Conséquence de la disparition de l’année de formation à l’IUFM, c’est dans les classes que les lauréats du concours 2010 doivent faire la rentrée. Le dispositif mis en place pour accueillir les stagiaires dans les classes « d’enseignants expérimentés » jusqu’aux vacances d’automne est une réponse du ministère aux mobilisations et aux interpellations que le SNUipp n’a cessé de porter. Mais il ne suffit évidemment pas à assurer une formation professionnelle de qualité. Comment dans ces conditions mettre à profit ces quelques semaines de stage ? Que faut-il observer ? Que peut-on attendre des maîtres formateurs ?
Comment passer d’une observation de classe à une pratique efficace ? Et ce au plus vite. C’est en quelques semaines le nouveau défi qui attend tous les enseignants qui font leur première rentrée associés à un maître formateur (PEMF) ou à un maître d’accueil temporaire (MAT). Ce dispositif destiné à accueillir les professeurs stagiaires dans les classes jusqu’aux vacances de la Toussaint avant de les jeter dans le « grand bain »n’était pas prévu dans l’architecture de la nouvelle formation des enseignants fortement contestée par toute la communauté éducative. C’est suite aux mobilisations et à une interpellation écrite du SNUipp que le ministre a décidé pour cette année de ce dispositif en doublette jusqu’en novembre.
« Comment envisager qu’un lauréat du concours puisse être nommé dès la rentrée dans une classe de cours préparatoire, de maternelle ou de cours moyen alors qu’il n’aura bénéficié d’aucune formation professionnelle et dans certains cas jamais effectué de stage en école ? »rappelait le SNUipp dans une lettre adressée au ministre le 18janvier dernier.
De fait, les attentes des stagiaires lors de ces quelques semaines d’accompagnement risquent d’être nombreuses. Comme le reconnaît Sylvie Loctin, PEMF à Nevers, « avec la prise de fonction qui se profile après la Toussaint, la demande de recettes est légitime ». Cette dernière l’entend comme « une recherche d’appropriation de gestes professionnels » : Comment obtenir le calme ? Comment lancer un travail de groupes ? Comment mettre les élèves au travail ? Comment les mettre en situation de recherche ?… Autant de questions professionnelles foisonnantes en signe de préoccupations premières.
Pour Sylvie, « la priorité sera de désamorcer les inquiétudes et d’aider les stagiaires à s’approprier des repères tant dans le fonctionnement de la classe que de l’école mais aussi de la relation aux parents, aux partenaires, ... » . La période d’observation peut être utile à cela car tout n’est pas à réinventer. Il existe bel et bien des attitudes professionnelles repérables qui aident à faire classe. Le maître formateur est là pour les rendre visibles et explicites : travailler l’entrée en classe, lancer une consigne, expliquer une démarche, prévoir la trace écrite des élèves… En même temps, tout ne peut pas être anticipé car le travail des élèves ne s’organise pas systématiquement selon le travail de l’enseignant. C’est ce qui fait la complexité mais aussi la richesse du métier : une adaptation, un réajustement permanent à la situation, des micro décisions à prendre continuellement pour réorienter le travail des élèves, relancer leur attention ou finaliser une séance. Sans compter les aspects organisationnels de la classe, les dispositifs spatiaux, matériels, temporels et humains. S’approprier les conditions de mise au travail des élèves, c’est s’interroger sur la manière de rendre la tâche la plus claire possible, sur les dispositifs à mettre en œuvre, sur la place à prendre dans la situation d’apprentissage, sur le matériel nécessaire, sur la nécessité ou non de faire travailler par groupes…
Afin de se familiariser avec ces différentes et nombreuses réalités qui jalonnent une journée d’école, Sylvie explique qu’il est important qu’après l’observation, « le stagiaire prenne la classe, d’abord sur une séance puis une demijournée voire une journée entière ». Une manière de mettre à profit ces semaines accompagnées d’un maître formateur.
À côté de cela, pour se construire des repères, le stagiaire a aussi la possibilité de puiser dans les ressources, que ce soit dans les publications pédagogiques du CRDP, sur internet ou dans les manuels scolaires. Les documents d’accompagnement des programmes de 2002, disponibles sur le site du SNUipp, fournissent également de précieuses pistes de démarches pédagogiques. Mais bien souvent aussi, les équipes d’enseignants qui ont élaboré des outils riches et variés peuvent constituer une ressource efficace. Pour autant, Frédéric Saujat, maître de conférence à l’IUFM d’Aix-Marseille, reconnaît qu’il est « très éprouvant d’avoir à tout reconstruire lorsque l’on débute ». L’enjeu est donc d’ « outiller les stagiaires afin qu’ils puissent recycler leurs préoccupations dans des occupations plus efficaces autant pour eux que pour les élèves ».
Pour cela, quelques semaines de stages ne suffiront pas à tout s’approprier. Le SNUipp porte d’autres propositions pour la formation des enseignants. En premier lieu, penser l’entrée dans le métier de manière réellement progressive entre des temps de stages indispensables et des temps à l’IUFM pour que le stagiaire analyse sa pratique ou consolide ses connaissances professionnelles. Ces aller-retours indispensables pour construire une professionnalité efficace devraient alors se faire sur deux ans, une année après le concours avec deux tiers de temps à l’IUFM et un tiers de temps en stage, la deuxième année à mi-temps sur le terrain. La double exigence de réussir son entrée dans le métier et de faire réussir tous les élèves le vaut bien.