on visite, de ne pas pouvoir échanger avec les habitants et partager leur culture  : il ne faut pas oublier que la culture commence par la langue... Si on ajoute à cela que l’enseignement des langues n’est pas forcément adapté aux exigences de la société actuelle, le théâtre m’a semblé un vecteur essentiel pour que les enfants prennent du plaisir tout en mémorisant par la gestuelle. Ensuite, une première expérience en espagnol dans une école de Biarritz, en 2010, a validé ce qui n’était qu’une idée...

- L’association est donc guidée par des principes pédagogiques précis...

  • Vous savez, je suis arrivée à un âge où j’ai plus envie de donner que de recevoir et d’ailleurs je n’interviens pas moi-même en classe. Le but de l’association est de proposer aux enseignants un soutien en langues et aussi de donner la possibilité à tous les enfants de bénéficier de cette pédagogie. Après, Langues en scène ne prétend pas se substituer aux enseignants  : nous respectons les contenus et les horaires impartis par les programmes scolaires et les comédiens travaillent en étroite collaboration avec l’enseignant de la classe. Nous ne nous rattachons pas à un courant pédagogique particulier, même si nous avons beaucoup travaillé sur la pédagogie du théâtre en France et à l’étranger. Nous essayons surtout de nous adapter aux besoins des enseignants tout en proposant une démarche pédagogique originale, ce qui permet aussi un partage de l’expérience et des compétences des intervenants respectifs.

- Beaucoup d’écoles ont monté un spectacle de théâtre avec Langues en scène ?

  • Je ne parlerais pas de spectacle mais de représentation, le théâtre étant l’outil mais pas la finalité. Néanmoins, les élèves sont très excités de montrer leur travail à leurs parents et camarades en fin d’année. Notre association est très récente, pour l’instant le projet n’est étendu que sur quelques départements et villes : sur la côte Basque, à Paris, l’année prochaine sur Bordeaux... Si des écoles commencent à nous solliciter, l’essentiel des projets que nous avons menés à ce jour partent des démarches que Langues en scène a effectuées auprès des écoles, après avoir reçu l’aval de l’inspection académique. Après, le rôle de l’association est de trouver les crédits nécessaires auprès des collectivités territoriales, de solliciter des comédiens natifs ayant l’expérience du travail avec des jeunes enfants, et puis de coordonner en fonction des attentes des enseignants.

http://www.langues-en-scene.com/


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- Programmes
La mise en œuvre du socle commun et du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) fixe les objectifs pour chaque cycle en terme de compétences de communication et de connaissance de la culture des pays où la langue est parlée. À l’issue de l’école primaire, les élèves doivent avoir atteint le niveau A1 du CECRL dans l’une des 8 langues concernées : allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, italien, portugais et russe. Pour les cycles 2 et 3, l’enseignement des langues se déroule sur 54 heures annuelles. Ces programmes sont parus au BO hors-série n° 8 du 30 août 2007
http://www.education.gouv.fr/bo/2007/hs8/default.htm

- Régions frontalières
En février 2005, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a adopté une recommandation sur l’enseignement des langues du voisin dans les régions frontalières. Cette recommandation, qui n’a pas force de loi, incite les pays à mettre en œuvre les principes d’une éducation plurilingue, en créant les conditions qui permettent aux écoles de sauvegarder ou d’introduire l’enseignement des langues et de la culture des pays voisins. La France métropolitaine est concernée par l’espagnol, l’allemand et l’italien.
http://www.ciep.fr/courrieleuro/2005/0505_conseil.htm

- EMILE
Le dispositif pédagogique européen EMILE (Enseignement d’une matière par l’intégration d’une langue étrangère) prévoit l’enseignement de tout ou partie d’une discipline en langue vivante étrangère. Cette démarche, qui ne se limite pas aux régions frontalières, permet aux élèves d’améliorer naturellement leurs compétences dans une langue vivante étrangère en concentrant l’essentiel de leurs efforts dans la discipline qu’ils apprennent.
http://www.emilangues.education.fr/