Dossier "Nouveaux programmes : un nouvel élan pour la maternelle ?"
Retour d’enquête | Ce qu’en disent les enseignants
13 décembre 2015

Les nouveaux programmes ne se caractérisent ni par leur concision, ni par leur limpidité. Un handicap de taille pour des enseignants qui ont besoin de temps pour les décrypter et les traduire en gestes professionnels quotidiens.

Une école plébiscitée mais toujours en quête d’attention : c’est en résumé le message qui ressort d’une enquête menée par Harris-Interactive [2] pour le SNUipp-FSU auprès des enseignantes et des enseignants de maternelle en novembre dernier. Ils sont en effet près de 80% à estimer qu’aujourd’hui, l’école maternelle fonctionne bien ou très bien. Une école qu’ils décrivent comme « essentielle, dédiée aux apprentissages, à la découverte du monde mais encore à la socialisation dans un climat bienveillant.  » Mais leur vient aussi à l’esprit « la fatigue, le bruit et les classes trop chargées », autant de qualificatifs qui témoignent de la complexité de leurs missions. Pas étonnant dès lors, qu’ils soient 86% à dire que leur métier est plus exigeant que par le passé. Les nouveaux programmes, quant à eux, emportent l’adhésion. 79% des enseignants de maternelle les jugent satisfaisants alors qu’ils ne sont que 19% à être d’un avis contraire.

De sérieux bémols

Ces programmes, justement, ils sont 73% à avoir aussi le sentiment d’y être mal préparés. Comment s’en étonner, au vu de la faiblesse, pour ne pas dire l’absence de formation continue pour se les approprier et les « mettre à sa main » ? Jusqu’aux documents d’accompagnement, véritables outils professionnels, dont certes 89% ont entendu parler, mais que seuls 46% ont vu. Et pour cause, ils ne sont disponibles qu’en format numérique et sur le site du ministère. Ils sont néanmoins 38% à les avoir imprimés.

Autre difficulté, le nombre d’élèves par classe. Pour 78% des enseignants de maternelle, l’idéal se situe entre 15 et 20. Loin donc de la moyenne actuelle à 25,8 qui cache d’ailleurs d’importantes disparités, plus de 7 500 classes dépassant les 30 élèves. Alors même que les programmes insistent sur l’importance à accorder au langage, au jeu, à l’attention à apporter à tous et à chacun.

Enfin, conséquence directe de la réforme des rythmes, la qualité de la relation aux familles est en recul. 38% estiment qu’ils ont aujourd’hui moins de contacts avec les parents, un chiffre qui monte à 46% en zone périurbaine. Là aussi, et quand on sait l’importance de cette relation, le hiatus est bien réel. Alors ces nouveaux programmes de maternelle : un nouvel élan pour le travail des enseignants ? Sans doute, mais il faudra aussi qu’on leur en donne les moyens.


L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Retour d’enquête - Ce qu’en disent les enseignants
- Bordeaux (33) - L’école Paul Lapie mobilisée pour le langage
- Champigneulles (54) - C’est aussi une affaire de familles
- « Une école bienveillante et exigeante » - Entretien avec Viviane Bouysse, Inspectrice générale de l’Education nationale