Dossier : "Enseigner : l’école ramène sa science"
Ribambelle à St-Marcellin : les discours de la méthode
19 mars 2014

Même école, mêmes classes, même manuel … et pourtant, chez les trois enseignants de CP de ce village du Forez, on s’aperçoit que l’enseignement de la lecture est aussi une affaire de métier.

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« Le CP, c’est la classe la plus facile. Les élèves savent pourquoi ils sont là et la lecture, ça se fait tout seul, il n’y a qu’à mettre ce qu’il faut à disposition des élèves » annonce un brin malicieux Jérôme, enseignant à l’école de St Marcellin-en-Forez dans la Loire. « C’est aussi la plus difficile, conteste sa collègue Corinne, parce qu’il faut les emmener tous au bout ». Ils sont trois avec Sandrine à enseigner au CP depuis plusieurs années dans cette grosse école de 13 classes. Tout trois travaillent avec « Ribambelle » une méthode qui s’appuie sur des ouvrages de littérature jeunesse. Non choisie au départ puisque présente dans l’école à leur arrivée, elle a été adoptée et mise à la main de chacun. « Avec l’expérience, on enlève ou on ajoute plein de choses » disent-ils. Pour Corinne, ce qui est primordial c’est d’offrir aux élèves plusieurs entrées dans la lecture.

Un manuel, trois méthodes

La lecture globale des mots outils et de quelques mots repère en est une en début d’année mais le travail sur les stratégies de lecture est aussi important. Le travail sur le code est lui abordé de différentes manières soit par l’étude d’un son et la collecte de mots le contenant, soit par une approche syllabique. Mais Corinne garde aussi une place importante et régulière pour un travail de production écrite et d’encodage : chaque jour ses élèves s’entraînent à comprendre une histoire puis à construire une phrase la résumant et à l’écrire. Chez Jérôme, la méthode fournit les supports de lecture mais est plus un garde-fou, un repère pour ne rien oublier et garantir une progression dans les apprentissages. Suite à l’intégration dans sa classe d’une élève non francophone, il a généralisé l’usage de la gestuelle Borel-Maisonny qui associe un geste à chacun des sons. Il ritualise certains moments pour que ses élèves développent des automatismes dans la synthèse syllabique. « Du syllabique oui, confirme Sandrine, mais il faut aussi s’en détacher car certains élèves décodent très bien mais ne comprennent pas du tout ce qu’ils lisent. » Alors on se sert aussi des fichiers « Freinet » qui demandent aux élèves de faire des hypothèses et de les valider en prenant des indices dans les textes ou les mots. Ici, pas de position idéologique sur les méthodes mais plutôt une adaptation aux élèves, une sélection de ce qui fonctionne bien, la récupération d’idées ou d’outils glanés en animation pédagogiques ou lors d’échange entre collègues. Et souvent, notent les trois enseignants, ce n’est pas la méthode qui pose problème mais plutôt les effectifs trop lourds (plus de 25 par classe cette année) qui empêchent de travailler en petit groupe en soutien ou autour du plaisir de lire, les problèmes d’attention ou de comportement qui parasitent les apprentissages, le manque d’autonomie des élèves qui ne permet pas de libérer autant de temps qu’on le voudrait pour aider ceux qui n’ont pas encore décollé. Facile le CP en effet !