Dossier "Travail enseignant, le pari du collectif"
Retour d’enquête : un coeur professionnel balloté
1er février 2016

Entre fierté de leur métier et stress, entre motivation et sentiment d’impuissance, entre déception et colère, le cœur professionnel des enseignants du primaire est actuellement balloté et demande clairement à être regonflé. L’enquête réalisée par Harris pour le SNUipp-FSU* montre que le fossé se creuse entre de réelles motivations tournées vers la réussite des élèves et de fortes insatisfactions envers un métier jugé à « bout de souffle ».

Alors que le ministère empile les prescriptions et les annonces, les enseignants se retrouvent trop souvent seuls face à des défis toujours plus complexes. APC, inspection, travail en équipe, formation, salaires, sont les principaux points sur lesquels les enseignants demandent des améliorations.

SITUATION PROFESSIONNELLE

Un jugement toujours négatif...

58 % des enseignants du primaire ne sont pas satisfaits de leur situation professionnelle. Ce pourcentage est en baisse de 5 points par rapport à la même enquête réalisée en 2014 mais il montre que le métier est usant. En effet, si 71 % des enseignants se déclarent satisfaits de leur situation professionnelle dans la première année d’exercice, ils ne sont plus que 42 % à le dire entre 5 et 10 ans d’ancienneté et 34 % après 20 ans d’exercice du métier. D’autre part, près de 9 enseignants sur 10 pensent toujours que la situation s’est dégradée au cours des dernières années.

...un état d’esprit paradoxal mais plus positif qu’en 2014

Si le bilan sur la situation globale du métier reste négatif, les enseignants sont plus nombreux qu’en 2014 à se dire motivés par leur métier et fiers de l’exercer. Mais les sentiments inverses s’expriment également à travers le stress et l’impuissance, là aussi moins qu’en 2014.

HAUTS ET BAS

Des motivations centrées sur les élèves...

Quand on leur demande quels sont les éléments qui les motivent le plus aujourd’hui dans leur profession, les enseignants répondent que c’est la volonté de transmettre un savoir la pédagogie (59 %), et l’ambition de faire réussir les élèves (54 %). Les aspects plus personnels liés à la carrière n’émergent qu’au second plan.

...mais des attentes fortes pour une reconnaissance du métier

L’ambiance de travail (77 %), la diversité des contenus enseignés (73 %) sont les motifs de satisfaction les plus importants exprimés par les enseignants. Par contre plus de 9 sur 10 sont insatisfaits de la formation et de l’accompagnement dont ils peuvent bénéficier et 88 % dénoncent la place trop importante des tâches administratives. Logiquement, les attentes sur ces deux points sont importantes, mais la reconnaissance passe aussi par le salaire et 7 enseignants sur 10 jugent prioritaire la hausse de leur salaire.

INSPECTION, CHANGER DE RAPPORTS

Les relations des enseignants avec les différents acteurs de l’école sont globalement positives, à l’exception de celles entretenues avec l’Inspection et le Ministère. Sans rejeter le principe de l’inspection, plus de 9 enseignants sur 10 souhaiteraient avoir une relation de confiance, plus dans le conseil et moins dans le jugement avec leur inspecteur. 87 % pensent que les modalités d’inspection doivent changer et 70 % souhaitent que leur déroulement de carrière soit déconnecté des notes attribuées à l’issue des inspections. 78 % des enseignants perçoivent l’inspection comme un moment stressant mais, comme en 2014, on n’observe pas de consensus concernant les aspects potentiellement positifs d’un tel exercice : 53 % le jugent constructif, 52% valorisant, 43 % utile et 42% formateur, quand 44 %, 45 %, 54 % et 55 % partagent un avis contraire.

APC : INAPPROPRIEES ET CHRONOPHAGES

81 % des enseignants se déclarent insatisfaits des Activités pédagogiques complémentaires (APC) telles qu’elles existent aujourd’hui. Parmi les raisons de cette désaffection quatre se distinguent de manière significative et relativement consensuelle. Pour 86 % des enseignants, les APC sont trop fatigantes pour les élèves en difficulté. D’autre part, pour plus de 8 enseignants sur 10, leur gestion représente un surcroît de travail important, et 88 % pensent qu’il existe de meilleures solutions pour aider les élèves en difficulté. Enfin, le fait que 72 % des enseignants estiment qu’ils ne sont pas suffisamment formés pour ces activités participe sans doute de la réserve exprimée.

TRAVAIL EN EQUIPE, PLUS DE TEMPS POUR LE PRATIQUER

Élément important de la satisfaction exprimée par les enseignants à l’égard de leur métier, le travail en équipe est jugé majoritairement indispensable. Loin de représenter une entrave à la liberté pédagogique des enseignants (seuls 10% partagent cet avis), il permet selon plus de neuf enseignants sur dix de trouver de meilleures solutions à un problème donné et de soutenir les initiatives à l’échelle de l’école. 84% y voient également une source de soutien psychologique importante. Mais plus de 8 enseignants sur 10 aimeraient travailler davantage en équipe et regrettent le manque de temps pour le faire.

*Enquête réalisée pour le SNUipp-FSU par Harris Interactive du 8 au 21 décembre 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 5 555 enseignants du premier degré.


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- Les résultats complets de l’enquête